Sur “UMLA”, Alpha Wann brille sans concession

Longtemps qualifié “d’élève modèle” du rap français, de la même façon que ses comparses de l’Entourage, Alpha Wann a prouvé avec UMLA qu’à presque 30 ans, il n’avait désormais plus grand chose à apprendre de ses glorieux ainés.

Révélé en 2011 par l’intermédiaire du phénomène Rap Contenders, Alpha Wann était devenu, comme ses potes de l’Entourage, une figure du renouveau dans le rap français. Paradoxalement, ces rappeurs très, et sans doute trop, rapidement étiquetés comme la relève du rap français ne revendiquaient rien de plus à l’époque que leur amour du rap des années 1990, de Mobb Deep à Lunatic. S’ils ont peu à peu évolué vers des sonorités nouvelles et modernes leur permettant de se trouver musicalement, quitte à faire des concessions plus pop, Alpha Wann est sans aucun doute celui qui est resté le plus fidèle à ses premiers amours musicaux. Qu’importe si ce choix lui collera à jamais l’étiquette d’un rappeur jusqu’au-boutiste, Alpha Wann n’a jamais envisagé le moindre compromis dans ses ambitions artistiques pour envisager de plaire au plus grand nombre. Et pour illustrer ça, sur “Stupéfiant & Noir” il affirme : “Très peu probable que je tape un platine / Faut que j’fasse un classique“. Le ton et l’ambition d’Une main lave l’autre sont ainsi résumés.

Si par le passé, le rappeur du 14ème arrondissement parisien a subi les critiques d’un rap parfois jugé trop technique, il prouve à travers UMLA qu’il n’est plus seulement capable de ça. Si les variations de flows, les rimes internes, les punchlines, les jeux de mots ou encore les placements complexes sont des exercices qu’il maitrise comme personne en France et qu’il le réaffirme ici, il a aussi travaillé sur sa capacité à parfois écrire des chansons plus que des 16 mesures à la constructions minutieuses. Sur des morceaux comme “Pour celles” ou le titre éponyme de l’album “Une main lave l’autre”, Alpha Wann se livre sur sur son rapport aux femmes et sur ses difficultés personnelles comme jamais il ne l’avait fait dans sa carrière. Dans cette lignée, sur “Cascade” il se confie sur l’impact négatif qu’ont pu avoir les Rap Contenders sur sa vie : “Après le fiasco du Rap Contenders, quelques mauvais projets d’groupe, j’avais honte de retourner au tiekson / J’ai gambergé sur le texte et j’suis devenu l’best quand j’ai mangé l’fruit d’ma réflexion” Celui qui rap sous son vrai nom donne enfin l’impression de se livrer sur qui il est vraiment, même si cela reste encore trop épisodique.

S’il s’auto-qualifie comme “Le dernier rappeur qui rap“, Alpha Wann n’est pas que ça. Fort heureusement.

Musicalement, la colonne vertébrale du disque est cohérente et rendue possible par le travail de producteurs que l’on retrouve régulièrement sur la tracklist : VM The Don, Hologram Lo’ ou encore Diabi, tous permettant à Alpha d’emprunter une direction artistique soignée et en osmose avec son style très à part en 2018 dans le rap français mainstream. On retrouve aussi la présence du très actif Seezy, producteur quasi-intégral de XEU de Vald, sur le morceau “La lumière dans le noir” avec Doums. Bien souvent, les mélodies sont minimalistes et très sobres, créant pratiquement un paradoxe avec la richesse du phrasé d’Alpha Wann capable des références les plus pointilleuses et des changements de flows les plus déroutants. Le tout, offre toujours l’impression d’être millimétré et en symbiose, ne déviant jamais de l’ambiance sonore et visuelle qu’instaure Une main lave l’autre.

Dans la lignée de la cohérence musicale absolue recherchée par Alpha Wann, ce dernier a fait des choix en apparence très osés. D’abord, il a expliqué ne pas avoir conservé un morceau avec Ateyaba (anciennement Joke) pour la simple et bonne raison qu’il ne rentrait pas assez dans le cadre de l’album. Ensuite, Nekfeu a révélé que son couplet sur “Langage Crypté” avait été supprimé, car là aussi pas forcément adapté à l’ambiance du morceau. En clair, Alpha a fait le choix délibéré de se passer de deux rappeurs très bankables par soucis de cohérence tout en offrant une belle visibilité à Infinit’, rappeur beaucoup plus confidentiel, en lui laissant les deux couplets de leur collaboration “Le tour”. Tout cela prouve une chose : aucune concession visant le succès commerciale n’a été faite. Et au-delà même du résultat très convaincant ici, c’est un choix bien trop rare pour ne pas être salué.

En 17 morceaux, véritables manifestes de ce qu’est le rap au sens propre du terme, Alpha Wann réussit à démontrer qu’il n’est plus seulement un superbe élève du genre, mais bien un artiste en total maitrise de sa formule. Il aura fallu plus de 7 ans après ses premiers pas dans les Rap Contenders pour qu’Alpha Wann sorte l’album que son talent laissait présager de lui, sans jamais trahir sa vision du rap.

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