elgrandetoto interview 27

ElGrandeToto : “T’es dans le risque chaque jour, donc autant vivre à fond”

À Casablanca, une voix magnétique sort du lot. Cette voix, c’est celle d’ElGrandeToto, le porte-étendard du rap marocain. Dans son dernier album, 27, il s’étend sur le drame d’une vie. Il dévoile les stigmates d’un passé consumé, d’années entières englouties dans l’incendie de la maison familiale. Un événement tragique qui marque pour l’artiste le début d’une transformation radicale. ElGrandeToto se replonge dans les cendres, celles dans lesquelles il a trouvé sa force. Chaque rime, chaque topline transcende les frontières et abolit les barrières linguistiques. Le feu sacré du rap arabophone réside en lui. La flamme destinée à briller. Tout était écrit.

Manteau : HAWII / Lunettes : Renaissance / Bijoux : UNSAID
Manteau : HAWII / Lunettes : Renaissance / Bijoux : UNSAID

Quel bilan tu fais de ton album précédent, Caméléon ?

Le bilan de Caméléon, actuellement, c’est que je trouve que c’est l’un des meilleurs albums dans le rap arabe, en général. Je vois que tous les sacrifices qui ont accompagné cet album n’ont pas été fait pour rien. Tout notre travail a porté ses fruits.

La différence par rapport à Caméléon, je dirais que c’est que j’avais moins de pression sur 27. Sur ce projet, j’étais plus chill. Je voulais raconter mon histoire, faire ce que je voulais, faire ma musique à moi, mon truc à moi. J’attendais pas forcément de retombées, les chiffres, les premières semaines, tout ce tralala… J’avais rien calculé pour 27. C’était juste un projet que je voulais livrer. C’est un projet sur lequel je gamberge depuis 7 ans. C’est limite le premier projet que je voulais sortir, mais je devais encore mûrir avant de me lancer dans une aventure pareille. C’était ça la différence principale entre les deux.

Caméléon c’était juste un projet transitoire vers 27 ? Qui a été la confirmation aussi pour toi ?

Ouais. En vrai, j’étais un peu confirmé avant. C’est rare de voir un artiste confirmé à l’international sans avoir sorti de projets. J’avais qu’un EP ou deux sous la main. J’avais rien, pas d’album, rien. J’ai été validé par les grands bien avant, c’est pas juste avec Caméléon. Déjà pour trouver un Damso ou un Hamza sur l’album, c’est que le taff a été fait avant. C’est pas des gars qui poseraient avec n’importe qui. Je dirais juste que Caméléon a mis le mot “confirmé” en gras (rires).

Sur 27, il y a trois covers. Pourquoi ce choix ?

C’était un peu mon idée les trois covers. Quand tu poses les trois covers devant toi, c’est là que tu comprends le délire. La première cover,  la cover principale du projet, c’est une porte en feu, c’est là où j’ai eu le déclic, en vrai. Déjà, sur cette cover, t’as l’acte, l’histoire, l’incendie de chez moi. La deuxième cover, c’est la révélation, c’est là où je me dis “faut que je rappe”. Il y a une partie de moi qui rentre et une autre qui sort sur l’image. La photo est un peu floue. Je peux te donner une référence : c’est un peu comme “Une âme pour deux” de Damso. Il y a une âme qui sort de l’eau. C’est un peu un délire comme ça.

Et puis, la troisième cover, c’est après l’incendie. Je tiens toujours. Tu vois que mon visage n’est pas là, je suis exténué mais je tiens toujours debout. J’ai des diamants sur moi, j’ai des cendres sur moi, mes tatouages aussi. T’as même deux tatouages qui sont bien mis en évidence : le BNJ City block et le nom de ma mère, c’est les trucs qui me font tenir le coup. C’est ça l’explication. Il y a le projet, les 17 titres dans la première cover. Dans la deuxième cover, il y a un titre comme “Arabia” qui t’expliques un peu comment je suis passé de rappeur de chez moi, incompris par la société et par sa famille, à un rappeur confirmé international qui fait du rap en arabe. Après t’as “Blue love” à la fin.

