New York Fashion Week, entre inclusivité et retour aux sources

L'évènement annonce le renouveau de la scène new-yorkaise.

new york fashion week 2021
Photo : Complex

La Fashion Week Printemps/Été de 2022 de New York marque le retour d’une mode en physique après une trêve des podiums, due à la pandémie de Covid-19. Placée sous le signe de l’inclusivité, elle annonce un renouveau de la scène new-yorkaise.

Un cardigan couleur blanc cassé, des bottines Richelieu en cuir vernis et une jupe blanche façon kilt écossais. C’est dans cette tenue que le basketteur Russell Westbrook, meneur de jeu des Los Angeles Lakers, s’est présenté au défilé du créateur Thom Browne. Le sportif a été imité par le rappeur Kid Cudi, aperçu au show de Studio 189 vêtu d’une jupe maxi noire assortie à un t-shirt à l’effigie du groupe Nirvana. Deux looks aussi modernes qu’avant-gardistes qui divisent, mais témoignent d’un vent nouveau pour l’industrie de la mode et ses représentations.

La mode post-Covid

Le coup d’envoi des semaines de la mode a été lancé à New York le 7 septembre. Malgré un hiatus de plus d’un an et une flambée de défilés numériques, les shows n’ont pas perdu en qualité. Bien que des stigmates de la pandémie demeurent – quelques-unes des quatre-vingt-onze marques ont maintenu les défilés virtuels – un sentiment de retour à la normale a été observé tout au long de la semaine.

En clôturant comme à son habitude le bal des défilés, Tom Ford a insufflé un message d’espoir allant en ce sens. À travers une collection haute en couleurs, riche en paillettes et silhouettes satinées, il renoue avec un monde festif d’avant-Covid, qui présente tout de même des mutations. Tom Ford estime que les réseaux sociaux ont modifié notre perception des codes vestimentaires. « Les gens ne s’habillent pas pour le jour mais seulement pour la nuit ou pour les réseaux sociaux. Instagram pourrait bien être ce qui sauve la mode au final », commente-t-il.

De son côté, Telfar Clemens propose une redéfinition de la mode, ses codes et sa consommation. Le lancement de Telfar TV, une chaîne disponible en streaming sur Apple TV et les lecteurs Roku, porte un nouveau regard sur l’industrie. Avec cette plateforme, Telfar Clemens entend surtout sortir du schéma de consommation actuel, et propose une nouvelle façon d’acquérir ses créations. Produit prisé par les resellers, le it-bag de la marque (le « Bushwick Birkin ») est très souvent en rupture de stock sur le site, ce qui crée de la frustration au sein de sa communauté. Les sacs seront désormais proposés directement sur Telfar TV, et accessibles via des QR codes qui apparaîtront sur l’écran.

« C’est la fin de l’empire des réseaux », a déclaré Babak Radboy, le directeur de la création de Telfar, avant d’ajouter: « On fait du commerce de vêtements, on ne fait pas du commerce de personnes. » À travers ce projet, le label va à l’encontre de la dynamique traditionnelle du resell. La Telfar TV est avant tout une plateforme indépendante grâce à laquelle la marque peut communiquer sans être limitée par un format qui lui est imposé. 

La renaissance de la scène new yorkaise

À la croisée de la mode française et américaine, Joseph Altuzarra a regagné  les rangs de Fashion Week de New York après une absence de quatre ans. Dans un entretien accordé à L’OFFICIEL, Altuzarra affirme sa volonté de « faire partie de cette renaissance de la scène new-yorkaise et de New York en tant que ville ». Le créateur souhaite activement oeuvrer à ce renouveau, en rejoignant la génération de designers « qui commencent à repousser les limites de ce à quoi ressemble le luxe inclusif ». Il rappelle ainsi le caractère exclusif et innovant propre à la ville, qui selon lui n’existe pas ailleurs.

Sous la pression d’une nouvelle génération désireuse de voir des marques représentatives de la diversité, le secteur de la mode s’efforce de bouger les lignes. La ville de New York fait figure de place forte dans ce projet global, porté par des marques telles que Theophilio, Brandon Maxwell ou encore Thom Browne. Les créations de ce-dernier sont justement une ode à cette mode américaine libérée. Exilé depuis quatre ans dans la capitale française, le créateur a choisi de revenir à New York pour une saison.

Une Fashion Week placée sous le signe de l’inclusivité

La Fashion Week de New York représente avant-tout une vitrine pour les créateurs qui défendent une mode accessible et démocratique, inclusive et sans distinction d’origine ou de sexe. Dans un écrin de verdure choisi pour décor, le designer Thom Browne a présenté les pièces de sa collection Printemps/Été 2022. Renouant avec un vestiaire mixte, il revisite le tailleur deux-pièces unique, devenu sa pièce emblématique. Le mélange des genres est largement mis à l’honneur, ne dérogeant pas à l’ADN de la marque. La collection présente des ensembles deux-pièces, des jupes crayon androgynes, des larges robes drapées en trompe-l’œil, ou encore des capes traînantes portées par des hommes. 

Autre retour remarqué, celui de Jeremy Scott qui a fait défiler Aaron Rose Philip, un mannequin transgenre et handicapé, pour la maison italienne Moschino. « Je passe la semaine la plus surréaliste de ma vie et plus que tout, je suis juste heureuse et bénie d’être ici. C’est tout ce que j’ai toujours voulu », déclare-t-elle sur Twitter. C’est n’est pourtant pas la première fois qu’Aaron se retrouve sous les feux de la rampe. En 2018, elle était devenue la première femme transgenre handicapée noire à être représentée par une grande agence de mannequins, la Community New York. Mais son apparition sur le catwalk signe un tournant historique dans la représentation des minorités. En invitant Aaron Rose Philip à défiler, Jeremy Scott a souhaité délivrer un message en faveur de la diversité.

Clôturée le 12 septembre, la Fashion Week de New York a laissé place au MET Gala, autre évènement très scruté. Dans le prolongement de cette semaine de la mode, la cérémonie avait pour point d’orgue la célébration du style américain sous toutes ses formes et ses couleurs. Le thème, « En Amérique : un lexique de la mode », a été l’occasion pour les invités de rendre hommage aux designers locaux. Alexandria Ocasio-Cortez, figure de proue de Parti Démocrate américain, a ainsi foulé le tapis du Metropolitan Museum of Art dans une robe imaginée par le designeuse Aurora James. Une « immigrante noire axée sur le développement durable qui […] a fait passer son rêve à réalité, d’un marché aux puces à Brooklyn à gagner le @cfda contre vents et marées », écrit AOC sur Twitter.