Smeels

Smeels : “Je vais pas parler de glock ou de drogue que j’ai pas vendu”

Rencontre avec un talent à suivre de près.

Le jeune rappeur Smeels a sorti aujourd’hui son tout nouveau projet, “SELFMADE”, dans lequel il passe un cap artistique majeur. À travers 13 morceaux, il étoffe sa palette musicale pour proposer une mixtape prometteuse qui laisse entrevoir toute l’étendue de son talent. Views l’a rencontré afin d’évoquer son parcours, sa vision de la musique et bien d’autres choses pour sa première interview.

Photo : Alex Mouchet pour Views

Tu peux nous parler de ton parcours ?

Je viens du Cameroun, je suis venu en France à 5 piges, je me suis installé à Paris avec ma mère, on est resté 3 ans dans le coin. On s’est installé près de Bordeaux, j’ai passé toute ma jeunesse dans la région, jusqu’à ce que j’arrive en seconde où je me suis installé sur Bordeaux, et après un BTS je suis monté sur Paris. 

Comment tu en es venu à la musique ?

C’était, au tout départ, un peu comme tout le monde. Tu entends tes grands frères écouter des trucs, tu en écoutes qui passent à la télé…  Je me suis mis à chanter les trucs que j’écoutais, j’ai continué et petit à petit… J’ai pas commencé la musique trop tôt, j’avais 17 ans quand j’ai commencé à rapper. J’écoutais de la musique tout le long, et un jour j’ai essayé de faire quelque chose. Ça fait 3 ans que je rap, et 1 an et demi que je me produis. 

Qu’est ce qui a changé avec ce nouveau projet, “SELFMADE”, qui sort aujourd’hui ? Comment a-t-il vu le jour ?

Je me suis un peu plus appliqué sur l’écriture ici. Le choix des instrus, je l’ai amélioré,… Sur mes autres projets, c’est beaucoup de sons love, moins de kick, moins de rap. Plutôt de l’autotune et de la mélodie. J’ai essayé de varier un peu avec ça parce qu’il y a d’autres types de mélodies sur lesquelles je suis à l’aise et je vais voir si ça prend, sinon je retombe dans le lovetape (Rires). “SELFMADE,” je l’ai fait un peu tout seul, tous mes textes je les écris, je fais mes toplines, je choisis mes prods, j’ai mon homestudio et c’est moi qui mixe, parfois qui arrange les prods. Et c’est Yeong Michin qui masterise. En gros, je suis dans ma bulle, je fais mon truc et je publie et j’attends de voir les avis. J’ai pas façonné mon projet en fonction de conseils. C’est pour ça que ça s’appelle comme ça.

Photo : Alex Mouchet pour Views

Comment on apprend à faire de la musique seul ?

Pour commencer, il suffit de se lancer dans un truc, d’essayer. Tout le monde n’est pas fait pour apprendre seul, certains ont besoin d’être encadrés musicalement pour commencer. Moi, j’essaie tout seul dans mon coin, jusqu’à ce que d’après mon oreille à moi ça fonctionne bien. Pour moi c’est ça la recette. 

Le côté selfmade est grave important parce que t’es plus proche de ton public, t’es moins dans la promotion, la propagande. T’es pas dans les oreilles de n’importe qui : c’est un auditeur qui va chercher ton blaze et qui décide de se dire, “Ouais, ok, aujourd’hui c’est Smeels que j’ai envie d’écouter.” C’est ça que je veux, c’est ça que je kiffe. Aujourd’hui quand tu regardes mes stats, je fais pas énormément de vues mais les likes suivent, c’est pas une audience de 10 milliards mais elle est là et elle suit. Ça évoluera peut être mais pour l’instant c’est ça que je kiffe. Je commence à essayer d’être plus sérieux, à plus m’impliquer, produire un peu plus, être un peu plus à cheval sur ma carrière, être un peu plus dans l’encadrement. Avant c’était vraiment en mode “je fais un son et vendredi prochain je le sors.” Là, le but, c’est que les gens qui connaissent déjà en parlent encore plus autour d’eux. Je pense que ça va être ça la suite et j’ai hâte de voir ce que ça va donner. 

