Anyme : "J’ai une relation très fusionnelle avec ma communauté. Je n’ai pas l’impression d’être en live avec des spectateurs, mais plus d’être avec mes potes."

Anyme : "J’ai une relation très fusionnelle avec ma communauté. Je n’ai pas l’impression d’être en live avec des spectateurs, mais plus d’être avec mes potes." - Views

Devenu viral en 2024 grâce à une parodie sur TikTok, Anyme s’est imposé en à peine un an comme l’une des figures centrales d’Internet en France. Aujourd’hui, il réunit des millions de personnes sur ses streams et a su fédérer une communauté fidèle, un statut qui s’est confirmé lors de son expérience au GP Explorer, aux côtés de l’artiste Houdi, où chacune de ses apparitions était reprise et commentée. Représentant d’une nouvelle génération de streamers, façonnée par les codes de TikTok et de Twitch, Anyme incarne une scène plus spontanée et connectée. Il nous raconte comment il vit cette notoriété soudaine, vers quel domaine il souhaite évoluer, et les coulisses de sa sélection inattendue au GP Explorer.

Tu as construit une communauté très fidèle autour de toi. Aujourd’hui, comment est-ce que tu vis cette relation ?

Je trouve qu’il y a une relation très fusionnelle avec ma communauté. Je n’ai même pas l’impression d’être en live avec des spectateurs, mais plus d’être avec mes potes. Je me comporte de la même manière et je pense qu’ils le ressentent, c’est ce qui fait qu’il y a un lien très fort entre moi et ma communauté. Et on arrive à parler de tout et rire de tout sans qu’il y ait trop de tabou. Je trouve ça rare.

Ça a créé une proximité forte. Comment gères-tu la frontière entre ta vie privée et tout ce que tu partages avec ta communauté ?

Ça va, je le vis plutôt bien. J’accepte ce que je donne aux gens, j’en suis conscient, mais eux me le rendent mille fois, donc je n’ai pas vraiment de souci avec ça. Ma vie privée aujourd’hui, je n’en ai pas étant donné qu’on partage tout, mais j’ai accepté ça et c’est moi aussi qui l’ai voulu quelque part en étant sur Internet. Franchement, aujourd’hui, ça ne me pose aucun problème.

Ton humour fait partie de ton identité publique. Ressens-tu parfois une pression à devoir être drôle ?

Quand les gens te découvrent, ça va parce que tu as beaucoup de blagues dans ton répertoire. Mais avec le temps, tu te dis qu’il va falloir en trouver d’autres. Sachant que chez moi c’est du spontané, du naturel, parfois il n’y a rien qui vient, ça arrive. Oui, des fois il y a ce stress : « Est-ce que je suis encore marrant ? Est-ce que je l’ai été vraiment ? ». Pour moi, le live, c’est avant tout la communauté : ils sont autant acteurs que moi. Je dis souvent que 70 % du live, c’est eux, et 30 %, c’est moi.


Revenons sur ton expérience au GP. Comment as-tu été amené à y participer ? Comment ça s’est fait ?

Ce n’était pas prévu du tout, c’était vraiment à la dernière minute. On est en mai. Squeezie s’abonne à moi sur Instagram et, en même temps, je reçois un appel : « Squeezie va peut-être t’envoyer un message, c’est un projet de fou, je te laisse voir avec lui. » Dix minutes plus tard, il m’envoie deux vocaux : « Salut frérot, j’espère que tu vas bien. Je voulais te parler d’un truc, dispo ? Donne-moi ton numéro. » Je réponds direct, on échange et il me lâche : « Le GP, ça t’intéresse ? » Je lui dis : « Mais t’es fou, comment ça ? » Je n’ai pas le permis, je pensais que tous les pilotes étaient pris. Il me dit : « On était avec des Américains au départ, au final ça ne le fait pas. Je voulais quelqu’un de la nouvelle génération, j’ai pensé à toi. » Je le remercie, c’est une folie d’avoir pensé à moi. Il enchaîne : « Choisis ton duo et on y va. » Let’s go ! J’appelle Houdi dans la foulée, il ne me croit pas. Tout s’est joué en une heure, c’était fou. On enchaîne ensuite : tournages, photos, mesures de combinaison et de casque… On devait tout rattraper. Et après, c’était parti, tout est allé super vite.

Houdi, c’était ton premier choix ?

Oui, clairement. Houdi est un artiste et on est très similaires humainement, dans les valeurs qu’on partage. Je savais qu’il kiffe Internet et cet univers. Il a dit oui. Sinon, j’aurais peut-être proposé à Le Bouseuh, même s’il l’avait déjà fait. Mais mon premier choix, c’était Houdi.

Après le GP, tu as remercié tes fans dans un post. C’était la première fois que tu les voyais « en vrai » ?

