À seulement 21 ans, Ebony, remarquée lors de sa finale à la Star Academy en 2024, revient sur le devant de la scène avec son premier album, MENELIK. Ce projet très personnel lui permet de se révéler, notamment à travers l’incarnation de plusieurs personnages, dont celui de Queen Sheba. Après un shooting photo, la chanteuse se confie sur son parcours, de son enfance bercée par la musique à l’importance de la sororité dans l’industrie, et revient sur son univers artistique, qu’elle a pu présenter à son public lors de sa tournée.

Veste : Vaillant Studio / Boucles d’oreilles : Bottega / Collier : Mam / Bague : ONIONE & La Manso / Chaussure : Francesca Bella Vita
Depuis petite, tu baignes dans l’univers musical, peux-tu me parler de ton rapport à la musique ?
Mon rapport à la musique est un peu particulier parce que mon père est artiste. Donc, il m'a transmis sa passion. Depuis que je suis enfant, il m'a fait découvrir plein d'artistes. J'écoutais beaucoup de musique quand j'étais chez moi. Puis après, j'ai commencé assez vite les cours de musique. J'ai commencé par la guitare, puis le chant grec, puis je me suis inscrite au conservatoire, j'ai fait du piano. J'ai fait de la chorale quand j'étais au collège et j'ai continué au lycée. J’ai aussi fait un bac de musique. Et enfin, à la fac, j’ai fait de la musicologie.
Tu parles souvent de ton père comme d’un rôle assez important dans ta construction musicale. Lui-même est un grand chanteur de zouk. Que t’a-t-il transmis dans ta manière d’aborder la musique ?
Mon père m'a beaucoup dit de travailler. Il m'a toujours dit de prendre mon temps avant de me lancer. Alors, depuis que je suis toute petite, j'ai beaucoup travaillé mon chant, travaillé un peu l'écriture, le jeu de la mélodie. Je pense que c'est un truc qui a fait que ça m'a apporté quelque chose de positif dans ma création musicale. Il m'a toujours beaucoup aidée à créer des mélodies avec lui. On a passé beaucoup de temps à topliner ensemble. Et puis ma culture musicale, en vrai, c'est lui qui l'a un peu créée.
Qu’est-ce que tu écoutais quand tu étais plus jeune ? Quelles étaient, et sont encore, tes inspirations ?
Quand j'étais jeune, mon père m'a fait découvrir Michael Jackson, Queen, George Michael… Après, ma mère a joué aussi un rôle dans cette construction. Elle m'a beaucoup fait écouter Missy Elliott, Justin Timberlake... Et puis moi, j'aimais beaucoup Beyoncé, Rihanna, Adèle, Sia, Lady Gaga. Ce sont des inspirations depuis toujours et encore aujourd'hui.
Aujourd'hui, je suis aussi très fan de Christine and the Queens, Tayc, Rema. J'écoute et j'aime beaucoup Yoa aussi. J'adore 070 Shake, qui porte aussi mes inspirations. En vrai, j'écoute beaucoup de musique.
Tu as participé à la Star Academy en 2024, tu as même été finaliste. Qu’est-ce que cette expérience t’a apporté ? Ça a eu un impact sur ton processus de création aujourd’hui ?
Aujourd'hui, la Star Academy, je ne sais pas si ça m'a apporté une autre culture musicale, même si j'ai appris beaucoup de chansons de variété que je n'avais pas forcément appris à chanter chez moi. Mais je pense que ça m'a apporté de la technique, l'appréhension de la scène, des caméras, la technique du chant. Et puis, ça forge le métier d'artiste, vraiment.
À la sortie de la Star Academy, tu deviens immédiatement connue. Comment tu l’as vécu ? Aujourd’hui, comment vis-tu et gères-tu cette ascension rapide et ton succès ?
C’est hyper brutal et surprenant. C'est normal pour personne de changer de vie comme ça hyper rapidement, de passer d'incognito à quelqu'un qu’on reconnaît dans la rue, avec de la notoriété, etc.
