L’album solo de Quavo est la preuve que Migos ne doit pas se séparer

Depuis 2016 et le retour en force de Migos par l’intermédiaire du tube planétaire “Bad And Boujee” et du succès de Culture, un projet solo de Quavo a régulièrement généré débats et excitation. Il est enfin sorti ce vendredi.

Face à son charisme, son star power et ses refrains incontournables, il semblait évident pour beaucoup que Quavo était en train de devenir à Migos ce que Beyoncé était à Destiny Child bien des années plus tôt : une futur star en solo qui profiterait de la séparation du groupe. Malheureusement pour Huncho, les choses ne se sont pas totalement déroulées comme prévu en matière. De Liam Payne à Niska, en passant par Post Malone et DJ Khaled, Quavo a multiplié les collaborations, fort d’une recette efficace mais malheureusement bien trop peu renouvelée face à une telle présence. Dès lors, de nombreux featurings trop génériques et une impression de déjà vu ont peu à peu créé une forme de lassitude autour de Quavo et de sa présence intempestive sur de nombreux morceaux. Un sentiment qui n’a fait que se renforcer suite à la sortie de Huncho Jack, Jack Huncho, album collaboratif avec Travis Scott qui n’a été que très moyennement reçu de la part du public et des critiques. Là où La Flame avait le mérite d’apporter des mélodies marquantes et un semblant de direction artistique, Quavo n’a jamais réussi à briller sur cet album commun. Les signaux étaient dès lors beaucoup moins positifs.

Dans le même temps, ses deux compères au sein de Migos n’ont eu de cesse de s’affirmer et d’être adoubés pour leurs performances, aussi bien dans le cadre de Culture II pour Takeoff, que pour ses collaborations géniales et son rayonnement sur Culture premier du nom pour Offset. Si l’on pouvait un temps penser que Takeoff et Offset avaient besoin de Quavo pour exister médiatiquement, le rapport de force s’est inversé au point qu’on est aujourd’hui en droit de penser que Quavo est celui qui le plus besoin du groupe pour briller musicalement, voire même tout simplement se montrer intéressant sur la longueur d’un projet. Et en lisant le titre de cet article, vous l’avez sans doute compris, ce n’est pas Quavo Huncho qui viendra changer la donne. Bien au contraire même. Le premier album solo du rappeur d’Atlanta représente exactement les craintes associées à ses envies de carrière solo : un album générique, rempli d’un sentiment de déjà vu sur une tracklist qui traîne en longueur et qui n’offre pratiquement aucune perspective de nouveautés ou d’évolution de la part de Quavo. Fort de son sens du hit et de ses multiples collaborations prestigieuses, Huncho a conçu cet album en pilotage automatique, sûr de sa force. Cela accouche finalement d’un disque qui brille par de très courtes séquences et qui dans l’ensemble s’annonce très vite oubliable.

 

Voir cette publication sur Instagram

 

I T S O U T N O W T H A N K Y O U E N J O Y !

Une publication partagée par QuavoHuncho (@quavohuncho) le

Dès les premières écoutes, plusieurs constats s’établissent naturellement. D’une part, l’album semble avoir été conçu comme une simple extension du groupe et pas comme un artiste solo qui souhaite présenter un  « son », un univers ou une personnalité qui est lui propre. D’une autre part, Quavo Huncho est massivement tiré vers le bas par une bonne moitié de sa tracklist, qui s’avère totalement dispensable. “Biggest Alley Oop” et sa désagréable utilisation de la flûte, “Champagne Rosé” et la présence catastrophique de la robotique Madonna ou encore les soporifiques “Give To Em” et “Big Bro”, qui sont le symbole du pire dont est capable cette version de Quavo. Des morceaux d’une telle qualité n’ont simplement rien à faire sur le premier album d’un artiste dont le talent a tant été salué par le passé. D’un côté, cela rend impossible d’apprécier le projet dans sa globalité, de l’autre il en devient aussi beaucoup trop long. Un sentiment déjà bien présent sur Culture II, dont le producteur exécutif n’était nul autre que Quavo. Difficile donc d’y voir un hasard.

