Amis et collaborateurs, Kanye West et Paul McCartney sont assurément deux des plus grands génies de la musique contemporaine. Dans une cover story rédigée par GQ, le bassiste des Beatles revient sur sa relation avec le rappeur de Chicago.

Il est plutôt aisé de trouver des points communs entre Kanye West et Paul McCartney. Tous deux nés au mois de juin, au sein de familles modestes vivant dans des grandes villes industrielles, les deux artistes ont également tous deux perdus leur mère au cours de leur jeunesse, à chaque fois lors d’une intervention chirurgicale s’étant mal déroulée. Mais plus que tout, West et McCartney sont à jamais reliés par l’impact qu’ils ont eu sur la musique contemporaine. Quand le premier cité réinvente constamment les sonorités du XXIème siècle, étant par ailleurs un acteur culturel majeur de notre époque, le second a révolutionné la musique contemporaine au sein du plus grand groupe de tous les temps. Rien d’étonnant donc qu’une rencontre entre ces deux créateurs de renom allait provoquer des étincelles.

Comme le relate GQ, Paul McCartney et Kanye West se croisent pour la première fois en backstage des European MTV Awards en 2008, ces derniers se déroulant alors sur les bords de la Mersey, à Liverpool, la ville d’origine du Fab Four. Le britannique raconte : “Je venais de sortir de mon divorce, ma peine était encore vive et je lui en ai parlé en le rencontrant. Il venait de rompre avec quelqu’un lui aussi, puis il a sorti son téléphone et m’a fait écouter un très bon morceau. Je ne me souviens même plus de son titre, mais je sais que c’est l’un de ses plus grands tubes. Je l’ai directement apprécié en tant qu’homme et j’ai aimé son morceau.” Une rencontre fortuite et inattendue comme le souligne avec humour McCartney : “Pour être honnête, je ne sais même pas ce qu’il faisait là ce soir là !”

Selon l’ancien Beatles, il faudra néanmoins patienter jusqu’à 2014 pour que sa route croise de nouveau celle de Yeezy. Son manager reçoit en effet un SMS de la part du rappeur, qui lui demande si Paul McCartney serait enclin à composer et écrire avec lui à Los Angeles. Sir Paul accepte alors la requête du rappeur, à une seule condition : Que personne ne soit au courant de leur travail. Comme l’explique McCartney à GQ, les deux artistes se sont alors retrouvés dans un bungalow du Beverly Hills Hotel pour travailler ensemble. De cette session créative naîtront les ébauches des tubes “Only One” et “FourFive Seconds.” Pour “Only One”, Kanye West a été fortement inspiré par le processus créatif de McCartney pour composer le mythique “Let It Be.” Comme il est expliqué dans la cover story de GQ, le chanteur britannique avait composé ce morceau comme un hommage, suite à un rêve au cours duquel sa mère décédée lui murmurait ces mots.

Désirant écrire un titre afin d’honorer la mémoire de sa mère, elle aussi décédée, Kanye West a alors demandé à McCartney de jouer une mélodie au piano pour pouvoir chanter dessus. Le piano que l’on entend dans la version finale de “Only One” n’est ni plus ni moins qu’un enregistrement de la mélodie jouée par Paul McCartney cet après-midi là. Comme il le confie à GQ, Paul McCartney se souvient de ces sessions de création comme étant fractionnées et assez désordonnées. “J’avais ma basse avec moi au cas où on allait faire quelque chose de plus sérieux” confie-t-il, avant de préciser les divergences entre sa façon de faire et celle de Yeezy, sans toutefois porter de jugement de valeur : “Je pensais qu’on allait s’asseoir et travailler sur un morceau comme j’avais l’habitude de le faire. Au final, on créait une sorte de bouillonnement d’idées, c’est comme ça que Kanye fonctionne.” 

