Après 12 ans chez Givenchy, Ricardo Tisci s’est engagé en mars dernier chez le géant du luxe qu’est Burberry, avant de présenter hier après-midi sa toute première collection pour la griffe anglaise.

Pour Tisci, ce premier défilé était avant tout un immense défi puisque chez Burberry plus qu’ailleurs, l’héritage laissé par son prédécesseur est immense. Tisci a ainsi repris le flambeau de Christopher Bailey, véritable pilier de la marque anglaise. Ce dernier avait repris Burberry au tout début des années 2000, à une époque où la marque perdait peu à peu de sa superbe à l’aube du nouveau millénaire. Visionnaire indiscutable, Bailey a su offrir un second souffle à la maison anglaise, entre le développement de marchés internationaux, des initiatives avant-gardistes dans le monde du digital et surtout, la remise au goût du jour de l’esthétisme Burberry à travers notamment son iconique trench coat à carreaux. L’apport de Bailey fut immense, d’autant plus qu’il termina par porter pendant trois ans la double casquette de directeur artistique et de président directeur général de l’entreprise, fait rare pour un tel géant du luxe. Et bien que ces dernières collections furent critiquées car jugées trop urbaines, sous l’influence de Gosha Rubchinskiy avec qui il a beaucoup travaillé, Bailey n’en reste pas moins un personnage vital dans le renouveau de Burberry au 21ème siècle.

Avec de la pression sur les épaules mais surtout le désir de montrer au grand public ses capacités aux commandes d’une telle institution de la mode et du luxe, Riccardo Tisci a donc présenté à Londres hier, lundi 17 septembre à 17h, en hommage à son chiffre porte-bonheur, sa toute première collection à la tête de Burberry. Le show s’intitulait “Kingdom”, tel le royaume de la mode qu’il s’apprêtait à créer le temps de quelques minutes où l’on retrouvait les figures de proue du milieu, Kendall Jenner en tête. Dès les premières secondes, le show s’est ouvert par une gamme féminine ultra luxueuse et chic, où trench coats, diverses pièces en dentelle et en soie ou encore costumes modernes venaient s’entremêler dans un style très à l’anglaise. Les classiques de la marque furent alors restructurés et retravaillés de façon à leur offrir un aspect de renouveau sans tuer leur important héritage. Même son de cloche ensuite pour l’arrivée de son équivalent masculin avec une gamme construite autour d’une identité très luxueuse. Une ADN là aussi retravaillée pour permettre à Tisci d’apporter sa touche, qui apparait ici comme plus minutieuse et sophistiquée que les paris urbains de Bailey lors de la précédente saison. Costume, manteaux, pulls ou encore cardigans paraissent alors largement imaginés pour le dandy  britannique moderne que symbolise très bien Burberry.

Et si dès lors, Tisci faisait déjà belle impression, il se charge d’enfoncer le clou avec une seconde partie du défilé, résolument plus jeune et proche de son affection pour le sportswear. On y retrouve des pièces qui s’éloignent quelque peu du vestiaire très adulte précédemment dévoilé. Plus jeune, plus moderne, plus décontracté, à l’image de l’un des nouveaux symboles forts de la marque : son branding flambant neuf, entremêlant les initiales de son fondateur Thomas Burberry, dévoilé le mois dernier. Mini-jupes plissées, t-shirts imprimés, voire déconstruits, ou encore tracksuits, on retrouve en cette fin de défilé de quoi séduire le nouveau coeur de cible des enseignes de luxe : les millennials. Et à ce petit jeu, Tisci et Burberry ont confirmé qu’ils possédaient de solides arguments.

À travers une collection vraisemblablement plus séparée par les cibles d’âges et par les intérêts que par le sexe, Tisci a donc présenté pour ses débuts plus de 130 looks, avec pour but de séduire les adeptes d’un vestiaire chic et bourgeois, comme de résonner auprès de clients plus jeunes et désireux de consommer du luxe mais à l’identité moderne, cool et parfois sportive. Et dans ce même ordre d’idée, si toutes les teintes de beige semblent avoir été aperçues à travers ce défilé, des coloris plus adaptés à ses influences sportives ont été mis en exergue tel que le rouge, de quoi ne pas totalement oublier les collaborations très marquantes avec Gosha Rubchinskiy ces dernières années. À travers une collection qui souffle le chaud et le froid, Tisci semble donc avoir réussi son pari de réaffirmer plus que jamais l’identité luxueuse et chic de Burberry tout en continuant la séduction d’un public plus jeune.

Conscient de ce besoin d’inclusion et de toucher une vaste palette de clients malgré l’élitisme du monde du luxe, Tisci a déclaré après ce très attendu premier défilé : “Il y en a pour tout le monde dans ma collection, toutes les cultures, tous les âges, tous les budgets. C’est comme ça que la mode devrait être aujourd’hui. Je ne me sens pas oppressé par la taille de Burberry, je m’y sens comme chez moi.” Le message est clair.

Après Virgil Abloh chez Louis Vuitton en juin, c’est donc un nouveau créateur qui a su briller lors de sa première chez un géant de la haute-couture. Aussi difficile à obtenir qu’importante pour durer, cette première impression réussie était donc vitale pour l’un comme à l’autre. Désormais, Tisci peut se tourner vers l’avenir avec sérénité après une collection Spring/Summer 2019 de Burberry qui a su nourrir tous les espoirs.

L’intégralité du show est à retrouver ci-dessous.

À lire aussi, Jordan Brand, un jackpot financier pour le PSG.

Pin It on Pinterest