Chaîne : UNSAID

Ça te représente bien le feu, et il y a la notion de “Déclic”, le phénix qui renait de ses cendres…

Avant l’incendie, j’étais dans des vitesses, je faisais des dingueries en vrai, je faisais des conneries dans la rue et tout, et on me cassait souvent les couilles en mode “ouais, il te faut la stabilité“, “ouais dealer c’est pas stable, attention à la prison etc.” J’ai tourné en rond, trois, quatre ans dans ma vie à faire ça. À un moment, je m’étais calmé. J’avais raté l’école, et tout. J’ai postulé pour un bac en candidat libre. J’étais dans un centre d’appel, je me suis calmé.

Et neuf mois après ça j’ai un incendie chez moi et qui me prend tout. J’avais économisé de l’argent pour acheter du matériel, j’avais même acheté un mini-studio chez moi. Et tout est parti ! Et en fait je me suis dit… le déclic c’était “quoi que tu fasses, t’es niqué“, si il y a un truc qui arrive, une force naturelle, tu ne peux pas la contrôler. T’es dans le risque chaque jour, donc autant vivre les risques à fond et je fais ce que je veux ! À ce moment-là, je voulais rapper. 

Tu te livres beaucoup dans ce projet. Ça a été compliqué pour toi ?

Sur quelques sons oui. C’est pas toujours aussi évident pour moi. Tu vois même, sur les réseaux, par rapport l’image que les gens ont de moi. Ils voient pas le côté “dark” chez moi, c’est toujours le côté festif, j’aime pas trop ramener de la peine chez les gens, cet espèce esprit joyeux, tu vois ? C’est pas aussi évident de sortir tout ça. Mais je me dis qu’il faut que je sorte des sons pareils, parce qu’il faut qu’ils sachent que moi aussi je suis un humain comme n’importe quel auditeur qui m’écoute. Je parle de moi, je parle souvent à la première personne, au singulier, mais je parle de toi, je parle d’elle, je parle de tout le monde, en vrai. Si je parle de moi, c’est plus un outil pour que les gens s’identifient. Et ils peuvent se dire “on dirait c’est moi qui rappe”. Je croise des O.G des fois, ils me disent “T’as dit ça dans un son, on dirait que c’est moi qui l’ai écrit !”.

Il y a des thèmes universels, qui touchent tout le monde. Et tu rappes en arabe, plein de personnes ne comprennent pas forcément ce que tu dis mais ressentent quand même ta musique.

Ouais ! Hier par exemple, j’ai vu une nana, je crois qu’elle est de Paname. C’est une française “pure souche”. Elle a fait Paris-Lille, elle a pris le merch, elle était là. Elle a ramené le CD pour le faire signer, et tout. Et moi je croyais qu’à la limite elle avait un copain marocain ou un truc je sais pas. Elle me dit non. Elle me dit qu’elle m’a découvert avec le feat avec Damso. Depuis ce jour là, elle essaie de me comprendre, elle me suis de partout quand elle peut. C’est un délire. Quand je vois des gens qui parlent même pas la langue, qui n’ont même pas des amis proches qui comprennent la langue et que tu t’intéresses à ce point-là, t’as tout baisé, en vrai. La musique, ça a toujours été universel. Des fois je me retrouve à écouter du Gospel. J’me dis même pas “ah c’est péché parce que c’est un truc religieux” Non… c’est de la musique ! La musique c’est fait pour tout le monde. La langue c’est pas une barrière.

Toi t’es le rappeur arabophone le plus écouté au monde. Ça fait pas si longtemps en France que les gens se mettent à écouter des artistes arabophones. 