Du coté des producteurs, la crème de la crème est présente et cela s’entend assez régulièrement. Les productions sont bien souvent de belles factures et bien choisies par Quavo. Pêle-mêle, on retrouve notamment la présence de Buddah Bless, Wheezy, Tay Keith, ainsi que WondaGurl et le français Ikaz Boi à la co-production  de “RERUN”. Sans être révolutionnaire, la palette de productions sur ce disque est globalement solide et n’est pas la raison de sa défaillance. Le problème se situe beaucoup plus au niveau de l’interprétation d’un Quavo qui paraît souvent en panne d’inspiration pour renouveler ses flows et gimmicks, bien trop utilisés et copiés pour paraître encore intéressants sur la longueur de 19 titres en 2018. Du point de vue de l’écriture, cela n’a jamais été sa plus grosse force et cette tendance se confirme de la pire des manières sur Quavo Huncho. Le membre de Migos ne semble tout simplement plus avoir assez à dire pour se rendre intéressant sur 19 morceaux, si tenté qu’il en a un jour été capable, et d’autant plus après avoir écrit plus de couplets que quiconque depuis 2 années.

Fort heureusement, on retrouve tout de même du bon, voire du très bon, par petites séquences sur Quavo Huncho. Il y a tout d’abord les rares titres où Quavo montre enfin quelque chose de neuf et d’innovant, à l’image de “Go All The Way” marqué par des rythmiques électroniques rafraîchissantes sur un tel album et où Quavo brille par son énergie et son écriture incisive. Même son de cloche avec “Swing” où l’on retrouve Normani et Davido. Le morceau s’aventure sur une vibe proche du dancehall, où Huncho se montre très à son aise, tout comme les deux invités. Ces deux morceaux sont à la fois très réussis et très frustrants tant ils montrent à quel point Quavo est capable de plus qu’un rap générique et réchauffé qu’il nous sert bien trop souvent ici. Il faut aussi noter que l’un des gros points forts de l’album est certains de ses featurings. Takeoff, Offset, 21 Savage, Lil Baby ou encore Kid Cudi viennent totalement dominer les morceaux où ils sont présents et amènent un sang neuf très nécessaire à l’album. Enfin, l’une des très belles surprises de ce projet est évidemment la présence du tant attendu “RERUN” teasé depuis près de 18 mois par Travis Scott et Quavo. Non seulement le morceau est l’un des 4 ou 5 titres véritablement réussis de l’album, mais il est aussi marqué par la présence d’Ikaz Boi. Une réussite pour ce producteur que l’on ne présente plus dans le rap francophone et qui affirme désormais ses talents dans un morceau d’envergure outre-Atlantique.

Au final, si lon pèse le pour et le contre, ce sont malheureusement les défauts de Quavo Huncho qui pèsent beaucoup plus lourds dans la balance. Quavo n’aura pas réussi à faire mentir les craintes liées à ce premier projet solo, montrant à quel point la réussite de la suite de sa carrière s’inscrit en groupe. Du trio d’Atlanta, il semble plus que jamais être celui qui a le plus besoin de ses compères pour briller artistiquement avec consistence, tant ses limites ont ici été exposées sans son cousin Offset et son neveu Takeoff. Il semble donc que l’avenir de cet album est d’exister à la façon d’une playlist très moyenne où quelques titres vont subsister, mais que les fans ne revisiteront pas dans son intégralité sous peine de sombrer dans l’ennui avant même la fin de la première moitié du projet.

Amateur de basket-ball, ce qui est d’actualité puisque la NBA reprend cette nuit, Quavo avait annoncé que cet album solo serait “un alley oop pour le plus gros slam dunk du game“. Il nous aura finalement servi un lay-up, tout au mieux. Mais est-ce bien surprenant lorsque l’on souvient qu’avant-même sa sortie, Huncho Jack, Jack Huncho était comparé à Watch The Throne ? Il ne nous reste plus qu’à espérer que pour la suite de sa carrière solo, Quavo saura lier la parole aux actes. En attendant, vivement Culture III.

Instagram Feed Instagram Feed Instagram Feed Instagram Feed Instagram Feed Instagram Feed Instagram Feed Instagram Feed Instagram Feed