Photo : Alex Mouchet pour Views

Tu parles beaucoup de l’argent et des femmes…

J’aime plus l’argent que les meufs, mais les deux c’est ce que je vis. Je vais pas parler de glock ou de drogue que j’ai pas vendu. C’est la seule chose que je connais aujourd’hui. L’argent c’est le pouvoir d’être libre, la liberté c’est lourd et c’est un peu le bonheur. Les meufs c’est un plus, c’est même pas nécessaire en vrai, tu peux vivre vraiment sans meuf, mais tu peux pas vivre sans oseille. 

Pour toi quelle place doit prendre un artiste dans la société ?

Je pense pas qu’un artiste doive prendre partie quand il n’a rien à voir avec un sujet. S’il a des choses à revendiquer, là il peut prendre position. Par exemple, moi j’ai pas vraiment de position, du coup je revendique rien. C’est plus un rappeur s’il ne fait que revendiquer, soit tu fais du son soit tu fais de la politique. J’écoute pas de sons politiques par exemple, chacun ses styles mais j’aime pas les mecs qui disent quoi faire, quoi manger quoi penser. Moi je fais ce que je veux, je mange ce que je veux, je pense ce que je veux. Je pense que tout le monde doit faire ce qu’il veut. 

Est-ce qu’il y a un moment où tu t’es dis que tu passais un cap ?

Mon 3ème projet a été un point de bascule, c’était juste après l’histoire avec Damso (NDLR : Un extrait d’un morceau de Smeels dans lequel sa voix avait été modifiée avait secoué Twitter où on l’avait confondu avec Damso). J’ai vu que pas mal de gens écoutaient et pas mal de gens kiffaient, alors que je pensais pas. J’étais sur Bordeaux encore à l’époque et quand j’ai vu que les chiffres montaient et se se maintenaient, le projet a bien perduré, c’est à ce moment là où j’ai dis : “Pourquoi pas commencer à faire des trucs un peu plus sérieux ?“, à mieux écrire. 

Tu as quel rapport au style et à la mode ? 

L’image c’est hyper important, particulièrement pour les artistes, ça arrive à montrer qui fait quoi, et la musique influe beaucoup sur le style vestimentaire. Un mec qui va être dans une bonne vibe, un peu hype, ça va souvent se refléter sur son style vestimentaire. Moi je m’habille hyper simple, je peux être jogging hoodie toute l’année, je suis pas très extravagant mais j’aime beaucoup les accessoires. Le reste, je suis tranquille, ça changera peut être. 

Photo : Alex Mouchet pour Views

On est fin 2019, tu as pensé quoi de l’évolution de la musique dans les années 2010 ?

Ce qui m’a marqué, c’est l’évolution générale de la musique. Je l’ai pas vraiment vécue mais il y a 5-6 ans tu m’aurais dit qu’un mec comme Niska allait devenir ce qu’il est aujourd’hui, j’aurais pas pensé par exemple. Pareil avec un Hamza, même si la vibe cain-ri ça perdure et ça marche toujours de ouf. C’est cool de voir que les rappeurs aujourd’hui chantent un peu plus, qu’il y ait plus de mélodies, que ce soit plus uniquement kické. 

Où est-ce que tu vas essayer d’amener ta musique et ta carrière à partir de ce projet ?

J’espère évoluer musicalement, essayer de nouvelles choses parce qu’il y a plein de trucs que j’aime et que je sais faire mais que j’ai toujours pas montré. Il y a un morceau dans ce style que je partage justement sur mon dernier projet. Je vais essayer de montrer ce que je sais faire en dehors de la mélodie et des sons sur les meufs. Pourquoi pas basculer sur un autre style avec une autre empreinte musicale. J’espère un petit peu un succès grand public, je trouve ça intéressant parce que même moi je me met à écouter des chansons vraiment grand public et il y a des trucs vraiment intéressant et je pense que la plupart des rappeurs vont basculer vers quelque chose d’un peu plus pop. Un rappeur qui fait un peu de variété, avec de bonnes mélodies, de bons textes, je pense que ça peut être intéressant. Dans la musique moi je kiffe la mélodie, la vibe, la topline. Ça va t’habiter et l’ambiance que tu crées c’est le truc le plus important dans un son. 

“SELFMADE” par Smeels, disponible dès maintenant sur toutes les plateformes de streaming.

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