Il y a des vagues en France. Gros big up à Kore et Skalp qui ont fait le taff au début. Le fait que l’arabe ça passe en France, eux ils en sont pour quelque chose, c’est sûr et certain. T’as eu la vague Raï’n’b fever et après ça s’est calmé. Et puis t’as eu Mister You avec United à un moment et ça s’est calmé. Ensuite, t’as un Soolking qui est venu, et ça s’est calmé. Et là t’attends qu’ElGrandeToto collabore avec Niro pour que ça passe à la radio, ou même que j’apparaisse sur “Love nwantiti”, tu vois. Le problème c’est qu’il y a des vagues et ça ne devrait pas être comme ça en France. Vu la communauté arabe qu’il y a en France. Je ne comprends pas pourquoi il n’y a pas plus de titres arabophones qui passent à la radio. 

Est-ce que tu penses que c’est “à la mode” ? On le voit dans le monde de la mode aussi notamment. On voit de plus en plus de marques sortir des pièces avec des inscriptions en arabe.

C’est un sujet hypocrite pour moi. T’as des mecs racistes, mais au fond ils brassent des millions d’euros avec des tissus écrits en arabe. C’est pas très cohérent. Il y a plein de gens dans la mode qui sont comme ça. Je vais pas les citer mais c’est la raison pour laquelle je ne travaille pas avec beaucoup de marques dans la mode. Je suis restreint dans les gens avec qui je travaille. Je crois beaucoup en l’humain, dans mon équipe. Même mon attaché de presse c’est une pote à moi, on est devenus potes. Je peux pas avoir uniquement une relation professionnelle avec un membre de mon équipe. Même une collab, pour moi, c’est un truc sur le long terme. On partage, c’est à vie. Les gens sont perchés en vrai. T’as peur d’une culture mais tu te l’approprie quand même pour faire de l’argent. Et après tu votes FN ! (rires)

Haut : GUNTHER / Pantalon : GUNTHER / Chaussures : LOUIS VUITTON / Bijoux : UNSAID / Lunettes : RENAISSANCE
Haut : GUNTHER / Pantalon : GUNTHER / Chaussures : LOUIS VUITTON / Bijoux : UNSAID / Lunettes : RENAISSANCE

On peut parler de ton style. Je me rappelle d’une des premières interviews dans laquelle je t’ai vu. C’était un pour Grünt, à Casablanca.

J’étais en résidence pour l’album, ce n’était pas mon meilleur style (rires). 

Tes cheveux bleus, tes tatouages… On voyait bien que tu étais différent des autres.

Je me suis toujours cassé les couilles à ressembler aux gens au début parce que les gens me trouvaient bizarre. 

Pourquoi ils te trouvaient bizarre ?

Parce que je réfléchis pas trop. Si je veux faire un truc, je le fais. Si je veux dire un truc, je le dis. Si je veux m’arrêter dans la rue et danser, je le fais. Il y a plein de trucs que je faisais sans vraiment réfléchir. Ça m’a même un peu joué des tours quand j’étais petit. Ça m’a éloigné de qui je suis en vrai à un moment. Après je me suis dit “nique sa mère”, les gens ils sont pas comme moi c’est comme ça, c’est pas moi qui suis pas comme eux, c’est eux qui sont pas comme moi ! Pour m’avoir, il faut me comprendre. Si tu ne me comprends pas, va niquer tes morts !

Il y a une personnalité en particulier dans la mode qui t’as beaucoup marqué, c’est Virgil Abloh. Qu’est-ce qui t’a inspiré chez lui ?