Je n’avais jamais fait d’événement où les gens viennent pour te voir. Je croisais des gens dans la rue, par hasard : on discute, on échange, on fait des photos. Mais un événement dédié à nous, avec ma communauté venue pour moi, jamais. Leur implication est titanesque. Pendant le GP, c’était fou. Des mécanos (qui font aussi les 24 h du Mans) m’ont dit : « Les 24 h du Mans, c’est énorme, mais ce n’est pas comme ça. » L’engouement était dingue et tout tournait autour d’Internet et de la magie du week-end. On m’a parlé de 200 000 personnes. Je viens de Rennes, c’est presque la population de ma ville : c’était comme voir toute ma ville au même endroit avec des flashs. Inoubliable.

Comment as-tu vécu la rencontre avec le public sur place ?

Je voulais être présent pour les gens : certains avaient fait huit heures de route. À 6 h du matin, il y avait déjà du monde. Se lever si tôt pour voir des youtubeurs et des streamers… perso, je ne l’aurais jamais fait. Ils venaient de partout, notamment du sud. Toute la France était au Mans. Je ne me voyais pas juste faire la course et rentrer. Je voulais tout donner, comme eux l’avaient fait pour moi les mois précédents.

As-tu appris quelque chose sur toi dans ce cadre compétitif ?

J’ai compris que la compétition n’était pas mon fort. J’avais l’impression d’être un spectateur qu’on avait pris pour jouer, comme si on était dans Le Juste Prix et qu’on me sélectionnait dans le public. Le samedi, l’excitation et le monde m’ont emporté, j’étais rempli d’énergie : j’ai tout donné… et fait tous mes accidents. Ça m’a calmé. Le soir, j’étais rincé. Le lendemain, j’avais plus d’appréhension, donc j’ai joué safe.

Es-tu habitué à être entouré d’autant de personnalités ? Est-ce devenu ton cercle ?

Pas du tout. Je traîne toujours avec les mêmes amis qu’au lycée et en études supérieures. Mon cercle est petit. Mais avec les entraînements du GP, j’ai appris à connaître plein de gens de YouTube, Twitch, Internet, et d’ailleurs. Tout le monde a été hyper accueillant et bienveillant, alors que je suis réservé et timide. Les liens se sont renforcés au fil des sessions. C’était comme une colonie de vacances : une bande de potes en entraînement de Formule 4. Ça a créé de vrais liens et des amitiés.

 

Quel est le rôle de TikTok dans ton parcours ?

À la base, je suis « TikTokeur ». On est assez limités en live sur TikTok : tu ne peux pas faire ou regarder ce que tu veux. J’avais besoin de liberté, je savais qu’elle était sur Twitch. Je ne savais pas si la communauté suivrait : Twitch, c’est niche. Avant, je ne regardais même pas de streams. J’ai tenté quand même. J’ai eu ~200 viewers dès les premiers lives (énorme). Sur Twitch, faire 100 personnes, c’est déjà fou. Au fil des mois, on est passés de 200 à 600–800, voire 1 000. C’est surtout grâce à TikTok qui te fait connaître. L’algorithme de Twitch est fermé : tu peux streamer des années sans engagement. Oui, TikTok peut lancer des carrières dans la musique ou d’autres domaines créatifs : c’est un tremplin. C’est TikTok qui m’a donné la chance de vivre tout ça.

Après TikTok, tu t’es lancé sur Twitch. Qu’est-ce qui te pousse à explorer de nouveaux formats ? Ton format ultime ?

Je touche à tout, je me lasse vite. J’ai besoin de tester. Je me suis mis à jouer à la Wii en live (galère à installer, je suis nul en info), juste pour essayer. Mon terrain préféré ? Difficile à dire, mais je dirais la musique. J’en fais depuis le lycée avec mes amis. Des sons qui étaient des blagues (Shamballa, etc.) ont pris une ampleur folle (Shamballa est platine). Le son du GP, c’est pareil : grâce à Internet et aux gens. Peu importe ce que je fais, tant que les gens sont là et que je prends du plaisir, on continue.

Tu as quand même un feat de rêve ?

Oui : je suis jaloux de Kendji Girac qui a fait un feat avec Ariana Grande. Ce serait exceptionnel. Je suis un grand fan d’Ariana Grande (je l’assume !).

Tes premières vidéos datent de 2019 sur TikTok. Avec le recul, comment vois-tu l’évolution ?

Honnêtement, je ne me rends pas compte. Le GP m’a mis une claque de réalité. Imaginer des dizaines de milliers de personnes en live, c’est abstrait. TikTok, au départ, c’était pour passer le temps, un hobby. Puis ça a pris. Je livais beaucoup, j’ai vu des gens s’attacher, je ne pouvais plus partir. Tu reconnais les pseudos qui reviennent, un vrai lien se crée. Tout va très vite. Je suis resté le même, je vis pareil. Juste, maintenant, il y a une armée derrière, ça fait chaud au cœur, mais je ne réalise pas.

