Oscars 2021 : l’année de la diversité

Une diversité liée à la pandémie et surtout aux actions militantes.

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Extrait du film "Judas & the Black Messiah"

La 93ème cérémonie des Oscars du Cinéma aura lieu dans la nuit du 25 au 26 avril. Pandémie oblige, cette année, les invités assisteront à la grand-messe du cinéma hollywoodien dans des lieux différents afin de respecter la distanciation physique. Elle se tiendra donc dans une ancienne gare de Los Angeles et le Dolby Theatre d’Hollywood, entre autres. En plus du changement de décor, les Oscars connaissent un autre bouleversement significatif pour cette édition 2021. Longtemps critiquée pour son manque de diversité, la cérémonie mettra cette année plus que jamais en avant des acteurs, actrices et cinéastes aux origines ethniques, identités et sexes différents. Une révolution qui a lieu grâce à la conjoncture mais surtout grâce aux actions militantes entreprises ces dernières années.

Une année pas comme les autres

Viola Davis, le regretté Chadwick Boseman, Daniel Kaluuya Yuh-Jung Youn et Chloé Zhao sont bien partis pour remporter des prix ce dimanche dans d’importantes catégories : meilleure actrice, meilleur acteur ou encore meilleure réalisatrice pour cette dernière. Ce pic de diversité parmi les nommés aux Oscars est en partie lié à la crise du Covid-19. En effet, celle-ci a considérablement impacté le monde du cinéma. Entre la fermeture des salles, les grosses productions et les sorties en salles annulées ou reportées, il a fallu s’adapter.

Plus de la moitié des films nommés cette année aux Oscars sont des productions de sociétés de streaming qui sont sortis ou sortiront directement sur les plateformes. Connues pour produire des contenus bien plus diversifiés et inclusifs que dans la norme de l’industrie, les plateformes de streaming ont permis à l’Académie de piocher dans leurs catalogues hétérogènes cette année.

Un nécessaire renouvellement de l’Académie

Si la question de la diversité est aussi importante cette année c’est parce que dans l’Histoire des Oscars, rares furent les fois où des femmes, des personnes issues de minorités ethniques et issues de la communauté LGBT ont été mis en avant. Pour illustrer le manque d’ouverture aux Oscars, on peut citer Ernest Borgnine, acteur et votant de l’Académie des arts et des sciences du cinéma, qui a déclaré en 2006 qu’il ne regarderait ni ne voterait pour le film Brokeback Mountain sorti en 2005, jugeant la relation homosexuelle entre les deux personnages principaux « dérangeante ». Une position qui en disait long sur les membres de l’Académie qui en 2014 était composée de 93 % de Blancs, dont 76 % d’hommes de 63 ans en moyenne. Difficile de nominer des personnes diversifiées quand les votants ne le sont pas.

Oscars 2016: l’expression d’un ras-le-bol collectif

L’année 2016 marque un tournant quand tous les vingt acteurs nommés dans les catégories principales des Oscars sont blancs. Alors, face à cette hégémonie, April Reign, rédactrice de BroadwayBlack, un site mettant à l’honneur des acteurs et metteurs en scène noirs lance #OscarsSoWhite. Repris en quelques heures par des milliers d’internautes sur les réseaux sociaux et de personnalités du monde du cinéma, ce mot d’ordre devient un réel mouvement de lutte pour plus de diversité au sein de l’Académie.

Quelques mois plus tard, le mouvement #Metoo a également permis de réfléchir à la place des femmes dans l’industrie du cinéma. Depuis, il y a eu quelques progrès : en 2017, Mahershala Ali devient le premier musulman à obtenir l’oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour le personnage qu’il incarne dans le magnifique Moonlight. L’année la plus marquante est probablement 2020, où le film sud-coréen Parasite fait un triomphe en remportant quatre oscars majeurs : meilleur film, meilleur film étranger, meilleur scénario original et meilleur réalisateur. Preuve de l’ouverture progressive d’une Académie qui a été contrainte de se renouveler. En effet, depuis #OscarsSoWhite, les femmes sont représentées à 33% dans l’Académie et les membres issus de « minorités sous-représentées » représentent 19% des votants.

Aujourd’hui, toute la question de savoir si la hausse de la diversité parmi les nommés remarquée cette année s’inscrira dans le temps ou non. Dans les années à venir, l’enjeu principal pour l’Académie sera de continuer à mettre en avant des personnalités diversifiées. Toutefois, on sait que les hommes génèrent plus d’argent dans l’industrie du cinéma et que le racisme est encore très imprégné dans la société américaine. Le combat pour plus de diversité ne fait donc que commencer.

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