De Montmartre à Los Angeles, Jasmïn ne fait que débuter son ascension

Avec un premier EP réussi à son actif, Jasmïn est l'une des nouvelles pépites de la scène RnB de l'hexagone. Rencontre.

L’art est avant tout une histoire de cycles. Genre musical phare des années 90 et du début des années 2000, le RnB a ensuite connu une relative perte de vitesse, avant de faire un retour triomphal grâce à une nouvelle génération d’artistes au talent indéniable et aux univers variés. Un nouvelle vague dont fait assurément partie Jasmïn, chanteuse parisienne de 23 ans et auteure de Dive, un premier projet salué par la critique et par les fans. Lorsque nous la retrouvons, emmitouflée dans un hoodie d’un blanc immaculé, au sein d’un café de Pigalle par une froide journée d’hiver, Jasmïn ne rêve que d’une chose : de vacances au soleil. À la vue des derniers mois qu’elle a vécu, il est aisé de comprendre pourquoi. Un EP enregistré entre Paris et Los Angeles, la pression inhérente à la sortie d’un premier projet ou encore l’inévitable promo qui accompagne cet événement n’ont toutefois pas eu raison du sourire de la jeune parisienne, qui confie vivre un rêve éveillé : “Ça a dépassé toute mes attentes ! Les retours positifs qu’on a eus, les chiffres de streaming, pour un premier EP poussé avec modération sur le plan de la promo, je suis super contente.” 

Envoûtante à souhait, la voix de la jeune femme est assurément ce qui frappe en premier à l’écoute de Dive. Avec six titres emplis de délicatesse et de douceur, mêlant les influences, du RnB à la dream-pop en passant par l’électro, le projet de Jasmïn est une belle carte de visite de son savoir-faire artistique.  “C’est un projet très sensible, très personnel” nous explique-t-elle, avant de développer sa pensée : “Il y a un côté assez naïf et innocent qui représente bien ma personnalité, surtout au moment de ma vie où je l’ai écrit. Il y a aussi un côté alternatif avec ce mélange des genres, je trouve ça bien de ne pas être cataloguée dans un simple style.” Jasmïn ne le cache pas, les derniers mois l’ont fait grandir à vitesse grand V, faisant d’elle quelqu’un de différent : “J’étais beaucoup plus naïve. Ce n’est pas négatif quand je dis ça. Je faisais les choses sans trop réfléchir; un peu instinctivement, à la manière d’un enfant” glisse-t-elle dans un grand sourire.

“C’est quelque chose qui se ressent dans ma musique, j’essaie d’être le plus honnête et authentique possible” poursuit Jasmïn, mettant ainsi en contraste sa personnalité artistique avec son statut d’étoile montante de l’industrie : “En ayant travaillé avec plus de monde, en voyant tous les aspects techniques de ce métier, c’est plus difficile pour moi d’être dans ce côté très direct, très brut. Mais c’est intéressant d’amener différentes réflexions autour de la création.” Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Jasmïn n’aime rien laisser au hasard. Elle avoue dans un éclat de rire être une véritable “control freak” ayant énormément de mal à déléguer, en nous révélant par exemple que le shooting photo illustrant cet article avait été intégralement organisé par ses soins. “Je pense que lorsqu’on débute sa carrière, il est impératif de trouver, de construire et de consolider son univers” explique-t-elle. Même si ce choix peut être synonyme de repli sur soi-même : “J’ai l’impression que si je suis avec quelqu’un d’autre dans une pièce, du fait de ma diplomatie et de ma timidité, je vais laisser la personne aller vers son truc à elle et perdre une partie de l’âme de mon projet. C’est pour ça que j’ai besoin de me retrouver seule et de travailler seule.” 

