Rencontre avec Tony Alva, l’homme qui avait révolutionné le skate

Son nom ne vous est peut-être pas familier, mais son héritage est plus qu’immense. Tony Alva, 61 ans, est l’une des plus grandes légendes du skateboard mondial. Membre fondateur des Z-Boys, le natif du quartier de Dogtown fut le premier champion du monde de skate, le premier skateur à créer sa propre marque (à seulement 19 ans) et surtout, le premier homme à réaliser un trick aérien, lorsque les piscines vides de Californie commençaient à être investies par une jeunesse en recherche de sensations fortes. Le bowl était né et une discipline allait changer à tout jamais.

Connu pour son tempérament à fleur de peau, qui l’amena un jour à se battre à mains nues avec l’un de ses adversaires, le natif de Los Angeles a révolutionné la pratique du skateboard avec son style agressif et totalement à contre-courant de ce qui constituait la norme de sa discipline au début des années 70. Icône urbaine par excellence et ambassadeur Vans, Tony Alva était présent à Brooklyn à l’occasion du lancement de la nouvelle semelle révolutionnaire de la maque, la ComfyCush. Il a accepté de répondre à nos questions sur sa carrière, son rapport au style et sur l’impact global de la culture skate.

Comment décririez-vous l’ADN de Vans ? 

L’ADN de Vans vient directement de la culture du sud de la Californie. Le skate a été créé par des surfeurs qui se faisaient ch*er et Vans est directement connecté à ce mouvement. À un moment dans l’histoire, le surf a quitté l’océan pour gagner les villes. Les créateurs de Vans avaient anticipé cette tendance et compris qu’il fallait offrir des sneakers adaptées aux skateurs.

Comment expliqueriez-vous la belle longévité de la marque ?

Ça a à voir avec le style qui découle du skateboard et aussi avec le fait que les gens trouvent ces produits confortables ! Ils ne sont pas simplement beaux et à la mode. Ils sont aussi fonctionnels. En tant que skateur, vous ne pouvez pas juste avoir un produit qui claque. Vous devez penser au facteur performance. Attention, ça doit quand même rester beau sur le plan esthétique. La culture skate est ancrée dans l’histoire de Vans. En tant que skateurs, on a choisi cette marque car elle nous permet de progresser, pour être meilleur dans ce qu’on fait.

Que pensez-vous de la démocratisation du skatewear ? 

C’est inévitable, car les skateurs sont des leaders d’opinion. Nous l’avons toujours été. On ne crée pas simplement des tendances, on crée des choses qui marchent vraiment. Et quelque chose qui marche, qui devient populaire auprès de la youth culture… Quand les jeunes s’emparent d’un phénomène, ils l’emmènent dans une nouvelle direction, ils vont le porter tout en haut. Je pense que Vans a toujours été l’une des seules marques qui considère que tout le monde a quelque chose à apporter. Qu’ils soient musiciens, skateurs, designers, peintres, graffeurs, peu importe. Il y a beaucoup de choses que je fais sur le plan créatif, notamment de la musique, où j’ai l’impression que Vans me comprend et m’encourage. Tout a commencé avec le skateboard, c’est indiscutable. Mais cette culture s’est propagée dans plein de directions différentes et a su toucher des disciplines extrêmement variées, des sports extrêmes aux défilés de la Fashion Week. Pour moi, Vans est avant tout synonyme de créativité sans limites.

Quand vous commencez à travailler avec Vans en 1974, vous imaginiez que la marque allait devenir ce qu’elle est aujourd’hui ? 

Non absolument pas ! (rires) Au tout début, c’était un petit magasin familial très modeste qui était situé dans mon quartier de Dogtown, un coin pourri de Venice Beach à Los Angeles.

Grosse surprise pour vous donc ? 

Prenez quelques secondes et imaginez le destin. Commencer avec un petit shop situé dans un quartier miteux pour désormais être l’une des plus marques les plus populaires au monde. Qu’est-ce qui est resté intact entre ces deux étapes ? L’authenticité. P*tin, l’histoire de cette marque, c’est le rêve américain ! J’ai choisi d’être sponsorisé par eux à mes débuts dans les années 70 et ils m’ont soutenu depuis mes débuts. Quand j’ai rencontré Paul Van Doren (ndlr : le fondateur de Vans), il a immédiatement cru en moi et j’ai immédiatement cru en lui. La relation qu’on a est extraordinaire, car il n’a jamais oublié d’où il venait et ce qu’il devait à la communauté skate. C’est quelque chose qui compte vraiment pour lui et pour sa marque.

