Avec la trilogie “JE T’AIM3”, Vald prouve qu’il est définitivement un artiste à part

Habitué à nous faire part de ses tourments à travers des textes chantés, Vald a récemment prispart à une trilogie de courts-métrages explorant les thématiques de l’amour, du sexe et de la relation de couple, dans laquelle il excelle, accompagné d’une équipe technique remarquable. L’oeuvre globale, intitulée “JE T’AIME3”, est coupée en trois parties et e focalise sur des moments charnières dans la vie d’un couple : la rencontre avant l’amour, le quotidien pendant l’idylle, ainsi que les formes de violence liées à la fin de l’état de grâce amoureux. Si le synopsis peut paraître conforme aux attentes d’un film lambda de comédie-dramatique, il s’avère que l’écriture, bien que confrontée au délai restreint d’un court-métrage, est bien plus nuancée. D’ailleurs, l’initiative d’attribuer un réalisateur différent pour chaque court-métrage est représentative des ambitions du projet. Cristobal Diaz, Leïla Sy, et Lucas Fabiani dirigent respectivement “Attractions (partie 1), “Au nom de la famille (partie 2)” et “Entre chien et Lou (partie 3)”.

Attractions met en scène Vincent (Vald) et Sarah (Hiba Abouk), qui font connaissance par hasard à la suite d’un match Tinder absent du rendez-vous organisée par la jeune femme. Vald prend alors l’apparence de cet homme, attiré par le charme et le mystère d’une potentielle relation, durable ou non. Premier signe d’un récit imprégné dans une société ultra (dé)connectée. Le court-métrage s’intéresse dès lors à représenter les prémices d’une relation amoureuse, par l’intermédiaire de dialogues crus, abrupts et de situations réalistes. Bar, alcool et cocaïne, le couple éphémère ne s’impose aucune limite dès les premières heures de leur liaison. Comme s’ils n’avaient pas le choix. Le rapport au corps, au couple, est à l’image de la société dans laquelle ils évoluent : libéralisée, dématérialisée et même uberisée. Pendant la soirée, Vincent fait la rencontre de Lou, amie de Sarah, interprétée par la talentueuse Eulalie Elsker. Elle se joint à la fête et n’hésite pas à adopter un comportement séducteur face au supposé couple. L’appel d’un Uber à la suite de la soirée n’est pas anodin et rentre dans cette conception de l’amour, libre et consommable à tout moment. Le cours de l’histoire allie Vincent et Lou, qui envisagent une vraie relation tout en faisant disparaître Sarah, pourtant première conquête du jeune homme, de leur amourette.

Le premier enfant arrive, et les turbulences aussi. Le désir, l’humour, la perception de soi même… Le second volet Au nom de la famille jette un oeil curieux sur les tensions entre les deux personnages, devenus parents, qui essayent tant bien que mal de retrouver la flamme du début. Ici, l’absurde et le cynisme sont mis en avant, à travers les scènes de famille (entre la fille absorbée par son iPad et les beaux-parents dépassés) ou de sexe. Le couple se cherche, se déchire, rigole… Bien loin des clichés ou de la conformité sociale, on est témoins d’un duo en quête d’identité malgré leur costume de parents.

Enfin, Entre chien et Lou s’attache à décrire la violence, morale et physique, qui s’est installée au fil du temps dans le couple. Ce mal, sourd et profond, est d’autant plus significatif qu’il ne se remarque pas aux premiers abords, sans doute à cause de la fragilité de Lou. Les souvenirs ressurgissent, Sarah tente de raisonner son amie, en vain. Une prise de conscience est nécessaire mais elle est évitée. Chacun aura l’occasion de tirer les conclusions qu’il veut de cette trilogie, mais un message est clairement delivré : l’amour n’a plus la même définition lorsque violence et déchirement prennent le dessus.

La mise en scène se met ici au service du récit, intimiste et réaliste, à l’aide de plans rapprochés et de gros plans, permettant une représentation authentique et sans artifice grossier des événements de la vie. Comparable (toutes proportions gardées) au travail d’Abdellatif Kechiche ou de Xavier Dolan dans la manière d’appréhender les émotions vécues à l’écran, la réalisation est soutenue par une lumière soignée tout au long des trois courts-métrages. Il est important de s’intéresser à ce jeu de lumières, qui s’intègre discrètement et influe sur l’atmosphère imprégnée à l’oeuvre. L’environnement numérique dans lequel évolue les acteurs est défini par un standard d’image : les canaux de diffusion “RVB” – Rouge, Vert, Bleu. Attraction est noyé dans la chaleur et le mystère du rouge, tandis qu’Au nom de la famille est immiscé dans un vert plutôt apaisant, avant de terminer sur un bleu Klein mêlant le rêve à la réalité.

L’apport de Vald est par ailleurs considérable dans une trilogie de courts-métrages généralement destinés à un public avisé, voire cinéphile. Le contraste existant entre ce projet et les oeuvres audiovisuelles auxquelles ont participé d’autres rappeurs (on pense à Lacrim dans Force et Honneur ou Sch dans Jvlivs : Absolu Tome 1) est saisissant, sans manquer de respect aux projets cités.

Porté par une réalisation cohérente, soignée et esthétique, Vald élargit sa palette artistique, grâce à un jeu d’acteur remarquable, et permet à ses fans (ainsi qu’au rap français en général) de découvrir une représentation innovante de sa personnalité. Les textes de ses morceaux mettent en relief des similitudes troublantes avec son personnage, Vincent, dont il a certainement vite saisi l’essence, lui permettant d’être aussi à l’aise en l’interprétant. La triologie JE T’AIM3 devrait sans aucun doute apporter un vent de fraîcheur dans une industrie en grande partie composées d’artistes qui peinent à combiner le sérieux de leur “gimmick” et les initiatives artistiques innovantes.

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