Octavian sera le nouvel empereur du rap britannique

Avec son style unique et sa personnalité insaisissable, le franco-britannique incarne plus que jamais l’avenir du rap anglais.

Dans un célèbre mythe de l’antiquité grecque, Midas, roi de Prhygie, transformait tout ce qu’il touchait en or. S’il fallait lui trouver un alter-ego contemporain, Drake ferait un très bon candidat. Depuis plus de dix ans, le fondateur d’OVO a en effet grandement aidé à l’émergence de nombreux artistes, de Jorja Smith à Roy Woods en passant par The Weeknd. En se filmant en train de chanter le morceau d’Octavian “Party Here” lors d’une after-party des Golden Globes en janvier dernier, Drake est totalement conscient de la tendance qu’il est sur le point de lancer. Nul ne l’ignore, le rappeur canadien a les yeux braqués sur l’Angleterre depuis de nombreux mois. Sa dernière découverte en date se nomme donc Octavian, Olivier Godji de son vrai nom, un rappeur de 22 ans né à Lille et ayant fait ses armes dans le quartier bien connu des amateurs de Grime, South East London.

Alors qu’il peut déjà se targuer de disposer d’un hit avec “Party Here”, Octavian a dévoilé sa mixtape “Spaceman” il y a une dizaine de jours, un projet acclamé par la presse spécialisée et par une fanbase qui se développe à vitesse grand V. Le franco-britannique va vite, très vite. Mais si ce début de carrière se déroule sous des cieux cléments, la vie d’Octavian a été à l’inverse pour le moins compliquée. Né à Lille d’un père angolais et d’une mère anglaise, Olivier Godji perd son paternel à l’âge de 3 ans. Il déménage alors dans les quartiers populaires de Londres avec sa mère et ses frères et soeurs. Là encore, rien ne se passe comme prévu. Le jeune Olivier est un élève dissipé, turbulent, qui manque de respect au corps enseignant. Dépassée par la situation, sa mère va alors le renvoyer en France, chez son oncle, ne sachant plus comment s’en sortir avec son propre fils. Un retour dans l’hexagone qui sera proche de tourner au drame, l’oncle d’Octavian maltraitant son neveu, allant jusqu’à le battre quotidiennement.

Une nouvelle expérience de vie traumatique pour celui qui n’est encore qu’adolescent, sur laquelle le rappeur est revenu lors d’un entretien accordé à Pitchfork : “C’était un malade, un alcoolique. Je n’avais jamais eu de figure paternelle dans ma vie et je détestais l’autorité, c’est encore le cas aujourd’hui. Il m’éclatait la tronche. Je n’étais pas une victime. Je rendais les coups, mais je finissais par me faire fracasser.” De retour à Londres après ce nouveau fiasco sur le sol français, Octavian intègre alors la célèbre BRITH School, l’équivalent anglais de Juilliard, qui enseigne les arts du spectacle aux talents les plus prometteurs du royaume. Adele et Amy Winehouse y ont notamment fait leurs gammes, tout comme l’acteur Tom Holland. Néanmoins, même s’il reconnaît aujourd’hui avoir beaucoup appris au sein de la BRIT, l’aventure tourne encore au vinaigre, Octavian rejetant toujours l’autorité de ses professeurs du fait de son obsession pour la liberté. Le lien avec sa mère se brise alors pour de bon et cette dernière le met purement et simplement à la rue.

Comme pour beaucoup, Octavian trouvera un échappatoire via la musique. Après avoir commencé à rapper aux alentours de ses 14 ans, il comprend au cours de sa dix-huitième année que le son sera ce qui le fera sortir de la rue. Inspiré par des artistes aussi divers que Chief Keef, Bon Iver et Drake, Octavian découvre en parallèle l’ambiance moite et suffocante des Boilers Rooms et autres raves du sud de Londres, alors qu’il n’est encore que dealeur : “Tu connais la drum’n’bass ?” demande-t-il aux Inrockuptibles lors d’un récent entretien. “J’ai dû aller à ce genre de soirées parce que je devais y vendre de la drogue. Mais j’ai aimé m’y rendre. J’y ai vu des gens danser pendant des heures et des heures. Et c’était bien. C’est une scène totalement différente à étudier. Je me suis adapté à tous les environnements, et j’ai appris à apprécier toutes sortes de musique.” La pluralité artistique actuelle d’Octavian découle sans aucun doute de cette immersion dans des univers sonores aux antipodes les uns des autres.

