Rencontre avec Garance Vallée, l’artiste parisienne qui a su conquérir Nike

Architecte de formation, la jeune femme signe une installation artistique à découvrir au store Nike du Forum des Halles.

garance vallée nike design

Architecte, designer d’objet, scénographe… Garance Vallée a déjà fait ses preuves dans de nombreuses disciplines, et ce, à seulement 27 ans. Il y a quelques mois de cela, Nike faisait appel à cette artiste parisienne pour lui proposer de créer un modèle de Blazer à son image, en utilisant la paire mythique comme une toile blanche. Elle signe désormais une installation artistique inspirée par l’héritage la Blazer et visible au flagship Nike du Forum des Halles. Pour l’occasion, Garance Vallée a répondu à nos questions.

Est-ce que tu peux nous présenter ce que tu fais ?

Je m’appelle Garance Vallée, j’ai 26 ans, j’habite et je travaille à Paris. Je suis architecte de formation, avant de me tourner petit à petit vers le design d’objet et la sculpture. J’ai grandi dans l’atelier de peinture de mon père, donc j’ai toujours dessiné et peint à côté de lui. Du coup, en sortant des études d’architecture, j’ai essayé le dessin, la peinture, le design d’objet… Progressivement, j’ai essayé de créer un univers complet en utilisant tous ces médiums pour exprimer mon art. 

À quel moment que tu as décidé d’opérer cette diversification ? De ne plus seulement te concentrer sur l’architecture ?

En sortant de mon diplôme d’archi, j’ai bossé à New York où j’ai rencontré une architecte qui était également artiste. J’ai trouvé ça totalement fou, parce qu’à Paris il n’y a pas ce genre de profil. Je suis dit : “Attends, elle a un vrai nom en art et en archi, les deux fonctionnent bien pour elle, elle n’a pas décidé de choisir une case.” Elle m’a poussé à montrer mes dessins, mes peintures… Petit à petit, mes dessins d’architecture se sont transformés en dessin d’art et vice-versa, j’ai fait des ponts entre les deux. 

Comme décriraistu ta patte, ton univers ? 

C’est un univers super protéiforme, je fonctionne à l’instinct. Quand je rencontre la matière ou quand je rencontre la couleur, je perçois tout de suite une émotion et j’essaie de la retranscrire au maximum. Ce ne sont pas des choses très épurées, j’aime bien qu’on voit le geste, la matière sur les objets, qu’on ressente tout le processus qu’il y a derrière. 

Tu axes ton processus créatif sur les sensations ? 

Pas tant sur les sensations, mais plus le ressenti. J’aime beaucoup travailler la matière, que ce soit le plâtre, le ciment, le bois… J’aime garder les matières brutes. Il faut que la personne qui regarde l’objet comprenne ce qu’il y a derrière. Par exemple, que l’on puisse voir les coups de pinceaux, les coups de marteaux… Qu’on puisse voir comment ça a été construit.

Quelle a été ta première réaction quand Nike t’a contacté pour réaliser ta propre Blazer il y a quelques mois et pour maintenant créer cette installation au store des Halles ? 

J’ai été agréablement surprise ! Nike est une marque que je porte depuis longtemps et que j’affectionne. J’ai pu garder cet univers vestimentaire que j’ai, de part comment je m’habille tous les jours, mais également mon univers qui va être plus de l’ordre du design, de l’architecture, qui permet de toucher une autre clientèle. C’était très cool de pouvoir mélanger l’univers urbain avec le côté chic de la décoration d’intérieur. Pour Nike, je trouve que c’était super intéressant d’avoir un profil où on pouvait jouer sur les deux tableaux, garder cette idée d’objet lisse et un peu précieux, qui pourrait se retranscrire sur une sneaker, pour finalement en faire un objet un peu plus structural.

Est-ce que tu baignais déjà la sneaker culture avant cette collaboration ? 

Pas tant que ça, même si j’ai toujours eu pas mal de paires. Je ne vais pas jusqu’à faire la queue devant les shops pour les nouvelles sorties, mais c’est univers qui m’a toujours intéressé. J’ai grandi avec un grand frère et un père qui adoraient les sneakers, c’était une passion présente dans ma famille. Ma paire va souvent être le grain de folie dans mon outfit, tandis que je favoriserai des couleurs plus sobres sur mes vêtements. 

Tu as vu des similitudes créatives avec l’architecture quand tu as bossé sur ta Blazer ?