Solitaire artistiquement, la parisienne ne l’est tout de même pas totalement. En témoigne son travail aux côtés du mythique ingénieur du son Dave Pensado, qui l’a pris sous son aile pour enregistrer l’EP Dive. Un homme au CV impressionnant : Cinquante ans de carrière, treize Grammy Awards, des collaborations avec Michael Jackson ou encore Beyoncé… Un honneur, mais aussi une véritable opportunité à saisir pour Jasmïn, qui a su astucieusement faire jouer ses relations pour collaborer avec un tel cador, qu’elle surnomme désormais affectueusement “Tonton Dave.””Quand je l’ai rencontré pour la première fois à Los Angeles, il m’a parlé pendant deux heures. Il a écouté mes démos, des sons que j’avais fait sur mon ordi un peu à l’arrache. Il a eu un coup de coeur pour ce que je faisais et à la fin de notre discussion il m’a dit qu’il voulait travailler avec moi” se rappelle-t-elle. “Il m’a dit de revenir aux États-Unis pour travailler sur mon son car il y avait encore beaucoup de boulot !” confie Jasmïn, pour qui cette rencontre décisive en a amené une seconde, qui l’a été tout autant : “Il m’a présenté une compositrice qui a bossé sur une grande partie de 808’s and Heartbreak. Elle aussi a eu un beau coup de coeur musical, on a travaillé ensemble sur mes morceaux, on a amélioré les titres de l’EP. Elle m’a surtout aidé au niveau de la voix, j’ai pris confiance grâce à elle.” 

Afin d’acquérir cette assurance nouvelle, Jasmïn a multiplié les trajets entre la Ville Lumière et la Cité des Anges, pour peaufiner un projet néanmoins très parisien dans sa conception. “Pour un projet aussi personnel, j’avais besoin d’être chez moi” affirme la chanteuse. Enfermée seule dans sa chambre, Jasmïn enregistre les 3/4 de son EP en France, pour se préserver : “Je suis très pudique sur mes sentiments. Je suis assez timide, surtout quand il s’agit de musique. Après, pour pousser le travail plus loin, avoir des partenaires aussi talentueux et expérimentés m’a énormément aidé à progresser en tant qu’artiste.” Néanmoins, à 23 ans, la chanteuse originaire de Montmartre a de nombreuses années d’expérience derrière elle. Après avoir débuté le piano à 4 ans, Jasmïn se met à “chantonner” vers ses 7 ans, encouragée par la présence massive de posters de Britney Spears dans sa chambre de petite fille du début des années 2000. Suivront des guitare-voix avec sa meilleure amie au collège, puis des séries de cover sur YouTube au lycée, qui retiendront l’attention d’une major l’année de ses 17 ans.

“Vu que je n’avais jamais projeté ça dans ma tête, que je ne pensais pas avoir la voix ou les qualités pour réussir, c’était une super surprise. Mes parents sont très réfléchis, ils ne m’ont pas poussé en mode ‘ils proposent plein de thunes, fonce Jasmïn.’ Ils ont vraiment essayé de voir ce qui était le plus intéressant pour moi et mon développement personnel” se remémore l’artiste parisienne, qui signera finalement chez Universal quelques mois plus tard. Une signature en major qui lui permettra de participer à la tournée du trio électro Jabberwocky, à la recherche d’une chanteuse live capable de reproduire les voix des invitées de l’album. “Une hyper bonne expérience” selon Jasmïn, néanmoins un brin frustrante, comme elle nous le confie par la suite : “Quand tu chantes quelque chose que tu n’as pas écrit, ce n’est pas pareil. Cette frustration a amené à ce que je me mette à beaucoup bosser sur Dive.” 

Influencée par des artistes aussi différents que Kid Cudi, 50 Cent, Amy Winehouse, Mac Miller ou encore les Arctic Monkeys, Jasmïn avoue avoir été touchée par de nombreux genres tout au long de sa jeunesse. Ces inspirations majoritairement anglo-saxonnes auront – en plus d’influencer sa musicalité – poussé Jasmïn à chanter dans la langue de Shakespeare. Un choix finalement assez naturel pour une artiste bilingue depuis son plus jeune âge, grâce à des parents globe-trotters, une riche culture musicale et un environnement social à forte consonance anglophone : “J’ai un rapport à cette langue qui est assez intime et qui me permet d’exprimer des choses auxquelles j’arrive à me rattacher, contrairement à certains francophones qui vont essayer de chanter en anglais, pour lesquels le rapport est un peu plus superficiel” glisse-t-elle malicieusement.