Je vais te donner un exemple simple. Pour qu’un mec comme Unknown T, qui sort d’une affaire de meurtre, alors qu’il a rien fait, il sort de prison… Et quelques mois plus tard, il marche dans un défilé Louis Vuitton. On a tout gagné, tu vois. Il y a plein de trucs positifs que Virgil a fait. Même quand il était au Maroc, à l’Oasis Festival, j’ai eu des échos positifs de la façon dont il a parlé aux gens. C’était un mec simple. Et si on parle de ce qu’il a fait dans le rap, rien que les covers qu’il a fait, genre sur Watch the Trone et tout ce qu’il a fait avec Kanye, sa vision, et tout… C’est quelqu’un que je respecte beaucoup. Paix a son âme. Je trouve qu’on a besoin de beaucoup de gens comme Virgil dans le monde en général. Je ne parle pas que de mode, ou de musique. Mais dans beaucoup de domaines. Vraiment. On irait mieux. S’il y avait 10 personnes dans l’ONU comme lui… il n’y aurait pas de “Palestine-Israël” etcétéra. Ce sont des mecs qui ont une énergie contagieuse. Si t’as la tête bloquée, ils vont finir par te la débloquer. Des mecs avec des messages. Et son message à Virgil c’était “aidez-vous entre vous”.

Toi aussi tu essaies d’être une source de motivation ?

Ouais, j’essaie !

Est-ce que ça te met la pression parfois ? Tu penses qu’on attend certaines choses de toi en tant que “vitrine” du rap marocain ?

À part des feats cainri, je vois pas ce qu’on attend de moi au Maroc (rires). Mais pour être plus sérieux, ouais, il y a une pression. Pas grosse, mais c’est pas une pression négligeable, en vrai. Après, pour ne pas me rajouter de pression, je fais comme j’ai toujours fait : je suis ma tête, ma petite voix intérieure. Je ne vais jamais me permettre de faire quelque chose qui nuirait à la réputation du rap marocain, ou qui va flamber tout ce qu’on a bâti. Il y a des moments où j’aimerais bien péter un câble… Mais t’as pas le choix, tu te freines. Parce que la cause est bien plus grande.

Lunettes : RENAISSANCE

Tu sens qu’il y a une responsabilité ?

Il y a un devoir. Le jour où il y en a un qui va me dépasser je serai tranquille, je pourrais me reposer un peu. Je suis à deux millions d’auditeurs du deuxième rappeur marocain le plus écouté. Il y a 100 millions de streams de différence, ou 200, 300 je crois même… Donc le chemin est long. Que ce soit pour moi ou pour eux. 

Tu as aussi une volonté d’unir les gens de part des collaborations, notamment sur ce projet-là. Ça va de la Belgique avec Hamza, à l’Espagne, l’Angleterre…

Faut créer des ponts. L’union fait la force. Tout simplement. L’union c’est beau. Tu peux faire beaucoup plus de choses quand t’es uni avec quelqu’un.

T’insistes sur le fait que tes collaborations musicales sont avant tout des collaborations humaines.

Ouais, il y en a que j’ai regretté. Beaucoup.

Tu pourrais en citer ?

Je réfléchis si ça vaut le coup de citer…

Pourquoi tu les as regretté, surtout ?

Parce que quand ils ont ton couplet, c’est bon, ça change ! Dès qu’ils ont ton couplet c’est bon ils ont tout fait. Ils ont le plus important. C’est des gens qui pensent qu’à la musique. Moi, un mec comme HD La Relève par exemple, c’est un mec avec qui j’ai jamais fait de son, mais c’est un pote à moi de ouf. C’est un mec, je meurs pour lui. S’il a un problème je suis là ! Un mec comme Ashe22, par exemple, il y a un problème je suis là !

Et d’autres n’étaient pas sincères ?

Il y en a eu beaucoup ! Il y en a aussi d’autres que je n’ai pas assez côtoyé pour savoir, mais…

Mais tu l’as senti. 

Ouais, je l’ai senti. Ça se ressent de ouf. C’est chiant parce que tu rigoles avec eux en studio, ça se passe bien. Mais après, pour eux c’est que la musique. Alors que toi, à ce moment-là, tu le comptes dans ta vie, en vrai. C’est pour ça que dans le rap français je suis fermé à bloc maintenant. Je le dis tout de suite. Il y en a qui vont galérer à avoir mon couplet parce que ça va plus se passer comme avant. Là, il va y avoir des tests, il va y avoir beaucoup de tests. Si tu vois que tu mérites pas mon couplet, c’est au-delà de la musique, tu peux être le kickeur le plus fort de France, mais si humainement tu mérites pas mon couplet, wAllah tu vas pas l’avoir. Même pas un back. C’est comme ça. Pas qu’en France, hein, mais surtout, surtout en France.

