Sha’Carri Richardson, humaine avant tout

L’une des meilleures sprinteuses de l’Histoire voit s’envoler ses chances de participer à ses premiers JO, alors qu’elle partait grande favorite.

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Photo : Chang W. Lee/The New York Times

Si vous n’êtes pas féru d’athlétisme, le nom de Sha’Carri Richardson ne vous disait probablement rien avant le 1er juillet dernier. Les gros titres tombent, la sprinteuse américaine de 21 ans est contrôlée positive par l’Agence antidopage américaine à la marijuana après avoir appris le décès de sa mère biologique.

La Fédération américaine d’athlétisme prend alors une décision radicale : Richardson est suspendue un mois et privée de Jeux Olympiques de Tokyo. Très soutenue sur les réseaux sociaux, l’athlète voit s’envoler ses chances de participer à ses premiers JO, alors qu’elle partait grande favorite.

Le meilleur espoir du sprint aux États-Unis

Originaire du Texas, Sha’Carri Richardson se propulse en peu de temps au rang de star du sprint au niveau mondial. Après être devenue professionnelle en juin 2019, Richardson rejoint très vite le club des dix femmes les plus rapides du monde sur 100 mètres. En avril dernier, elle devient la 6ᵉ performeuse mondiale de l’Histoire en 10’’72 lors d’un meeting en Floride.

En plus de marquer sa discipline par ses exploits sportifs, sa personnalité et son style ne laissent personne indifférent. Du haut de son mètre 55, Sha’Carri se distingue sur la ligne de départ. Ses faux-cils volumineux et ses couleurs de cheveux qui varient en fonction de ses humeurs détonnent. Ses ongles à n’en plus finir rappellent ceux de l’iconique Florence Griffith Joyner ou ceux de Gail Devers, dernière sprinteuse américaine à avoir remporté l’or olympique sur le 100 mètres féminin en 1996.

Tout au long de sa jeunesse, Sha’Carri passe par des épreuves difficiles. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle est enfant, celle que l’on surnomme aujourd’hui “la fille la plus rapide du Texas” est élevée par sa grand-mère Betty et sa tante Shayaria. Très tôt, elle se passionne pour la course et son sport devient son exutoire. Sha’Carri Richardson puise sa force dans son histoire personnelle, mais également dans celle de sa communauté : “Je suis une femme noire fière. Si j’ai tant de succès et si je suis si motivée, c’est en partie grâce à l’Histoire de ma communauté’’.

Vague de soutien suite à sa suspension

Quelques heures après la sanction, Richardson explique dans l’émission Today de NBC qu’un journaliste a évoqué la mort de sa mère biologique, quelques jours avant le début des épreuves de sélection olympique américaines. “C’était vraiment un choc psychologique“, déclare-t-elle. “Ce journaliste ne faisait que son travail, mais cela m’a mis dans un état de panique émotionnelle.” Sha’Carri Richardson n’a d’autre choix que d’assumer son erreur, d’accepter son sort.

Immédiatement, les soutiens se multiplient sur les réseaux sociaux. Le hashtag #LetHerRun se répand. De nombreuses personnalités prennent la parole concernant les décisions prises à son encontre. Parmi elles, Drake, Travis Scott, Seth Rogen ou encore LaMelo Ball dont le tweet de soutien est devenu viral.  « Si ce n’est pas du crack, laissez-la courir » a déclaré le basketteur.

La sprinteuse peut également compter sur son sponsor Nike qui rappelle son soutien dans un communiqué. Diddy, quant à lui, dénonce l’instrumentalisation historique de la consommation de marijuana à l’encontre de la communauté noire. Et il y a, en effet, de quoi s’indigner. D’après plusieurs études réalisées aux États-Unis sur les arrestations à caractère racial, les Noirs sont plus susceptibles d’être arrêtés pour possession de marijuana que les Blancs dans tous les États, y compris ceux qui l’ont légalisé. “Je suis fatigué que des personnes blanches prennent des décisions qui affectent nos espoirs et nos rêves” explique Diddy.

Les athlètes sont humains

 “La question de savoir si les règles devraient rester telles qu’elles sont, c’est un autre problème. Mais en attendant, les règles sont les règles”, affirme le président des États-Unis Joe Biden à l’occasion d’un déplacement dans le Michigan. Le cannabis figure, en effet, sur la liste des substances interdites par l’Agence mondiale anti-dopage. Mais nombreux sont ceux qui jugent cela ridicule, le cannabis n’ayant jamais fait courir aucun athlète plus vite. Rappelons également que Sha’Carri Richardson a consommé du cannabis en toute légalité dans l’État de l’Oregon. Face à cette situation, une pétition pour modifier le règlement du comité relatif à la marijuana recueille déjà plus d’un demi-million de signatures.

Aussi, à travers le cas de Sha’Carri Richardson, c’est la question de la préservation de la santé mentale des athlètes qui se pose une nouvelle fois, quelques semaines après le retrait de Naomi Osaka à Roland Garros. « Je présente mes excuses pour ne pas avoir su comment contrôler mes émotions pendant cette période ». Ces mots montrent à quel point il n’y a encore que très peu de place pour la vulnérabilité dans le monde du sport professionnel qui devrait se rappeler plus souvent que les athlètes sont humains.

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