Cette langue à la musicalité incomparable a par ailleurs bercé l’enfance de Jasmïn, amoureuse du RnB des années 90/2000. Un genre qu’elle espère contribuer à renouveler en tant que porte-étendard de cette nouvelle génération de chanteuses, en y incorporant des sonorités inédites, des productions plus évoluées et des inspirations plus variées. “L’âme du RnB c’est indéniablement les années 90, j’en garde une vraie nostalgie” nous confie-t-elle, avant d’enchaîner sur son admiration pour les artistes polyvalents, citant immédiatement Childish Gambino : “Artistiquement, c’est quelqu’un d’incroyable dans tous les domaines. Ça me fout la pression car c’est génial de réussir comme ça partout !” C’est en tout cas trajectoire que se verrait bien suivre Jasmïn, grande admiratrice de maisons comme Jacquemus, Versace ou encore Fendi : “J’en parlais récemment avec ma mère, j’aimerai beaucoup faire de la mode. Pour ce qui est du cinéma, je suis vraiment très nulle comme actrice, ça ne marchera jamais” explique-t-elle non sans amusement. “Par contre, bosser dans la mode, passer derrière la caméra, c’est quelque chose qui me plairait énormément. Aujourd’hui, tu peux vraiment être multi-casquette dans l’industrie culturelle.” 

Animée par une véritable volonté de toucher à tout, de la direction artistique à la production en passant par le mixage ou le DJing, Jasmïn avoue avoir la hantise du quotidien, de la routine, de l’habituel. Une répulsion pour l’ordinaire, qui explique bien son travail sur son univers visuel extrêmement soigné, à l’image du clip de son single “Dive” ou de ses diverses shootings. “J’ai une culture artistique qui est très visuelle, j’aime énormément la photographie, le cinéma. Quand je fais de la musique, j’ai déjà une projection visuelle en tête” déclare-t-elle, concentrée. Elle poursuit : “Quand j’écoute un morceau qui me plaît, je m’imagine tout de suite une histoire ou un visuel. Je me fais mon propre storytelling dans ma tête. Le visuel est très important pour soutenir la musique, quand un artiste a un univers complet, qu’il fait matcher l’image et le son, je trouve ça vraiment fort.” Une réflexion bluffante de maturité et surtout très enthousiasmante pour la suite de sa carrière.

Alors que notre entretien touche à sa fin, impossible de ne pas évoquer la sortie d’un premier album. Là encore, Jasmïn ne se cache pas et se confie avec honnêteté : “Beaucoup de démos sont prêtes, j’ai travaillé avec beaucoup de gens différents, maintenant j’essaie de créer du lien pour avoir une vraie ligne directrice. On pense à fin 2019, début 2020.” Et à plus courte échéance ? Un nouvel EP qui sortira probablement avant l’été, de nouveaux shootings et un second clip pour l’un des titres de Dive. Les prochains mois s’annoncent donc chargés pour la chanteuse de Montmartre.

Un défi qui ne semble pas faire peur à Jasmïn, qui nous donnait déjà un indice sur ses plans futurs via la tracklist de son EP. Ce projet s’ouvre en effet sur le titre éponyme “Dive” et se termine par le morceau “Legacy” (ndlr : “Plonger” et “Héritage en français). Un message glissé à demi-mot par l’artiste parisienne, qui ne souhaite pas non plus trop intellectualiser sa démarche : “L’héritage est un concept qui me parle beaucoup et c’est aussi le morceau le moins abordable du projet. Finir sur une touche plus expérimentale, c’est une bonne façon de montrer que je suis capable d’aller vers des choses plus originales, qui restent tout de même cohérentes avec mon univers.” Un univers de velours, teinté d’onirisme et de douceur, aussi mélancolique que solaire. La découverte de ce beau premier projet avait insinué une idée, que cet entretien a amplement confirmé : Jasmïn a tout d’une grande.

L’EP Dive de Jasmïn est à (re)découvrir ci-dessous, ainsi que le tout nouveau live acoustique de son titre “Beggin.”

Propos recueillis par Julien Perocheau

Photographies : Melie Hirtz

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