On a classé les albums de Drake de façon totalement subjective

Alors qu’il fête aujourd’hui ses 33 ans, Drake est plus que jamais l’un des visages de l’industrie musicale de notre époque. Et après plus de 10 ans de carrière, il possède l’une des discographies les plus denses et éclectiques parmi les stars de sa génération.

Pour fêter dignement cet anniversaire, on a décidé de classer de façon totalement subjective les projets de sa discographie, depuis son premier album Thank Me Later. En clair, l’argument le plus dominant est le suivant : quel projet procure le plus de plaisir à être réécouté aujourd’hui ? Vous êtes prévenus.

8) Scorpion (2018)

Si Scorpion est le plus gros tour de force commercial de la carrière de Drake, il est, musicalement, son plus gros coup d’épée dans l’eau. Réarrangé et rushé suite à son clash avec Pusha T et à la révélation de l’existence d’un fils caché, l’album évoque ce beef sans y répondre, évoque sa paternité sans la rendre intéressante un seul instant et livre 25 morceaux sans réussir à nous captiver. On aurait aimé voir Drake faire taire ses détracteurs qui doutaient de sa capacité à ressortir un grand album, il n’en a rien été. Rarement dans sa carrière, le canadien n’a semblé aussi peu inspiré. Fort heureusement, l’album est sauvé par des tubes absolument imparables : “God’s Plan”, “Nice For What” et “In My Feelings” en tête. Toutefois, les singles ne font pas un grand album, Scorpion le rappelle bien.

7) Thank Me Later (2010)

Si vous faites partie des nombreuses personnes qui ont découvert Drake avec son premier tube “Best I Ever Had”, vous possédez sans doute un attachement particulier à Thank Me Later. On est donc désolé de le dire, mais ce premier album de Drake est largement dispensable à l’échelle de sa discographie. Encore hésitant dans sa patte artistique, le canadien se contente trop souvent de recracher la formule rap de ses idoles Lil Wayne et Kanye West (celui de 808’s and Heartbreak), ainsi que la formule pop de la fin des années 2000. Cet album lui a permis de devenir une star et de faire son trou dans l’industrie musicale, étant de ce fait vital à sa carrière. Mais il est clair que l’on ne revient pas naturellement dessus, tant tout ce qu’il tente sur Thank Me Later est nettement mieux réalisé sur son successeur Take Care.

6) What a Time to be Alive (2015)

What a Time to be Alive est avant tout une histoire de rencontre. Quand les sonorités brumeuses et polaires de Toronto rencontrent la moiteur vaporeuse d’Atlanta. Toujours considéré comme l’un des projets communs les plus réussis de notre époque, la mixtape What a Time to be Alive relate la vie de débauches que mènent les deux poids lourds de l’industrie que sont Drake et Future. Carton commercial d’envergure au moment de sa sortie aux États-Unis, ce projet réalisé en 7 jours brille surtout grâce à son casting de l’ombre. Noah “40” Shebib laisse ici place à Metro Boomin, une direction sonore qui amènera Drake à poser sur les productions les plus trap de sa riche carrière. Efficace et maîtrisé, la mixtape a l’avantage d’avoir bien vieilli, ce qui n’est pas le cas de tous les projets collaboratifs. On pourra néanmoins regretter qu’il lui manque un petit supplément d’âme qui aurait pu le faire grimper plus haut dans notre classement.

5) More Life (2017)

La playlist imaginée par le canadien est un projet que l’on a assez nettement revu à la hausse avec le temps. Si à sa sortie, on était assez déçu de sa qualité, on a finalement appris à aimer More Life, malgré ses défauts assez évidents. Volontairement bordélique et pensé à l’extrême pour convenir aux modes de consommation du streaming, le vaste projet n’en demeure pas moins fourni en temps forts. D’une part, la volonté de Drake de mettre la musique anglaise à l’honneur est une jolie passe décisive, d’une autre part, une fois sa propre sélection faite au sein de la playlist, on se retrouve avec des titres sacrément efficaces. On pense notamment à “Lose You”, “Ice Melts”, “Sacrifices”, “Free Smoke” ou encore à l’interlude de Skepta. Il est clair que More Life ne sera jamais un projet que l’on citera en priorité pour vanter les mérites de Drake, mais cela ne doit pas enlever le fait que c’est un solide condensé de l’univers du canadien, pour le meilleur comme pour le pire.

