Cette nouvelle étude alerte des discriminations dans l’industrie de la mode

L'industrie de la mode doit choisir entre ignorer les effets du racisme, du capacitisme et de la discrimination de genre ou les combattre en mettant en œuvre des actions concrètes.

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Plus d’un an après la prise de conscience soudaine du racisme au sein de l’industrie de la mode, grandement liée au mouvement Black Lives Matter qui a pris une ampleur considérable à la mort de George Floyd, peu de choses ont changé. Alors que l’on pouvait s’attendre à ce que les inégalités soient combattues, peu de marques ont pris des mesures concrètes contre les discriminations raciales. C’est ce que suggère un rapport publié par la Fashion Roundtable et le All-Party Parliamentary Group for Fashion and Textiles. Cette étude, menée en Angleterre, montre que les personnes afrodescendantes travaillant dans le secteur de la mode sont toujours confrontées à de nombreuses discriminations.

Le cas de l’Angleterre, illustratif d’un problème global

Cette étude menée à partir des réponses de 337 acteurs de l’industrie de la mode n’est pas des plus réjouissante. En effet, 68 % des personnes interrogées ont déclaré avoir été victimes ou témoins de discrimination au sein de ce secteur. D’autres ont affirmé avoir subi des injustices par rapport à leurs homologues blancs. Cette étude souligne également le fait que les personnes racisées travaillent souvent plus dur et plus longtemps. Pour éviter cela, elles sont obligées de se lancer en Freelance.

Aussi, ce rapport met en lumière les discriminations dont sont victimes les personnes handicapées et transgenres travaillant dans la mode. Le milieu de la mode est majoritairement composé d’hommes blancs issus de classes sociales favorisées. En Angleterre, 16 % des personnes occupant des emplois créatifs sont issues de la classe ouvrière. Les inégalités d’accès à ce milieu sont énormes. Les chances de décrocher un emploi créatif pour les femmes de classe ouvrière ont cinq fois moins de chances que les hommes, et les chances des personnes handicapées issues de classe ouvrière sont trois fois inférieures à celles des personnes issues de milieux privilégiés et sans handicap.

L’industrie de la mode doit choisir entre ignorer les effets du racisme, du capacitisme et de la discrimination de genre ou les combattre en mettant en œuvre des actions concrètes. Ce rapport en présente une dizaine. Les améliorations passent notamment par une communication transparente des salaires, une diversité au sein des entreprises, ainsi que l’octroi de subventions pour aider les personnes marginalisées à se faire une place dans la mode.

L’importance de l’union et de la représentation

La créativité doit être au service de la représentation et l’inclusion. « Avec une éducation et de bonnes intentions, des changements peuvent s’opérer » peut-on lire dans le rapport. Il faut reconnaitre les barrières institutionnelles et structurelles et faire des efforts pour les atténuer. “C’est une industrie blanche, et à moins d’être noir, vous ne pouvez pas comprendre ce que c’est“, a déclaré Tracy Reese, vice-présidente du CFDA (Conseil des créateurs de mode américains) et plus ancienne membre noire de son conseil d’administration. “Si nous voulons faire des progrès significatifs, il faut un effort commun, pas 20 efforts différents” a-t-elle ajouté.

Heureusement, des designers bien installés bousculent ce milieu. C’est le cas du créateur militant Kerby Jean-Raymond, fondateur de la marque Pyer Moss. Ses défilés sont un moyen de dénoncer des injustices, mais également de rendre hommage à la black culture. En 2015, il présente la collection de vêtements masculins printemps 2016. Il diffuse avant le spectacle la vidéo de l’arrestation qui a coûté la vie à l’afro-américain Eric Garner. En juillet 2021, son défilé présenté lors de la Fashion Week de Paris rendait hommage à des inventeurs noirs.

Virgil Abloh est également une personnalité importante de la mode qui œuvre pour l’inclusion et la diversité. Le directeur artistique Homme de Louis Vuitton avait collecté 1 million de dollars pour un fonds de bourses d’études pour les étudiants noirs en mode l’an dernier. Son combat, il compte bien le poursuivre à travers son partenariat avec LVMH. Sa marque Off-White appartient, en effet, désormais en majorité au groupe de Bernard Arnault. Un nouvel espace pour les créateurs noirs semble se créer, mais de nombreux efforts restent à faire dans cette industrie de plus en plus scrutée.

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