Photo : W Magazine

On a résumé le rendez-vous surréaliste entre Kanye West et Donald Trump à la Maison Blanche

Organisée afin d’évoquer le système carcéral américain, cette rencontre, déjà hautement improbable, a viré au grand n’importe quoi.

Le Bureau Ovale a servi de cadre à de nombreuses scènes historiques au fil des décennies. Mais la rencontre qui s’est déroulée hier dans le bureau le plus célèbre de l’aile Ouest de la Maison Blanche était pour le moins unique en son genre. Le président Trump accueillait en effet Kanye West, son soutien numéro 1 dans l’industrie culturelle. Et comme on pouvait logiquement s’y attendre, cette rencontre a offert une séquence hors-du-temps, avec des instants souvent cryptiques. Logiquement coiffé de sa désormais célèbre casquette “Make America Great Again”, Kanye West s’est lancé dans un monologue d’une dizaine de minutes, passant du coq à l’âne, sans faire de lien entre les différents sujets qu’il abordait.

Devant une foule de photographes et d’employés de la Maison Blanche, Kanye West a tout d’abord livré ses pensées sur le manque “d’énergie masculine” dans son entourage : “Mon père et ma mère sont séparés alors je n’ai pas beaucoup d’énergie masculine chez moi et je suis marié avec une famille qui, n’a pas beaucoup d’énergie masculine non plus.” C’est selon lui, l’une des raisons de son amour pour la fameuse cap rouge, évoquée en ces termes par Ye, qui explique les mérites qu’il lui attribue : “Il y a quelque chose avec cette casquette qui me fait me sentir comme Superman quand je la porte.” Il n’a pas non plus manqué d’adresser un tacle assez maladroit à Hillary Clinton, candidate démocrate battue lors de l’élection présidentielle par Donald Trump : “Sa campagne ‘I’m with her’ (ndlr : son slogan de campagne signifiait : ‘Je suis avec elle’) ne me faisait pas suffisamment sentir comme un homme.” 

Le monologue surréaliste de Kanye West a ensuite pris une tourne économique, au cours desquelles le natif de Chicago a évoqué tour à tour l’impact de Yeezy sur les finance d’adidas ainsi que sur la nécessité de protectionnisme de l’industrie américaine, en déclarant notamment : “Quand on fait fabriquer en Chine et non en Amérique, on trahit notre pays.” Ye a par la suite défendu Donald Trump contre ses détracteurs (“Si le président n’apparaît pas à son avantage, nous, les citoyens, n’apparaissons pas à notre avantage non plus”), avant de faire part de sa position sur les armes à feu, qui gangrènent les Etats-Unis et sa ville natale de Chicago. Selon lui, comme pour Donald Trump, il n’est pas question de les interdire : “Nous avons le droit de posséder des armes. Le problème vient des armes illégales et pas des armes légales.” Une nouvelle assomption basée sur du vent, que les statistiques viennent immédiatement démentir.

De son côté, le président Trump assiste circonspect à la prestation de Kanye, qui ne laisse pas parler son interlocuteur à un seul instant, rajoutant à l’aspect irréel de la scène. Sous l’oeil des dizaines de caméras, Yeezy déverrouille ensuite son téléphone avec un code pour le moins simpliste : 00000. Il souhaite en effet montrer à Donald Trump un avion propulsé grâce à l’hydrogène, un sujet qui semble le fasciner. Toujours aussi volubile, Kanye a ensuite évoqué sa bipolarité, qui n’existe finalement pas selon ses dires : “On m’a diagnostiqué une bipolarité. J’étais en relation avec un neurologiste qui bosse avec les athlètes de la NFL et de la NBA. Il a observé mon cerveau. J’ai un QI de 98. Le docteur m’a en fait dit que je n’étais pas bipolaire, mais que je manquais tellement sommeil que je risquais de souffrir de démence dans 10 ou 20 ans et que je ne me souviendrai même pas du nom de mon fils.” 

Toujours aussi énergique, Yeezy est revenu sur le concept de racisme, un outil utilisé par le parti démocrate pour influencer les votes selon lui : “Un libéral va essayer de contrôler un noir via le concept de racisme car on sait qu’on est des individus très fiers et très émotionnels. Donc quand je dis que j’aime Trump à un libéral, il me dit que c’est un raciste. Vous pensez que le racisme peut me contrôler ? Oh non, ça ne m’arrête pas. C’est un mur invisible.” Kanye West a finalement conclu son hallucinant monologue en rendant un dernier hommage à son idole Trump, “il suit actuellement le chemin d’un héros” et, Yeezy oblige, à lui-même : “Vous goûtez un grand cru (il s’adresse aux journalistes en train de l’écouter). Il a des notes complexes en lui.” 

“C’était quelque chose, c’était quelque chose.” C’est par ces mots qu’un Donald Trump, visiblement sous le choc de ce qu’il venait de vivre, a répondu à la tribune de son ami Kanye. Les deux hommes se sont ensuite pris dans les bras, avant de partir déjeuner ensemble, à l’abri des caméras. Surréaliste, improbable, inquiétante, hors-du-temps, chacun trouvera le qualificatif qui lui sied pour évoquer cette rencontre au sommet de l’état américain. Plus que jamais imprévisible et incompréhensible, Kanye West semble s’enfoncer dans une mauvaise caricature de lui-même, qui il faut l’avouer, se montre de plus en plus décevante lors de chacune de ses apparitions publiques.

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