4) Views (2016)

Avec un tel titre, le quatrième album de Drake se devait d’être un projet de qualité. Un peu plus de trois ans après sa sortie, force est de constater que Views est un blockbuster qui demeure très agréable à réécouter. Attendu pendant de longs mois par les fans, ce projet fut celui qui aura couronné Drake comme un artiste hip-hop ayant définitivement dépassé son cadre d’origine. Views fait de Drake une véritable star de la pop au sens large, capable de sortir des tubes planétaires, comme “One Dance” et “Hotline Bling” (un titre sorti bien avant, mais ajouté sur l’album afin de booster les chiffres de streaming), tout en continuant de dresser un portrait doux-amer de la célébrité et des tentations qui l’accompagnent. Malgré des incursions dancehall bien senties (on pense à “Controlla” et “Too Good”) et quelques morceaux éblouissants (“Feel No Ways”, “Weston Road Flows”), Views aurait sans aucun doute été beaucoup plus marquant dans la discographie de Drizzy s’il avait été plus compact et recentré. À vouloir trop en faire, Drake s’égare un peu.

3) Take Care (2011)

Avec le recul, il est évident que Take Care est l’album le plus ambitieux de Drake. Lui et son producteur phare Noah “40” Shebib ont tout simplement fait avancer le son du rap et du R&B mondial à travers un disque innovant musicalement et marqueur de son époque : le début des années 2010. Son casting XXL (Rihanna, The Weeknd, Kendrick Lamar, Lil Wayne, Nicki Minaj…), ses morceaux devenus incontournables (“Marvins Room”, “Headlines”) et son ambiance froide et mélancolique d’album hivernal en font une oeuvre indéniablement spéciale. Pour beaucoup, Take Care est l’album indiscutablement numéro 1 de la discographie de Drake, à la façon de To Pimp A Butterfly pour Kendrick Lamar. Deux albums dont il est pratiquement illégal de remettre en cause le fait qu’ils sont ce que leur auteur a fait de mieux. Mais est-ce vraiment lié au plaisir qu’ont les auditeurs à les réécouter dans leur intégralité chaque mois ? Ou plutôt une réponse à l’argument d’autorité qu’ils représentent du fait de leur statut peu discuté de classiques des années 2010 ? La place de Take Care dans ce classement offre en tout cas un élément réponse qui ne tient qu’à nous.

2) If You’re Reading This It’s Too Late (2015)

Avec la sortie de If You’re Reading This It’s Too Late, Drake confirme deux choses : il a le sens du timing et il est bel et bien l’un des meilleurs rappeurs de sa génération. Le canadien sort en effet sa mixtape six ans pile après So Far Gone, le manifeste qui signa le premier temps fort de sa carrière musicale. Teasé par un court-métrage crépusculaire et dévoilé par surprise au plus froid de l’hiver 2015, If You’re Reading This It’s Too Late est le témoignage brut d’une superstar qui réalise que le succès résout autant de problèmes qu’il en crée. Oscillant sans cesse entre des hommages répétés à sa ville de Toronto, un égo-trip maîtrisé et le récit de ses doutes intérieurs, Drake signe ici un projet ultra-réussi. Les productions se veulent sobres et l’ambiance n’en est que plus glaciale. Accompagné par ses proches Boy-1Da, Noah “40” Shebib et PARTYNEXTDOOR, Drizzy compile des tubes imparables (“Legend”, “Know Yourself” ou encore “Energy”) et des morceaux plus intimistes comme le bouleversant “Jungle.” Pas forcément assez cohérent pour être un album, mais trop bien construit pour être une simple mixtape, If You’re Reading This It’s Too Late est le parfait témoignage du savoir-faire de Drake pour façonner des ambiances ambivalentes.

1) Nothing Was The Same (2013)

Dévoilé à la rentrée 2013, le troisième album du fondateur d’OVO est son premier véritable blockbuster, et son meilleur. À l’opposé de son prédécesseur Take Care au niveau de la longueur, de la densité de morceaux et de l’unicité de son ambiance, Nothing Was The Same repose sur un savant équilibre entre des hymnes rap intemporels (“Worst Behaviour” “Started From the Bottom”) et des singles radio friendly (“Hold On, We’re Going Home” “From Time”). Nothing Was The Same a non seulement propulsé Drake au sommet de l’industrie musicale, mais il est surtout son album le plus facile à réécouter en 2019, le plus “Drake-esque” en quelque sorte. Musicalement, l’album n’a pas pris une ride et possède la force de ne souffrir d’aucun temps mort. Une heure pendant laquelle Drake fait une démonstration de force et confirme la variété folle de sa palette musicale. Peu importe l’émotion du moment, la saison ou l’évènement, ce disque possède forcément un morceau qui vous rappellera à quel point le Drake de l’année 2013 marchait sur l’eau. Nothing Was The Same n’est pas l’album le plus influent de Drake, ni son plus gros succès commercial, ni celui que la critique considère comme le symbole de sa discographie, c’est un fait. Par contre, si on se pose sincèrement la question de quel album de la superstar canadienne on a le plus envie de réécouter à l’instant T, la réponse ne fait alors plus aucun doute.

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