Tu cherches aussi à réunir l’Afrique autour de tes collaborations. En quoi c’est important d’unir les communautés ?

On a un continent de ouf, et je trouve que c’est dommage de ne pas en profiter. J’ai fait des pays comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Cameroun, le Congo, le Bénin, le Togo… Je trouve que ce privilège de pouvoir voyager avec un passeport marocain dans plus de vingt pays africains, il faut en profiter. Aller voir un maximum de pays, et travailler avec le plus d’artistes possibles. Rien qu’entre nous, on peut bâtir un putain d’empire. On n’est pas obligés de compter sur l’occident.

Ensemble tenue : GUNTHER / Bijoux : UNSAID / Chaussures : DIOR / Lunettes : CARTIER
Veste : LOUIS VUITTON / Pantalon : GUNTHER / Chaussures : LOUIS VUITTON / Bijoux : UNSAID

On assiste souvent à des divisions entre les communautés africaines. On le voit par exemple avec la CAN.

Ouais. La CAN j’ai eu de la peine pour le Sénégal. C’est l’un des seuls match où j’ai été divisé. Il y a des trucs qui sont faits pour unir les gens, pas les diviser, comme le foot, la musique… tout ce qui est de l’ordre du divertissement. Je trouve que c’est dommage de se diviser. Mais regarde la CAN par exemple. La façon dont ça a uni le Maroc et la Côte d’Ivoire. Actuellement, il y a une putain de belle relation entre les deux pays. Au lieu de se concentrer sur les mauvais points, venez on se focus sur les bons déjà !

Est-ce que t’as le sentiment que cette division on l’ignore parfois ? On essaie de pas la voir ?

Ouais, parce qu’on ne veut pas trop se casser la gueule en en parlant. Mais faut avoir les couilles d’en parler. Quand tu crois en tes convictions, il faut les défendre aussi. Il ne suffit pas d’y croire. Soit t’y vas à fond, soit tu fais rien. T’as pas le cul entre deux chaises. Surtout quand il s’agit de l’Afrique… c’est un sujet sensible.

Tu peux me parler plus précisément de ton rapport au Sénégal ?

C’est mon pays d’amour le Sénégal, c’est la maison. C’est depuis que je suis gosse que j’en entends parler. Notamment avec les sénégalais qui habitent chez moi, dans mon quartier. Booba qui a fait beaucoup de références au Sénégal. J’ai grandi en l’écoutant. Il y a eu pas mal de trucs. J’y suis allé à la base pour un concert. Je devais faire trois jours. Au final, je suis resté là-bas trois mois. Volontairement. J’ai tout annulé, des tournages, et plein de truc. J’y suis resté. J’ai jamais été aussi bien de ma vie. Je sais pas pourquoi, mais il y a une aura dans ce pays qui est incroyable. Vraiment incroyable.

T’aimerais t’y installer ?

Même y être enterré ! Quand je finis ma life, mes gosses ils auront grandi et tout… Sénégal, direct !

Et ton public sénégalais ?

Je suis encore petit là-bas mais pour ceux qui me connaissent, on se connait, tu vois ? Là-bas, je ne suis pas trop compliqué en vrai. Je me pose avec tout le monde, je rigole avec tout le monde. C’est le seul pays dans lequel j’enlève un peu la casquette ElGrandeToto.

Est-ce que parfois tu repenses parfois à l’enfant que tu étais ?

Chaque jour avant de dormir depuis que j’habite dans mon nouvel appartement. J’habite juste en face de mon ancien lycée et à côté de chez mes parents. J’ai déménagé là-bas.

À quoi tu penses quand t’es chez toi tu te regarde par la fenêtre ?