La première semaine, c'était compliqué. J'étais stressée quand je sortais dehors. Et puis après, c'est passé. Je peux dire que, globalement, je l'ai bien vécue.
J'essaie de ne pas trop en prendre conscience parce que j'ai toujours voulu garder ma vie “normale”. Je ne m'empêche pas de continuer de vivre comme je vivais avant. Je sors moins seule dehors, mais je vais toujours au même endroit, je traîne toujours à Châtelet, je n'ai pas changé.
Après la Star Academy, tu as sorti un premier son : “Rage”. Quel a été le processus de création après ton aventure de la Star Academy ? Que raconte la chanson pour toi ?
Le processus de création a été long. Avant que cette chanson naisse, il y a eu plein de tests, plein de rencontres qui ont été faites. Cette chanson, elle est née après qu’on n'ait pas réussi à trouver vraiment la bonne musique, la bonne chanson. Je n'avais pas encore réussi à exprimer mon identité à 100% dans ma musique. Et “Rage”, c'est né de ce ras-le-bol-là, de ce truc où tu ne sais pas trop où aller. On dit qu'il faut faire “cette musique-là”, il faut que “ça soit comme ça”... Cette musique est née d'une envie de montrer que je peux y arriver, que je peux aller de l'avant, d'une énergie qui montre que je vais atteindre mon objectif. Et si je ne fais pas la musique que je veux, si je ne la vis pas pleinement, je me sentirai mal. J'ai une envie de pas forcément correspondre à quelque chose de codifié.
Tu as été heureuse de l’accueil du public ?
L'accueil m'a grave satisfaite. J'étais très contente. Il y a des gens pour qui, ce n’était pas forcément ça qu'ils attendaient de moi, mais c'était sûr que ça allait se passer comme ça ! Et d'autres gens qui ont accueilli la chanson à bras ouverts. Il y a eu des réactions diverses, mais je savais que ça allait créer ça. Une espèce de scission et en même temps de choc. Les gens n’avaient pas tout vu de moi et j'avais envie de leur montrer cette facette de moi avec cette première prise de parole musicale.

Top & Jupe : ARI THE BRAND / Boucles d’oreilles & Bague : Mam / Mitaines : Ennush
Tu as aussi pu performer seule en live, en festival mais aussi en concert. Qu’est-ce que ça a changé pour toi d’être seule sur scène après une tournée avec l’équipe de la Star Academy ? Qu’est-ce que tu aimes dans le fait de performer ?
J’avoue que de sortir d'une tournée de groupe et de commencer quelque chose en solo, c'est stressant. C'est encore une nouvelle étape parce que, certes, on a fait des Bercy, on a fait des Stades, on a fait des Arena. Donc on peut se dire “ouais, mais t'as déjà fait ça, donc la scène de Yardland ou la scène des Ardentes, ça va aller.”
En vrai non ! Quand on est avec une équipe, c'est beaucoup de soutien. On est vraiment une entité. C’est plus facile. Quand j'arrive toute seule, je me dis : “maintenant, c'est vraiment mon univers à 100%. Il n’y a que moi pour défendre ça.” C’est un peu de pression, mais j'étais très heureuse.
Et performer, c'est le moment que je préfère. C'est le moment où tu peux vraiment exprimer tes émotions face au public. Il n'y a pas forcément de barrière ; la barrière du téléphone, la barrière de l'écran, des écouteurs... Là, ils sont en face de toi et tu peux vraiment leur transmettre l'énergie que tu as envie de transmettre. J'adore danser, j'adore chanter, j'adore jouer la comédie. Pour moi, la performance, c'est un vrai moyen de faire du spectacle et de créer un univers complet.
Tu as ensuite dévoilé les titres “Mon Paradis” puis “Kill Bill” et “Rêves d’enfants”. Des sons avec un univers artistique bien défini. Peux-tu m'en parler ?
Je pense que “Mon Paradis” et “Kill Bill”, ce sont des morceaux où, par rapport au reste de l'album, j'ai mis à l'intérieur toutes mes influences. Ces titres portent deux énergies assez différentes, mais qui se rejoignent.
