Un responsable d’adidas vous explique pourquoi la marque va tester ses sneakers dans l’espace

Vers l'infini, et au-delà.

Au début du mois de novembre, adidas officialisait son partenariat avec la Station Spatiale Internationale. L’objectif avoué par les deux parties est limpide : repousser les limites de l’innovation produit et des performances humaines. La première pierre posée par ce partenariat inédit pour une marque de sport est sans aucun doute l’UltraBoost 20, révélée cette semaine par la griffe aux trois bandes.

À l’occasion de la sortie de cette nouvelle silhouette running, nous nous sommes entretenus avec Stephan Schneider, le Director of Running Footwear de la marque allemande. Ce dernier est revenu sur le rapprochement d’adidas avec l’ISS, le rapport des marques à l’espace, ainsi que l’équilibre nécessaire entre design et performance.

Depuis quand travaillez-vous chez adidas et comment êtes-vous arrivés à la tête du footwear running de la marque ?

Je travaille chez adidas depuis 7 ans maintenant. J’ai occupé pas mal de postes dans l’entreprise. J’ai beaucoup travaillé sur le marketing produit pour l’apparel de running, puis il y a quelques années j’ai été muté au service footwear running. Ça a toujours été mon rêve de travailler sur la création de chaussure de course conçue pour la performance.

adidas vient d’annoncer un partenariat avec l’US Laboratory de la Station Spatiale Internationale. Quand et comment avez-vous décidé de vous lancer dans cette aventure ?

Tout a commencé il y a environ un an et demi. Chez adidas, nos process de création reposent beaucoup sur le principe de l’Open Source. C’est une approche qui nous permet de travailler avec partenaires extérieurs, de bénéficier d’une expertiste qui n’est pas la notre et de créer un produit à deux, afin d’améliorer les performances d’un individu. L’idée de la Station Spatiale Internationale est en fait une réponse à une question que nous nous sommes posées : où pouvons-nous trouver un partenaire qui partage notre intérêt pour l’innovation matérielle, le développement durable et pour découvrir jusqu’où on peut pousser les performances du corps humain ? Ce sont les trois domaines sur lesquels se concentrent adidas depuis un certain temps déjà. On a entamé les discussions avec l’ISS, le courant est immédiatement passé.

Quelle a été l’étape suivante ?

On a effectué un projet pilote au cours duquel on a envoyé l’un de nos modèles de ballon de foot dans l’espace, au sein de la Station Spatiale Internationale. Ensuite, on a envoyé l’UltraBoost 20 là-haut, pour qu’elle soit également testée dans ces conditions.

Auriez-vous pu imaginer qu’un tel partenariat, entre une marque de sport et un laboratoire de recherche spatiale, soit possible il y a 10 ans de cela ?

Pour être 100% honnête avec vous, je n’y croyais absolument pas il y a même 2 ans de cela. Sans mauvais jeu de mot, on visait un peu la lune avec ce projet. C’est un partenariat fantastique, qui s’ouvre avec un premier chapitre sur l’UltraBoost 20. Mais ce n’est que le début, les prochains chapitres de cette aventure seront au moins aussi excitants.

Comment est-ce que cette association va changer votre façon de penser et de designer vos sneakers ?

Ça va élargir encore plus notre cadre de travail et ça va aussi nous permettre d’essayer certaines choses dans un environnement complètement nouveau pour une entreprise de notre secteur : l’espace. Quand on y pense, il y a plusieurs dizaines d’années, après que l’homme ait marché sur la Lune, on pensait qu’on allait peut-être pouvoir rapidement aller sur Mars, voire vivre sur ces planètes. Il y a des programmes très ambitieux qui se développent à droite à gauche, pour organiser des expéditions touristiques sur ces planètes. C’est un lieu qui fascine l’Humanité dans son ensemble, y compris les grandes marques. L’espace est un environnement parfait pour développer et tester de nouvelles chaussures, car on peut se servir sur Terre de ce qu’on apprend dans l’espace.

Il y a quelques instants vous déclariez vouloir repousser les limites du corps humain via ce partenariat. Comment comptez-vous procéder ?

Nous travaillons étroitement avec la Station Spatiale Internationale sur leur programme HRP (ndlr : Le Human Research Program de la NASA vise à étudier les cinq domaines suivants : le facteur humain et le comportement de performance, l’exploration médicale, les contre-indications pour la santé humaine, les projets médicaux possibles dans l’espace et les radiations de l’espace). La plupart des gens n’y pensent pas forcément, mais aller dans l’espace en tant qu’être humain est une torture terrible pour le corps. Les astronautes ont une condition physique digne de véritables athlètes, ils s’entraînent dans l’espace bien sûr, mais le gros de la préparation se passe avant le voyage avec des programmes spécifiques. Le corps humain n’est pas naturellement préparé à évoluer dans l’espace. Notre savoir-faire dans le sport de haut-niveau va les aider à améliorer leur programme, mais de l’autre côté, adidas va se servir de toutes leurs données sur comment réagir le corps humain dans des conditions extrêmes. C’est un véritable échange, pour que chacun puisse puiser dans les ressources de l’autres et qu’on construise quelque chose à deux.