Non, je considérais vraiment ça comme du design d’objet. Ça reste du design textile donc j’ai vraiment pris la paire comme un objet à part entière, avec les questions que peut se poser un designer : quelle va être la tendance de demain ? Que vont porter les gens ? Qu’est-ce qu’ils vont voir ? Quelles seront les couleurs en vogue ? En même temps, il fallait garder en tête que la Blazer est une paire unisexe, universelle, la sneaker blanche de base. Il ne fallait pas dénaturer son essence, tout en y apportant mon petit clin d’œil subtil.

Quand t’as commencé à bosser sur la Blazer avec cette installation-là, est-ce que t’as eu un sentiment de t’attaquer à quelque chose de trop “grand public” par rapport à ce que tu avais l’habitude de faire ?

Pas du tout. Nike a énormément respecté mon approche artistique et m’ont donné carte blanche. C’est d’autant plus un honneur de travailler avec une marque aussi grosse qui te laisse libre de t’exprimer. Je les ai progressivement mené vers ma vision pour cette installation, il n’y avait aucune restrictions. Effectivement, j’aurais été réticente si une marque avait essayé de me formater vers une certaine image, mais Nike cherchait ma vision avec ce partenariat. Ce n’est pas vraiment “Nike qui a pris Garance pour se servir de son image”, c’est vraiment un dialogue dans lequel ils m’ont laissé une grande liberté.

Comment as-tu conçu cette installation ?

Ça part de dessin, de maquettes, de 3D… Je travaille tout en interne à mon atelier, avec des maquettes et des prototypes. Tout est ensuite envoyé dans un atelier qui va travailler le bois, une tapissière qui va faire la découpe sur le tapis… J’ai travaillé avec des artisans qui bossent déjà avec Nike sur certaines installations et le bureau de production connaissais déjà bien la boutique de Châtelet. Il y a également beaucoup d’échanges qu’on a entre nous pour les couleurs, le travail du bois, c’est toujours des petits ajustements comme ça.

Est-ce que t’as considéré ça comme un défi, toi qui es créatrice, de créer une installation pour l’univers du retail ?

J’ai basculé ce projet dans le domaine de la scénographie. Pendant mon diplôme d’architecture, j’ai fait un double cursus avec un master en scénographie. Selon moi, l’architecture, la scénographie, le design… c’est aussi comment penser l’espace ? Mon bagage d’architecte et de scénographe me permettent de penser à comment mettre la paire en valeur, comment rendre le point de vue agréable, afin que les gens se projettent bien dans l’espace. Le but, ce n’est pas qu’on se dise : “Ah ouais, Garance elle a mis son egotrip, son installation à elle.” Il faut penser à tous les partis, à comment l’espace vit, à comment les gens le perçoivent…

Est-ce que tu penses que ce genre d’installation c’est quelque chose de vitale pour les gros points de ventes comme ça, que ce ne soit pas juste un magasin mais une vraie expérience ? 

Les gens ont de plus en plus besoin d’une expérience immersive. Maintenant, le client en a plein les yeux de l’entrée à la sortie du magasin. Il achète sa paire de sneakers, mais il va également vivre une expérience visuelle, il va avoir envie de se prendre en photo dans la boutique. Ça va ensuite donner envie à d’autres personnes d’expérimenter, il va pouvoir toucher, regarder… Ça permet aussi aux boutiques de se renouveler. C’est aussi vecteur de culture car les gens se renseignent sur les artistes et vont les suivre sur les réseaux après avoir vu leurs oeuvres. C’est assez couillu pour une marque comme Nike de toucher au monde de l’art et du design. Mais finalement, il y a toute une logique, parce qu’une boutique doit être bien construite, il faut bien mettre en valeur ces éléments forts. Toutes ces choses sont pensées ensembles.

Pour quelqu’un qui souhaiterait se lancer dans le design, quel conseil tu aurais à donner ? 

Si on a quelque chose au fond de soi, je compare souvent ça à un bouillonnement, à un moment, tu ne peux plus le retenir. Que ce soit sur un bout de carton, du plâtre, une feuille, je ressentais ce besoin de m’exprimer. Aujourd’hui, le plus dur c’est qu’on fait face à beaucoup d’infos, beaucoup d’images, et que les gens essayent de se ressembler. Il faut essayer d’être un maximum personnel. Adolescente, ça me faisait flipper d’être trop personnelle, de ne pas être comprise par mes potes, par les gens qui peuvent se dire “elle est bizarre.” Il faut se dire que c’est ta force, que tu penses comme ça. Il ne faut pas avoir peur de ne pas se conformer à ce qui se fait déjà. 


L’installation de Garance Vallée est toujours visible au store Nike du Forum des Halles à Paris.