L’ex-petite amie du rappeur Tengo John l’accuse de harcèlement : “Personne ne voulait m’entendre pendant un an et demi”

Elle témoigne.

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Photo : INTERLUDE

L’affaire a fait beaucoup de bruit sur Twitter ce week-end, puisqu’elle concerne directement un rappeur français relativement connu : Tengo John. Dans un thread publié sur le compte Twitter @stopharcelemen7, son ex-petite amie dévoile en détails le harcèlement qu’elle explique avoir subi, s’appuyant notamment sur de nombreux screens de conversations sur Instagram ou Whatsapp.

Des accusations auxquelles Tengo John a répondu par un communiqué où il explique avoir conscience du “caractère toxique” de son comportement, tout en présentant une version des faits atténuées et où les torts seraient partagés.

Un communiqué et les screens l’accompagnant que la jeune femme a contredit à son tour dans un tweet.

Il a donc nous a semblé important d’offrir à cette jeune femme une tribune pour exprimer d’avantage sa version des faits et ainsi traiter ces accusations à la hauteur de leur gravité. L’intégralité de l’échange, très légèrement édité pour plus de clarté, est à retrouver ci-dessous :

Views : Peux-tu nous expliquer la démarche qui t’a amené à prendre la parole publiquement ?

Ce n’est pas la première fois que je prends la parole publiquement. En effet, j’avais déjà mis à deux reprises des screens de son harcèlement dans ma story Instagram en l’identifiant, pensant que cela allait le stopper, mais absolument pas vu que je n’ai pas beaucoup de followers. Suite à cela, son manager m’a appelé et m’a supplié de retirer, ce que j’ai fait, car tout ce que je demande c’est la paix. Mais le harcèlement a repris de plus belle. Alors j’ai tout essayé, j’ai parlé à son manager, j’ai parlé à Tengo plus d’une fois, il m’est arrivé de le supplier ou de l’insulter, rien n’a marché, mes parents lui ont parlé ils se sont fait insulter et ont reçu des photos. J’ai été à 3 commissariats différents et on m’a refusé jusqu’en janvier 2020. Néanmoins, jusqu’au 4 avril 2020, j’avais encore des menaces, donc j’attends les résultats de ma procédure. Du coup, j’ai fait ce thread, parce que j’ai tout essayé, sauf toucher un plus large public pour qu’on m’entende.

Comment ont réagi les personnes et les autorités auprès desquelles tu as tenté de tirer la sonnette d’alarme ces derniers mois ?

Son manager a fait mine de comprendre, mais les harcèlements n’ont jamais cessé et quand Tengo a sorti le son “Super Moche” avec ma tête en cover, je suppose que son manager n’y a pas vu le mal non plus. La police m’a fait tourner en rond de commissariats en commissariats, car d’après eux, la situation n’était pas urgente car je n’avais pas reçu de menace de mort jusqu’en janvier 2020. Juste des menaces de coups et le harcèlement qui n’avait pas l’air de les préoccuper. Je pense qu’il faut attendre que quelque chose de grave se passe pour espérer une réaction.

Quels sont les facteurs qui ont empêché, à ton avis, que tu sois prise au sérieux dès le début et que la gravité de la situation soit, elle aussi, prise au sérieux ?

Premièrement parce que j’ai beaucoup attendu avant de demander de l’aide, du début de l’histoire en janvier 2019 jusqu’à fin mai 2019, je pensais que j’allais le calmer en lui parlant, en lui disant que je l’aimerai à condition qu’il arrête de me harceler. Sincèrement, c’était stupide de ma part mais je ne savais pas quoi faire, je voulais qu’il me foute la paix et j’en pouvais déjà plus mentalement. Je n’avais jamais autant touché le fond. Du coup, quand j’ai été voir la police la première chose qu’ils m’ont dit c’est “Pourquoi vous n’êtes pas venue plus tôt ?” ou alors “Si vous lui répondez, c’est normal qu’il vous harcèle“. Sans prendre en compte une seule fois qu’il me manipulait et que si je ne répondais pas, il menaçait de se tuer. De plus, à ce moment-là, c’était “seulement” du harcèlement. Donc même si ça touchait tous mes proches, pour la police il n’y avait rien de dangereux et ma santé mentale ce n’était pas leur problème.