Et sur le plan du développement durable, comment peut-on s’inspirer de ce qu’il se fait dans l’espace ?

Pour moi, c’est l’un des aspects les plus importants de cette collaboration. Depuis plusieurs années, le développement durable est une thématique centrale de tout ce que l’on fait chez adidas. Si vous vous intéressez à la vie dans l’espace, vous vous apercevez vite que les ressources dont disposent les astronautes pour vivre sont extrêmement limitées. Tout est recyclé, reconstruit, réutilisé… Ce que font les astronautes dans l’espace nous aide grandement pour nos futures projets comme FUTURECRAFT. LOOP, qui a pour objectif de créer une toute chaussure flambant neuve à partir de la même chaussure usée. La Station Spatiale Internationale a un temps d’avance en terme de développement durable et on essaie de s’inspirer de leur façon de penser. Ces problématiques représentent le futur de l’industrie textile, mais pas que, le futur de notre planète toute entière. Il faut penser à l’avenir dès maintenant, en recyclant les matériaux qu’on utilise, en recyclant intégralement aussi les produits que l’on fabrique ou en créant des pièces à partir de matériaux 100% bio-dégradables. Il faut mettre en oeuvre maintenant ce qui sera la norme dans 20 ans.

Maintenant qu’adidas a investi l’espace, quels sont les territoires qu’une marque peut encore explorer ?

Excellente question. Nous faisons nos premiers pas dans l’espace, donc je dirai que le fait de voir une entreprise envoyer des gens sur la lune serait extraordinaire. Ou même de construire une base permettent la vie humaine sur la lune, permettant d’explorer en profondeur le monde lunaire pour en découvrir toutes ces spécificités et les applications qu’on pourrait en tirer pour l’humanité. Je pense que c’est un territoire qui serait passionnant à explorer.

Maintenant, revenons sur terre et parlez-nous un peu de l’UltraBoost 20. Qu’est-ce que cette paire, testée dans l’espace donc, apporte de plus que son édition 19 ?

En premier lieu, l’update la plus importante est probablement les changements qu’on a fait sur la silhouette de l’UltraBoost 20. On voulait intégrer une nouvelle technologie, le primeknit avec TFP (ndlr : Tailored Fibre Placement, un procédé à la base destinée à l’aéronautique, qui permet de placer des fibres avec une précision millimétrique et de créer une tige au maintien calibré et au chaussant flexible qui s’adapte au pied de chaque runner). On combine ainsi un confort extrême avec un design fort. Le fait d’avoir un upper en TFP garantit un support et une flexibilité qui n’ont actuellement pas d’égal sur le marché du footwear de running. Sur le plan purement visuel, on a fait évolué les quarters panels de la paire pour la rendre plus élancée et équilibrée.

Que pensez-vous du fait que les paires initialement destinées au running sont de plus en plus souvent adoptées par la sphère lifestyle et donc détournées de leur but originel ?

Quand on y pense, les paires de running ont toujours été populaires. Dans chaque décennie, on peut identifier une période où les meilleures chaussures de course ont été mis en lumière dans la mode. C’est encore une fois la beauté de ce qu’on fait : Le running est un phénomène qui ne touche pas tout les strates de population, mais en tant que designers on essaie de créer un bien culturel qui résonne auprès des consommateurs. On conçoit une paire et on tente d’en faire un object culturel à part entière.

Les sneakers, notamment dans le running, tendent à devenir de plus en plus techniques, en intégrant parfois des éléments presque scientifiques. Est-ce que l’avenir sera plus dur pour les designers ? Sera-t-il plus difficile de conserver un beau design malgré tous ces impératifs techniques ?

C’est ce qui fait la beauté de cette industrie. C’est un poncif, mais tout le monde sait que la mode est cyclique. En ce moment, c’est la tendance des paires ultra complexes et chargées. Dans deux ou trois ans, on prendra le contre-pied en proposant des paires déconstruites et simplistes. Selon moi, tout ce qui touche au footwear de performance doit être drivé par la recherche de cette fameuse performance. Nous créons des chaussures de running pour aider le corps humain à pratiquer une activité sportive qui est la course à pied. On fait partie intégrante d’une expérience. Le design, l’esthétique, c’est important. Mais ce n’est pas le facteur X d’une paire de running.

La UltraBoost 20 est dès à présent disponible sur le e-shop d’adidas.

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