Tu tends à t’ouvrir davantage vers la musique ?

La musique, c’est un kiff, un hobby. Je ne me vois pas le faire « sérieusement ». J’ai besoin de garder le plaisir, le naturel, l’authenticité. Je veux sortir ce que je veux, garder ce que je veux, sans que ça devienne trop pro. Je ne suis pas un artiste : je suis streamer, je fais mes lives, mes blagues, et parfois des sons. Ça reste du kiff.

Une personnalité « coup de cœur » rencontrée grâce au GP ?

PLK. Je connaissais l’artiste, pas l’humain. Il a été l’un des premiers à venir vers moi, hyper simple et sympa. On s’est tout de suite entendus, on a parlé de tout, rigolé de tout, on s’est confiés. Je l’admire encore plus pour l’humain, en plus de sa carrière.

Tu fais partie d’une nouvelle génération de créateurs. Quel regard portes-tu sur Squeezie, Amine, etc. ?

J’ai beaucoup d’admiration. Je ne me considère pas comme quelqu’un qui a « construit » volontairement. En avançant, je réalise ce que ça représente. Durer dans le temps, c’est le plus dur. Je ne prétends pas réinventer les codes : je suis juste moi, on a mis de la lumière dessus. Ça aurait pu être n’importe qui. Les gens m’ont donné cette chance, j’essaie de leur rendre en restant authentique et en faisant avancer les projets. J’admire ce qu’ont construit Inoxtag, Mister V, etc. Dix ans plus tard, ils sont encore là, certains sortent des films, d’autres font un GP. Se renouveler sans cesse, c’est colossal.

Tu explores musique et vidéo. Qu’est-ce que ça dit de toi en tant que créateur ? Jusqu’où veux-tu aller ?

Rien n’est vraiment calculé. Parfois ça marche, parfois non. Je suis un peu hyperactif (surtout dans ma tête), j’aime tester et découvrir. Les gens me donnent la possibilité de faire ce dont rêve un mec de mon âge, avec du libre arbitre. J’en profite : barbecues dans ma chambre, Wii, Wii Fit, DS en live (oui, je reste un grand gosse). On évite de tourner en rond. Et si d’autres créateurs sont moins dans ce délire, c’est ok. Il y a de tout, chacun fait ce qu’il veut. À l’avenir, je continuerai la musique, c’est sûr.

Te verrais-tu aller vers le cinéma ?

Peut-être. J’ai peur des scénarios trop longs à lire et à apprendre (rires). Mais j’aime ça : j’ai toujours aimé rire, faire rire, les sketchs. J’en faisais des très courts sur TikTok, alors pourquoi pas des formats longs ? Si je suis à la hauteur, sans prendre la place d’un acteur. Pourquoi pas.

Tu parlais de petits boulots avant. En quoi ce parcours a façonné ta vision du travail et de la création ?

Tous mes emplois étudiants (restauration, intérim, usine) m’ont forgé et motivé. À 18 ans, tu tombes dans la vraie vie : loyer, nourriture, et l’envie de profiter de ta vie étudiante. Ça m’a poussé à aller au bout de ce que j’entreprends. J’ai sécurisé un diplôme, je ne voulais pas faire ça toute ma vie. J’admire mes anciens collègues d’usine capables d’y passer des décennies : je n’en serais pas capable. La pression de l’argent peut te rendre malheureux quand le taf ne te plaît pas. J’ai trouvé un échappatoire : le stream, les vidéos. C’est le plus beau métier du monde pour moi. On vit de nos blagues, du partage. Ça m’a appris la réalité du quotidien de 90 % des gens et ça m’aide à rester humble. J’avais peur de changer avec l’argent et la notoriété jeunes, de devenir imbu de moi-même. Mes proches me disent que ça va, mais j’y fais attention. Ça me garde les pieds sur terre.

En quoi l’univers de Lacoste résonne avec ton identité aujourd’hui ?

Lacoste, c’est la marque qu’on connaît depuis tout petit. Tu veux un polo, ta mère dit : « Il est un peu cher ». Aujourd’hui, collaborer avec eux, c’est l’enfant en moi qui se dit : « Je vais pouvoir le mettre, ce polo ». Au-delà de ça, c’est une marque française qui dure et se renouvelle. Ça renvoie à une authenticité que l’on partage. Je ne suis pas habitué aux shootings, mais c’est une nouvelle expérience cool, et un plaisir de la vivre avec Lacoste.

Parmi les égéries (Adèle Exarchopoulos, Novak Djokovic…), avec qui passerais-tu une journée pour un crossover ?

Adèle Exarchopoulos a l’air bon délire, assez simple. Et comme j’ai fait du tennis plus jeune, pourquoi pas un double avec Novak.