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Squid Game, le plagiat dans le sang ?

Squid Game est devenue en quelques jours le show le plus plébiscité de Netflix.

En détrônant la saison 3 de Sex Education, Squid Game s’est imposée comme la série la plus populaire de Netflix.

Sorti sur Netflix le 17 septembre dernier, Squid Game est devenu en quelques jours le show le plus plébiscité de la plateforme. Il culmine en tête des programmes dans 21 pays, une première pour une production sud-coréenne. Un carton planétaire, qui deviendra probablement « la plus grande émission de tous les temps » selon Ted Sarandos, l’un des PDG et responsable du contenu de Netflix. Cette performance est pourtant contrastée par des accusations de plagiat à l’encontre du réalisateur Hwang Dong-hyuk. 

Les suspicions sont apparues dès la révélation du teaser, et ont été nourries par des centaines d’internautes. Relayée par les revues spécialisées allkpop et Koreaboo, la rumeur divise, particulièrement sur Twitter. L’un des détracteurs s’insurge : « Ils ont simplement mélangé de nombreuses intrigues des films de survie. […] Souvenez-vous de Battle Royale, Tomodachi Game, As the Gods Will, Kaiji, etc. » Un autre condamne la polémique: « Du plagiat ? Et puis quoi encore. La plupart des jeux de survie ont le même concept. Soyons honnêtes, on aime tous ça ! »

Un réalisateur sous pression

Depuis sa sortie, Squid Game fait face à une vague d’accusations de plagiat sur les réseaux sociaux. La série bat pourtant tous les records grâce à un scénario captivant : 456 concurrents, partiellement privés de leur liberté, cloisonnés dans un lieu tenu secret, s’affrontent pour remporter la somme de 45,6 milliards de wons. Les seules issues sont la victoire ou la mort.

Énigmatique et originale au premier abord, l’intrigue se calque étrangement sur celle d’un film: As The Gods Will. Réalisé en 2014 par Miike Takashi, le long-métrage japonais est une adaptation d’un manga de Muneyuki Kaneshiro et Akeji Fujimura, intitulé Jeux d’enfants. Plusieurs lycéens se retrouvent otages d’un jeu sanglant mené par une mystérieuse figurine. Une coïncidence qui interroge, d’autant plus que Squid Game repose également sur une série d’épreuves ludiques auxquelles les participants jouaient dans leur enfance. 

Les allégations d’usurpation ont rapidement été démenties par Hwang Dong-hyuk, qui affirme qu’ « aucun lien » n’existe entre les deux séries. Si l’authenticité de son synopsis est sujette à caution, Hwang balaie les critiques en admettant s’être « inspiré des bandes dessinées et des animations japonaises au fil des ans », sans pour autant les avoir plagiées. Pourtant, les similitudes sont évidentes. Un internaute en apporte la preuve en pointant plusieurs scènes quasi-identiques entre Squid Game et As The Gods Will. La tête de poupée surdimensionnée, le compte à rebours, la scène du toboggan, les rapprochements sont nombreux et interrogent. Hwang s’en défend.

Selon lui, les ressemblances qui ont été signalées sont le fruit du hasard. « Pendant le tournage de cette œuvre, j’ai entendu des gens dire qu’elle leur rappelait As The Gods Will. J’ai l’impression que c’est uniquement à cause du premier jeu, mais il n’y a aucun lien avec le thème, il n’y a aucune similitude. J’ai commencé à écrire le scénario en 2009. »

Un miroir de la société 

Dans les colonnes de Variety, le réalisateur tient à éclaircir la situation. Au moment de concevoir le projet, il était lui-même dans une situation financière précaire. « Avant, je buvais une demi-bouteille de soju pour stimuler ma créativité. Je passais beaucoup de temps dans des cafés à lire des bandes dessinées, notamment Battle Royale et Liar Game. » Squid Game ne serait en réalité que le reflet de sa propre vie et de celle de millions d’individus à travers le monde, tiraillés entre une vie indigente et l’appât du gain. Il confie avoir imaginé l’histoire comme « une allégorie ou une fable sur la société capitaliste moderne, quelque chose qui dépeint une compétition extrême, un peu comme la compétition de la vie. » 

L’écriture de Squid Game a été plus difficile que d’habitude pour moi car il s’agissait d’une série et non d’un film. Il m’a fallu six mois pour écrire les deux premiers épisodes.

Hwang Dong-hyeok

Le programme, qui se présente comme une satire sociale, fascine par la justesse des thèmes qu’il aborde. Si Squid Game rayonne à l’étranger, c’est parce qu’elle traite de thématiques universelles. Misère sociale, profonde précarité, compétitivité exacerbée… C’est avant tout une fresque dystopique du pays dont est originaire son auteur, la Corée du Sud. En ce sens, l’histoire de Squid Game ne peut être pleinement comprise qu’au regard du contexte sociétal du pays, comme le soutient son auteur. « De l’extérieur, le divertissement coréen semble se porter au mieux, avec des porte-étendards comme les BTS, Parasite, Gangnam Style ou encore Crash Landing on You. Mais la société sud-coréenne est aussi très compétitive et stressante. 50 millions de personnes vivent  dans un petit territoire. Coupés du continent asiatique par la Corée du Nord, nous avons développé une mentalité d’île. »

L’univers fantastique créé par Hwang est donc le fruit d’un travail de longue haleine. « L’écriture de Squid Game a été plus difficile que d’habitude pour moi car il s’agissait d’une série et non d’un film. Il m’a fallu six mois pour écrire les deux premiers épisodes. » Traduire l’histoire qu’il a imaginée en un show à lui tout seul a été une épreuve éreintante, qu’il ne semble pas prêt à réitérer. Pour l’instant, l’auteur n’envisage pas de donner une suite à Squid Game. « C’est assez fatiguant rien que d’y penser. » Les fans de la série devront donc encore s’armer de patience, d’autant plus que Hwang Dong-hyuk prévoit de revenir sur le grand écran.

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