Il est par la suite expliqué dans la cover story de GQ que Kanye West enregistrait absolument tout ce que jouait McCartney sur une note vocale d’iPhone, ce que faisait également son ingénieur du son avec du matériel plus adapté. De ces quelques jours passés en compagnie de Yeezy, McCartney explique ne retenir que du bon, mais ne pense pas qu’un projet concret aurait pu naître de leurs sessions peu académiques. “Je suis parti en l’appréciant et en pensant que c’était vraiment un gars très intéressant” déclare-t-il à GQ. Quelques mois plus tard, Macca découvre par surprise qu’il est présent en featuring sur deux nouveaux morceaux de Kanye West : “Only One”, basé sur sa mélodie au piano, ainsi que “FourFiveSeconds”, sur lequel Rihanna est également de la partie. Après avoir confié que “Rihanna était d’un autre monde”, Paul McCartney explique qu’il se sentait fier d’être adoubé par deux artistes majeurs de la culture urbaine : “Ca a été un grand moment pour moi. J’ai adoré. Je me suis senti privilégié du fait qu’ils pensaient que j’étais digne de leur univers. Je sais que je suis digne du mien, mais je ne pensais pas qu’ils penseraient que je pouvais faire partie du leur.” 

Cela faisait 32 ans que Paul McCartney n’avait pas rencontré un tel succès dans les charts.  Sa présence sur “FourFiveSeconds” étant néanmoins cryptique, il dut demander à Kanye West à quel moment il intervenait dans le morceau. Il comprit alors que le riff de guitare du titre était ce qu’il avait joué dans le bungalow de Beverly Hills, une mélodie que Kanye West avait nettement accéléré et dont la tonalité avait été fortement augmentée. La dernière collaboration entre West et McCartney n’est autre que “All Day”. Peu habitué à l’utilisation du “N-Word”, McCartney est avisé par nombre de ses proches de renoncer à travailler sur le morceau, malgré l’insistance de Kanye West. “Ca a été une grande surprise, pour moi, l’utilisation si fréquente de ce mot. Il y a deux écoles de pensée : La première, c’est que le N-Word a été réapproprié par les rappeurs noirs et qu’ils ont un peu dissipé le tabou qui l’entoure. L’autre point de vue, que je comprends aussi, c’est que l’utilisation de ce terme, peu importe par qui, fait du mal à la communauté noire. Vous savez j’ai décidé de participer à ‘All Day’ car je me suis dit ‘C’est de la poésie urbaine. C’est Kanye.’ J’aime son morceau. Je pense qu’il a fait un excellent travail” conclue le natif de Liverpool.

En découvrant les crédits du single de Kanye, Paul McCartney a alors une agréable surprise : “Je vois à ce moment là qu’il y a Kendrick Lamar qui a travaillé sur le morceau ! Je ne savais pas que j’avais collaboré avec Kendrick. C’est un immense honneur.” Ces méthodes de travail, confuses pour l’icône des Beatles, n’en sont que plus intéressantes selon lui : “Je n’ai aucune idée de ce que Kendrick ou les 18 autres artistes crédités sur ‘All Day’ ont fait sur le morceau. Mais c’est comme ça que ça marche à notre époque et je suis heureux de faire partie de ce monde. Je suis aussi assez fasciné.” Alors qu’il vient de sortir un nouvel album il y a quelques jours, Paul McCartney livre aux journalistes de GQ une confession totalement inédite à ce jour : Kanye West lui a proposé de produire ce projet, qui se serait alors inscrit dans la série d’albums qu’il a produit en 2018. “J’y ai pensé” révèle McCartney, “puis je me suis dit non, que je connaissais la direction dans laquelle je voulais aller avec cet album. Et je savais que Kanye aurait une direction complètement différente.” L’ancien compère de John Lennon conclue le récit de sa collaboration avec Yeezy en précisant que bien qu’ils ne travaillent plus ensemble pour l’instant, les deux hommes restaient en contact : “Je lui parle occasionnellement au téléphone. On s’envoie pas mal de textos.” 

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