Pourquoi la collaboration entre Serena Williams, Nike et Off-White est fondamentale

Alors qu’elle se prépare à affronter sa soeur Venus au troisième tour de l’US Open, Serena Williams ne cesse de faire parler d’elle pour la tenue qu’elle arbore sur le court. Une fois de plus.

“En Serena, nous avons une muse qui est l’une des athlètes les plus puissantes et les plus exaltantes de notre génération. J’ai essayé d’incarner son esprit et j’ai voulu apporter quelque chose d’engageant et de frais au tennis.” C’est par ces mots que Virgil Abloh a dévoilé la collection qu’il a créé, en collaboration avec Nike, pour habiller Serena Williams lors de cette 135ème édition du tournoi new-yorkais. La tête de gondole du streetwear mondiale s’alliant avec la plus grande joueuse de tous les temps, sous l’effigie de l’équipementier le plus célèbre du globe, l’association a de quoi faire rêver. Au programme de cette collaboration à trois : Deux robes inspirées par la danse classique, une blanche pour le jour, une noire pour la nuit, un bomber, une paire de Blazer, une paire de Air Max 97 et une dernière destinée à être portée en match.Cette collection événement fait bien évidemment suite à la controverse suscitée par l’accoutrement de la championne américaine lors de la dernière édition de Roland-Garros. Une tenue inspirée du film Black Panther, à mille lieux des standards aseptisés du style féminin sur les courts. Un virage à 180 degrés qui n’a pas plu du tout au président de la FFT Bernard Giudicelli : “Je crois qu’on est parfois allé trop loin. Cette tenue ne sera plus acceptée. Il faut respecter le jeu et l’endroit.” Outre l’aspect infiniment déplacé de sa remarque, qui sous-entend que le respect du court Philippe Chatrier passe par le port d’une mini-jupe ou d’une mini-robe, on ne saurait conseiller à Bernard Giudicelli de s’atteler à résoudre la crise du tennis français plutôt qu’à s’interroger sur la bienséance de tel ou telle pièce aperçue du côté de la Porte d’Auteuil. La réponse de Nike ne s’est en tout cas pas faite attendre : “Vous pouvez retirez son costume à un super héros, mais vous ne pourrez jamais lui retirer ses super pouvoirs.” Ultra technique, cette combinaison noire était en réalité le fruit de deux ans de recherche du côté de Nike, pour créer une technologie textile permettant d’éviter la création de caillots sanguins durant l’effort et les embolies pulmonaires.

Habituée de ce genre de controverse, Serena Williams a toujours su allier son extraordinaire puissance raquette en main à des tenues sortant elles aussi de l’ordinaire. Dès l’US Open 2004, la joueuse américaine revêt par exemple une mini-jupe en jean, alors pleinement en vogue dans la mode de la rue de l’époque, mais bien éloigné des courts de tennis, à l’exception d’André Agassi dans les années 90 et de ses mythiques shorts en jean. Véritable influenceuse dans le monde du sport féminin, Serena Williams est sans aucun doute sportive la plus célèbre au monde. Elle est en tout cas la mieux payée, avec 18 millions de dollars de gain en 2018 selon Forbes. Il est également intéressant de noter que “Queen Serena” évolue dans le seule sport où la médiatisation homme/femme est à peu près équivalente. Le sport féminin le plus suivi au monde est le tennis, et de très loin. Le classement Forbes des sportives les mieux payées au monde le prouve, avec 8 tenniswomen dans le top 10.

En s’associant à Serena Williams, 23 titres du Grand Chelem au compteur, Virgil Abloh et son label s’offrent l’égérie féminine parfaite. Même si le constat peut paraître triste en 2018, Serena Williams est probablement la seule sportive pouvant rivaliser en terme de renommée avec les plus grands athlètes masculins. Outre son niveau tennistique ahurissant, qui lui permet d’écraser n’importe quelle adversaire lorsqu’elle est en pleine possession de ses moyens, Serena Williams est une figure de proue de la “Black Excellence.” Dans un sport historiquement pratiqué par les blancs issus des classes supérieures, Serena Williams a rapidement été couronnée reine de sa discipline. Son engagement social et son parcours de vie chaotique font de la native du Michigan une parfaite porteuse de message pour Virgil Abloh, qui a toujours prôné l’ouverture, l’échange et la découverte de l’autre, encore plus depuis son premier défilé à la tête de Louis Vuitton.

La pièce majeure de la collection Nike x Off-White pour Serena Williams est sans conteste la robe tutu que l’américaine étrenne sur le court. Avec une épaule nue et une partie inférieure évoquant directement la danse classique, cette superbe tenue est un hommage à une discipline que chérit l’ancienne numéro 1 mondiale. Mais elle est également un message direct adressé aux milliers de détracteurs se moquant de la corpulence de Serena Williams. Avec cette création, Abloh et la star de la WTA souhaitent prouver qu’il n’est en rien nécessaire de posséder l’extrême maigreur d’une ballerine pour porter ce genre de tenue. Il suffit simplement d’être une championne.

Sur un plan plus large, cette nouvelle collection Nike x Off-White peut être vue comme la réponse de la marque au swoosh à l’association entre adidas et Palace lors du dernier Wimbledon. Néanmoins, alors que la marque londonienne et celle aux trois bandes étaient restés relativement sages du fait du réglement de Wimbledon obligeant les joueurs à jouer en blanc, Nike et Virgil Abloh ont pu laisser libre cours à leur créativité, pour un résultat à la hauteur des attentes. Cette nouvelle union inattendue entre le “vieux” monde du tennis, avec tout ce qu’il comprend de traditions et de codes, avec le “jeune” monde du streetwear est le signe d’une véritable tendance.

En poussant quelque peu cette réflexion, on s’aperçoit vite que cette association entre le streetwear et la petite balle jaune fait en effet beaucoup de sens. Quel autre sport que le tennis accorde autant d’importance à l’élégance vestimentaire et au style de ses pratiquants ? Aucun. Les tenues arborées par les joueurs sont décortiquées depuis des décennies et sont souvent le reflet de la mode de leur époque, du blazer blanc dans les années 20 au combo pantacourt – débardeur de Rafael Nadal au début des années 2000. Il ne faut pas non plus oublier que le tennis est également à l’origine de certaines pièces devenues emblématiques dans la culture populaire, comme les Stan Smith ou le polo Lacoste, marque par ailleurs créée par l’un des plus grands joueurs de l’histoire de la balle jaune.

Après s’être penché sur le football via une collection sortie à l’occasion du mondial russe, Virgil Abloh continue donc son incursion athlétique grâce à ses créations pour Serena Williams. Il est par ailleurs intéressant de constater qu’après avoir offert le traitement Off-White au sport le plus populaire au monde, le designer américain ait opté pour le tennis et non pour un sport davantage connecté au streetwear, à l’instar du basketball. La justification de la décision du fondateur d’Off-White tient toutefois en deux mots : Serena Williams. Grâce à sa personnalité, son impact médiatique et son statut de reine de sa discipline, la joueuse américaine était le parfait alter-ego tennistique de Virgil Abloh.

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