Est-ce que le fait que ce soit une personnalité publique a rendu plus difficile le fait de parler, que ce soit en privé ou en public ? Est-ce que tu penses que c’est un facteur de la passivité des gens et des autorités au courant de la situation ?

Le fait que ce soit une personnalité publique m’a fait peur à chaque fois que je voulais entreprendre quelque chose. Ça me mettait la pression car il avait beaucoup de gens derrière lui et ses amis étaient prêts à le défendre pour protéger sa carrière, puis je ne voulais surtout pas être dans une histoire de bad buzz. Donc oui, ça a rendu la chose encore plus difficile car des gens peuvent penser que mon témoignage a un lien quelconque avec sa carrière or non, sauf la pochette d’un son qui contient mon visage. Néanmoins je n’ai pas reçu de remarques des autorités par rapport à sa carrière, j’espère que ça n’arrivera d’ailleurs jamais.

Comment qualifierais-tu la réaction des réseaux sociaux que tu as obtenu ? Est-ce que la prise de parole des victimes de harcèlement et/ou d’abus te paraît aujourd’hui plus importante encore ?

Dans un premier temps, la réaction des gens a été exceptionnelle je ne m’y attendais pas parce que personne ne voulait m’entendre pendant un an et demi. Les gens m’ont soutenu et pour une fois m’ont cru. Néanmoins je ne cautionne pas le harcèlement qui a découlé de ce thread, car c’est justement ce que je dénonce. Il y a des personnes qui m’ont envoyé leur témoignage, regrettant d’avoir participé à mon harcèlement et ça m’a fait du bien (du mal aussi) que certains ouvrent leur bouche et ne me laissent pas seule. Le problème c’est que dans un deuxième temps, quand Tengo s’est exprimé, avec encore ces mêmes mensonges que je porte depuis 1 an et demi et que j’ai dénoncé, j’ai vu des commentaires horribles, de la part de fanatiques, mais aussi de personnes se voulant pragmatiques, m’accuser de harcèlement, tromperie, manipulation, et rendre mon harcèlement totalement légitime. Et ça justement, c’est typiquement ce que je subis depuis un an et demi et ça m’a détruite.

Qu’est-ce que tu dirais aujourd’hui à des victimes de harcèlement et/ou d’abus ?

Aujourd’hui, je leur dirais de ne surtout pas perdre de temps, de foncer et de faire les démarches le plus vite possible, même quand on pense qu’il n’y a encore rien de “dangereux” dans le comportement du coupable. Aussi de s’entourer, de ne pas rester seule, ne pas se sentir coupable et ne pas banaliser le comportement d’une personne qui veut vous détruire, car il ne s’arrêtera que quand il aura réussi, et encore. Néanmoins tout ça on me l’avait déjà dit et ce n’est pas si facile à faire quand on est manipulé et quand la police n’écoute pas. Alors je dirais vraiment COURAGE, parce que moi j’ai besoin qu’on me le dise chaque jour pour me lever le matin.

Quelles suites espères-tu que prenne cette affaire ?

J’espère du plus profond de mon cœur ne plus jamais recevoir un message sous quelconque forme de cette personne. J’espère ne plus craindre de sortir à cause de cette personne. J’espère ne plus jamais entendre des mensonges à mon égard. J’espère que la police va vraiment m’aider à obtenir justice car chaque jour j’épuise mes dernières forces et je ne peux pas me battre sans eux. J’espère que plus jamais mon harceleur ne fera ce qu’il m’a fait à quelqu’un et qu’il se soignera. J’espère un jour avoir la paix, parce que sincèrement j’ai oublié quel goût ça avait de se réveiller un matin sans craindre un nouvel appel, une nouvelle accusation ou que mes proches en aient reçus. Et enfin j’espère aller mieux, car ça laisse des traces.

Si vous êtes victime ou témoin d’harcèlement et/ou d’abus, le site du service public vous assiste dans les démarches à suivre.