Migrants chassés en pleine nuit, journalistes frappés : la police française a une fois de plus dépassé les limites

Pendant que la loi sécurité globale vient d'être adoptée à l'Assemblée Nationale.

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“La première bataille, c’est de loger tout le monde dignement. Je ne veux plus, d’ici la fin de l’année, avoir des femmes et des hommes dans les rues, dans les bois ou perdus.” Prononcés par Emmanuel Macron le 27 juillet 2017, ces mots résonnent de façon assez ironique en ce mardi 24 novembre 2020. Au lendemain de la violente expulsion de plusieurs centaines de migrants établis place de la République, lieu qui a rarement aussi mal porté son nom, ces mots s’imprègnent même d’un arrière-goût carrément dégueulasse. Et si elles n’étaient pas suffisamment scandaleuses, ces images massivement relayées sur les réseaux furent suivies de dizaines de vidéos, dans lesquelles la police française fait une fois de plus étalage de sa part sombre. Une part qu’il ne faudra bientôt plus montrer, loi sécurité globale oblige. En violentant sans vergogne migrants et journalistes, les forces de l’ordre ont démontré à quelle point la situation est en train d’atteindre, peu à peu, un point de non-retour.

Ils étaient 500 environ, massés sur la place de la République. Expulsés du Nord de Paris il y a quelques jours de cela, ces réfugiés avaient massivement investi la célèbre place suite à l’aide de plusieurs associations. Une action non-violente et forte, nécessaire pour alerter les pouvoirs publics sur une crise rompue aux détours de regards. Il n’aura fallu qu’une heure pour que la police intervienne et démantèle ce campement de fortune. Reniant presque l’humanité de leurs opposants du jour, les forces de l’ordre se sont ainsi évertuées à vider les tentes de leurs habitants, comme on viderait une poubelle de ses déchets. Suivront des tirs de lacrymo, des coups de matraques, des grenades de désencerclement, des scènes de panique dans les rues voisines… Voilà que la police française traque des migrants en plein coeur de Paris, un lundi soir de confinement.

Du côté de la presse, suite à deux agressions caractérisées, notre confrère de Brut Rémy Busine aura pu entendre un glaçant : “Jamais deux sans trois.” Quelques mètres plus loin, une journaliste espagnole avait de son côté droit à un “parle français.” Visiblement choqué par la tournure prise par les événements ce lundi soir, ce journaliste habitué aux manifestations avouait sa détresse dans un tweet : “Pris à la gorge la première fois, violemment projeté la seconde fois… et ça (ndlr : la troisième agression)… C’est vraiment dur ce soir.” La liberté de la presse se retrouve dangereusement bafouée, alors que le débat autour de l’article 24 de la proposition de loi de sécurité globale est plus que jamais au coeur du débat. Pour rappel, cet article vise à interdire la diffusion d’images de policiers. Sans images, pas de bavures ! Si elles font mal à voir, les images de la nuit du 23 novembre sont pourtant nécessaires. Plus que jamais, la presse doit pouvoir exercer son rôle et informer les citoyens. Si elle entre en vigueur, la loi sécurité globale entravera évidemment ce droit.

À la fois pompier et pyromane, Gérald Darmanin a immédiatement commandé un rapport à l’IGPN, un service qui, rappelons-le, avait nié en bloc les abus sexuels subis par Théo en 2017. Si le gaspillage de papier ne semble pas déranger le ministre de l’intérieur, le parquet de Paris a de son côté annoncé l’ouverture d’une enquête pour “violences par personne dépositaire de l’autorité publique.” L’ancien député, accusé de viol et de harcèlement, est bien évidemment l’un des premiers responsables de cette escalade, tout comme le tristement célèbre Préfet de Police de la ville de Paris, Didier Lallement. “À la gloire de la République française” peut-on lire sur l’imposant monument qui trône au milieu de la place de la République. À la vue des événements de ce lundi 23 novembre, rarement la gloire n’aura semblé aussi lointaine.