Ça me rappelle de bons trucs en vrai. Je me rappelle l’époque où on me considérait comme quelqu’un de bizarre. C’est la rue où j’ai écrit mon premier texte en arabe et tout. Je suis content. Je suis même fier d’habiter là-bas maintenant, quand je réalise par quoi je suis passé, tout ce que j’ai traversé.

Surtout que tu expliques que tu n’avais pas un rapport très assidu à l’école, donc habiter en face…

J’étais jamais là en vrai. J’étais même celui qui séchait le plus les cours.

Qu’est-ce que tu dirais à l’enfant ElGrandeToto ?

Rien changer. Continuer comme ça. Ça va bien se passer. Ça va être dur mais ça va bien se passer. Il faut être fort. Et croire en soi.

La rage c’est la source de ta détermination. C’est un moteur. Qu’est-ce qui te provoque cette rage ?

Plein de trucs, hein. Juste le fait de voir où j’ai grandi, avec qui j’ai grandi. Juste le fait de savoir que j’étais dans la rue à rien glander il y a sept ans et que là tout le monde achète mes billets et tout. Parfois il y a de mauvaises rages, parfois des bonnes. Mais vaut mieux la rage que la haine.

Tu l’extériorises à travers ton art.

C’est en dansant le krump que j’ai maîtrisé ce truc-là. 

T’as complètement arrêté la danse ?

Ouais. En vrai, ouais. Ça fait longtemps que j’ai pas dansé. Je ne sais pas si je vais m’y remettre. Mais c’est pas si évident de me remettre à danser.

T’as arrêté la danse parce que la musique ça devenait plus sérieux ?

Ouais c’est ça. Je suis passé par tellement de mauvais trucs en dansant à l’époque, auxquels je ne veux même pas repenser. Et c’est un truc qui me travaille l’esprit à chaque fois que je suis sur la piste. Ça appartient au passé.

T’as pu performer les sons de ton projet sur scène depuis sa sortie en novembre. Comment le public a reçu ce projet ?

Je suis content ! Sur scène, l’album c’est une tuerie. Je m’y attendais pas. Dans ma tête, j’ai pas fait un album de scène. C’est un truc de ouf. Je me disais que c’était plus un album que les gens allaient écouter dans une gova, par exemple, tu vois ? Mais quand j’ai joué l’album, c’est là que je me suis dit “putain, j’ai un vrai album pour la scène“. C’est un truc de ouf !

Il y a le Zénith qui arrive à la fin de l’année… Le premier rappeur marocain à le faire, c’est historique.

Je suis le premier artiste marocain à le faire, tout court ! L’Olympia j’étais peut être le premier rappeur, mais pour le Zénith, je suis le premier artiste, tout court. C’est un truc de ouf. Il y a une pression de malade. On attend le sold-out en vrai (rires). On est pas très loin, inch’Allah. Mais ouais c’est une belle pression. Le 27 avril à Casablanca et le Zénith ça va être les concerts les plus fous cette année. 

Cest une belle année qui t’attends.

Ouais et y a aussi la réédition de l’album qui arrive. Après le ramadan, si Dieu le veut. 

Dans cette réédition, on peut s’attendre à des feats ?

Je ne vais pas trop m’étaler sur le sujet (rires). Mais il y aura une belle surprise !

Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter de plus ?

J’aimerais bien un petit single d’or sur l’album peut-être, pourquoi pas ? (rires) Et un ticket d’or aussi, pour la tournée, ce serait cool !

Photographe : Alexandre Mouchet
Digit : Tony Raveloarison
Interview : Leïla Ghedaifi
Direction artistique : Noémi Bonzi
Coordination artistique : Iris Gonzales
Retoucheur : Joshua Peronneau
Assistant light : Ufo Hendrix
Production : Nicolas Pruvost, Alice Metge
Styliste :
Yas
Assistante Styliste : Chloé
Maquilleuse : Mathilde Moncamp
Coiffeur : Jeremy Gatard