Iggy Azalea, dernier symbole d’un blackfishing symptomatique

Une pratique alarmante qui occulte la condition sociale des femmes noires.

Iggy Azalea blackfishing

Jeudi 1er juillet, Iggy Azalea diffuse le clip de son single “I Am The Stripclub”. La rappeuse australienne y apparaît avec une perruque noire, la peau plus foncée, un peu trop peut-être ? Très vite, Twitter s’enflamme et les critiques des utilisateurs fusent au sujet de son apparence. Elle est accusée d’appropriation culturelle et, plus précisément, de “blackfishing”. Ce terme renvoie à la modification de l’allure de certaines femmes blanches pour paraître afrodescendantes à l’aide de maquillage ou de bronzage artificiel.

Iggy Azalea rejette aussitôt toute accusation de blackfishing. “Je porte une teinte 6 du fond de teint Armani. C’est la même teinte que je porte depuis 3 ans et dans tous les clips depuis Sally Walker.” explique-t-elle. Malgré ses justifications, la polémique continue de gronder. D’un côté, on pointe du doigt l’acharnement injustifié à l’encontre de la rappeuse. De l’autre, la coupe est pleine pour ceux qui dénoncent l’exploitation de l’apparence physique d’une population opprimée par des personnes socialement privilégiées. La pratique du blackfishing est, en effet, loin d’être une nouveauté.

La black culture comme accessoire

Le terme de blackfishing est popularisé par Wanna Thompson en novembre 2018. À ce moment-là, elle incite des utilisateurs sur Twitter à mettre en lumière les femmes blanches se déguisant en femmes noires afin de dénoncer l’utilisation de la black culture comme accessoire.

Proche de la blackface, Iggy Azalea n’est pas la première pratiquer le blackfishing. De nombreuses artistes et influenceuses blanches s’approprient des identités non-blanches, tout en gardant l’option de s’en débarrasser à leur guise. Parmi les nombreux cas, celui de l’influenceuse suédoise Emma Hallberg est sûrement l’un des plus connus. Se montrant avec une peau bronzée, la jeune femme scandalise les internautes quand ils la découvrent blanche.

Tirer profit de “l’esthétique” noire

Dans la catégorie “récidiviste”, on peut bien sûr citer l’influenceuse ultime, Kim Kardashian, qui fait très souvent parler d’elle pour sa pratique du blackfishing. Autre cas qui pose question, Ariana Grande et Nicki Minaj qui semblent avoir la même carnation dans leur clip “Side To Side”. Le cas d’Ariana Grande devient particulièrement intéressant puisque au fil d’années, son teint est apparu de plus en plus foncé. Ce changement progressif se passe sous nos yeux, sans s’en apercevoir forcément. Elles récupèrent une esthétique sans avoir jamais expérimenter le racisme, sans avoir vécu d’oppression.

Pete Davidson, l’ex-petit ami d’Ariana Grande, dénonce par ailleurs cette pratique en 2020. Dans un sketch abordant le thème de la cancel culture à géométrie variable, il déclare : « Pouvez-vous imaginer si je faisais ça ? Ma carrière serait terminée si je me peignais à la bombe en marron avant d’apparaitre à la Une de Vogue ».

En exploitant des identités stigmatisées, ces femmes blanches occultent la condition sociale des femmes noires. Elles renforcent les inégalités. Pendant que certaines célébrités s’approprient une esthétique, les femmes afrodescendantes luttent pour plus de représentation dans tous les domaines.

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