Si vous deviez identifier des actes fondateurs dans l’histoire de la marque, lesquels choisiriez-vous ? 

Le premier acte fondateur a été de ne jamais oublier les racines californiennes. De ne jamais trop s’en éloigner. Ensuite, je choisirai la commercialisation de la Era et la Old-Skool, tout comme la démocratisation et l’internationalisation de la pratique du skateboard. Pour revenir aux deux sneakers précédemment citées, je pense sincèrement que Vans continuera de les commercialiser jusqu’à la nuit des temps, car elles sont emblématiques et ancrées au coeur de son histoire. On pourra les améliorer, comme avec cette nouvelle semelle ComfyCush, on pourra leur offrir un million de nouveaux coloris, mais Vans n’oubliera jamais que l’objectif est toujours de créer la meilleure paire possible pour un skateur.

L’important pour Vans, comme pour vous, est donc de ne pas oublier d’où l’on vient ? 

Dans la vie tout part de ses racines, de là d’où on vient. Il ne faut jamais trop s’en éloigner car quand on s’en éloigne, ce n’est jamais pour les bonnes raisons. Tu le fais pour l’argent, pour la célébrité, par vanité… ce n’est jamais positif.

Au cours de votre carrière, on vous a beaucoup entendu parler de l’importance du style pour un skateur. À quel point est-ce primordial ? 

J’accorde une telle importance au style parce que je suis né et que j’ai grandi dans les rues de Los Angeles. C’est une ville qui a toujours été très influente sur le plan du style et de la culture. La musique, l’entertainment, le sport, l’automobile… Ce sont des choses qui font vibrer les gens qui habitent à L.A. Pour nous, le style est tout ce qui compte. De là où je viens, on m’a toujours répété que je devais bien présenter quand je faisais quelque chose. Tu dois être en confiance, te sentir bien dans ta peau et travailler ton style te permet d’atteindre cet état. Prenez le concept de grâce. La grâce c’est faire quelque chose de très compliqué, en donnant l’impression au public que c’est très simple. Le style est directement connecté à cette notion de grâce. Pour être gracieux, il faut sans aucun doute avoir pleinement confiance en soi et croire en son style. Voilà pourquoi c’est quelque chose de si important.

Quelles différences voyez-vous entre la culture skate américaine et la culture skate que nous avons en Europe ?  

La seule vraie différence selon moi est qu’avec la culture américaine, vous devez composer avec beaucoup plus de facteurs extérieurs. Les médias, l’attention du public, les contrats pub, les collab’ avec des marques… Toutes ces choses sont atténuées en Europe. Il y aussi la question du cycle des saisons et de la météo. Ça peut paraître bête dit comme ça, mais pour nous californiens, le skate peut se pratiquer 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, 365 jours par an. En Europe, en fonction du pays où l’on se trouve, les conditions climatiques peuvent être complètement inadaptées à ce sport. À Los Angeles, chaque jour est propice pour surfer, skater, rider. Prenez Londres par exemple. Il pleut tout le temps ! La ville n’est pas pensée pour le skate et le climat rend ça encore plus compliqué. Mais malgré ça, les européens ont toujours été très enthousiastes à propos du skate. Ils ont toujours été fascinés par ce sport et c’est plus que jamais le cas maintenant. L’Amérique a néanmoins cette faculté à être un leader culturel pour le monde, tout le monde suit nos tendances. Particulièrement les tendances qui naissent à Los Angeles ! (rires)

Avec son climat exceptionnel et son ADN unique, diriez-vous que Los Angeles était l’endroit parfait pour faire naître la culture skateboard ? 

Il y a beaucoup de villes sur la côte Ouest qui ont participé à ce mouvement, notamment San Francisco. Mais le skate a été, est et sera toujours associé à Los Angeles. Quand vous débutez dans ce milieu et que vous dites que vous venez de L.A, ça ouvre déjà un certain nombre de portes. Je viens de Dogtown et ce quartier est connu à travers le monde pour être en responsable de l’évolution et de la progression du skateboard en tant que sport. C’est pour ça qu’on est associé à Vans. C’est une marque qui représente les mêmes valeurs que nous. L’ascension des rues de Dogtown jusqu’au toit du monde.

Propos recueillis par Julien Perocheau 

Photos par Celina Kenyon 

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