Le raccourci aurait été simple, mais non, Octavian ne fait pas de la grime. Malgré un accent du sud de Londres fortement prononcé et de l’aisance technique de son flow, le franco-britannique fait de la musique trop influencée par les Etats-Unis pour être considéré comme l’héritier de Dizzie Rascal ou de Tinie Tempah. A l’inverse, son ADN musicale british l’empêche d’être associé au rap US, bien qu’il s’oriente parfois vers la trap du vieux Sud ou vers certaines sonorités planantes et auto-tunées que ne renieraient pas Travis Scott. Après deux EPs qui n’ont pas brisé le plafond de verre de l’underground, le rappeur dont le nom de scène est un hommage à l’héritier de Jules César enregistre “Party Here” dans le salon de l’un des amis. Construit comme une opposition entre de longs couplets oppressants et un court refrain entraînant, “Party Here” est une très belle synthèse du savoir-faire d’Octavian. Suivront la trap nonchalante de “100 Degrees”, la complainte électronique très “Kanyewestienne” de “Hands”, l’entêtant “Little” et ses ad-libs à faire rougir Migos, ainsi que le dansant “Move Me” en collaboration avec le talentueux producteur Mura Musa. Tour à tour inspiré par la grime, le UK Garage, la drill, le RnB, la house, la trap et la pop, Octavian parvient à mêler ses influences dans un univers qui lui est propre et qui brille surtout de par sa consistance artistique.

Après cette première partie d’année réussie, Octavian était forcément attendue au tournant avec la sortie de son premier long-format à la rentrée. Et avec Spaceman, il n’a pas déçu. Sur le fond, Olivier Godji amène une certaine fraîcheur à la scène rap anglaise, en influant une dose de sensibilité et d’introspection dans ses textes qui est la bienvenue. Son enfance difficile, sa relation conflictuelle avec sa mère, les inégalités sociales grandissantes de l’autre côté de la Manche, Octavian ne passe aucun sujet sous silence, sans oublier de se livrer à quelques belles démonstrations d’égo-trip. Au niveau sonore, Spaceman s’apparente, comme son nom l’indique, à une odyssée spatiale au coeur de la galaxie musicale dans laquelle évolue Octavian. Tantôt planant et atmosphérique comme sur “Scared”, “Lightning” et “Stand Down”, tantôt kickeur et agressif sur des titres tels que “Sleep” ou “Break That”, Octavian démontre l’étendue de sa palette artistique, sans jamais s’éparpiller dans le vulgaire fourre-tout. Avec 14 morceaux tenant en 36 minutes, Spaceman est un premier long-format dense et complet, qui confirme qu’Octavian a tout ce qu’il faut pour s’installer tout en haut du rap game britannique.

Déjà attelé à la tâche d’enregistrer son premier album, Octavian n’a toutefois pas que le rap dans la vie. Il est en effet un grand amateur de mode, étant un ami proche de Virgil Abloh. C’est d’ailleurs le créateur d’Off-White qui est à l’origine de l’artwork de Spaceman. Abloh l’a également fait défiler lors de la présentation de sa première collection à la tête de Louis Vuitton, le 21 juin dernier dans les jardins du Palais Royal. Il y a quelques semaines, Octavian se remémorait cette expérience unique lors d’un entretien avec Yard : “C’était très mouvementé, tout le monde était très intimidant. Tu vois Kid Cudi débarquer avec ses dix gardes du corps… Forcément, c’est impressionnant. Puis c’est compliqué de parler avec qui que ce soit sur place. Mais à l’arrivée, tout le monde voit bien que tu es de la partie. Donc on présume que tu es quelqu’un. Il n’y avait pas une personne au-dessus d’une autre au défilé Louis Vuitton. On était tous ensemble et c’est ce que Virgil voulait dès le départ.” 

Octavian confiait par ailleurs à Highsnobiety qu’il avait pour objectif de lancer sa propre marque en temps voulu, lui le fan inconditionnel de griffes comme Stone Island ou Supreme : “C’est définitivement quelque chose que je veux faire dans le futur. Je veux juste être très prudent. Le fashion game est un peu fou maintenant, donc je veux pas me lancer dedans dès aujourd’hui. Je veux attendre que les choses se calment un peu.” Talentueux, réfléchi et ambitieux, Octavian a toutes les cartes en main pour s’imposer comme l’une des figures de proue de la musique britannique. Avec un tel nom, le rappeur anglais est en tout cas fait pour régner.

Spaceman d’Octavian est à (re)découvrir ci-dessous.

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