Dans “Mon Paradis”, il y a cette dualité avec moi-même. Dans “Kill Bill”, c’est une lutte avec des personnes qui voudraient me contraindre.
Pour expliquer un peu l'univers des clips : ils ne sont pas forcément sortis dans l'ordre mais ils ont tous un lien entre eux. Et ça raconte mon cheminement en tant que personne.
Le personnage qu'on voit dans les clips avec la combinaison marron, je l'appelle le robot. Et c'est le robot qui traverse plein d'étapes pour pouvoir se construire.
Et “Rêves d’enfants” ?
Je m'adresse à moi enfant, pour la prévenir des dangers et des étapes de la vie.
Pour moi, c'est un des morceaux les plus puissants de l'album en termes d'émotions. C'est un morceau qui m'a demandé beaucoup de contrôle émotif quand on l'a fait en studio.
Tu parles aussi souvent de Queen Sheba, ton alter ego.
Queen Sheba, c'est un des prénoms que je porte et ça représente aussi mon alter ego.
Queen Sheba, c'est un personnage historique. En français, c'est la reine de Saba. C'est un personnage, pour moi, qui a été trop peu mis en avant. Tout le monde me pose la question, pourtant, ça fait partie de notre histoire. Elle est présente dans pratiquement toutes les religions, quand on lit les différents livres religieux. Ça m'a toujours intriguée.
Quand j'étais petite, je n'aimais pas forcément ce prénom-là. Et quand j'ai grandi, je m'y suis intéressée et je me suis dit : "Waouh, mais moi-même, j'en savais pas sur moi". Aujourd'hui, je suis très contente que ça fasse partie de mon art.
Je voulais revenir sur le shooting. Quel est ton rapport à la mode ?
J’ai un bon rapport à la mode, j'aime bien m'habiller, ça a une place hyper importante dans mon art. C'est un moyen d'expression qui est hyper fort parce que, malheureusement, beaucoup de gens jugent un livre à sa couverture.
C'est la première manière de se présenter au monde quand tu n’as pas forcément la parole. C'est hyper important.
Que voulais-tu exprimer à travers ce shoot ?
Dès la première tenue que le styliste m'a mise, j'ai dit : “j'ai pas l'habitude”. Et il m'a dit : “ah c'est ça que je veux entendre ! Je veux te faire sortir de ta zone de confort.” Je pense qu'aujourd'hui, c'était un moyen pour moi d'expérimenter quelque chose de différent, que j'ai pas forcément l'habitude de porter.
Les tenues sont très extravagantes, bien que j'aime bien l'extravagance. Donc ça, c'est cool.
Jacket & Bottes : Charlie le Mindu / Top : Burberry / Collier : Tant D’avenir / Boucles d’oreilles : bygoldiie
Dans ton univers musical, tes personnages — le robot, Queen Sheba… — ont tous une DA particulière liée aussi à la mode. Comment les as-tu imaginés ?
On les a travaillés un peu avec mon équipe. Ils sont venus dans ma tête lors de la création de l'album.
Queen Sheba, ça fait longtemps que j'y pense et c'est très relié à beaucoup de bijoux. Avec la représentation de Queen Sheba en tant que reine d'Éthiopie, il y a énormément de parures, de bijoux... Donc, on essaie de mettre ça en avant quand j'essaie d'être dans le rôle de Queen Sheba.
Pour le robot, on a pensé à quelque chose de très minimaliste au niveau de la tenue. J'ai une combinaison couleur chair avec un peu de métal.
Tu sors aussi un nouvel album : MENELIK, et tu l’as fait découvrir en live à ton public. Il y a une direction artistique bien claire. C’est important pour toi qu’un(e) artiste ait une vraie DA sur scène ?
Oui, c'est hyper important pour moi que la scène soit reliée au reste. Parce qu'en vrai, pour moi, mon art est vraiment à 360. Que ce soit les vêtements, les clips, la musique, les visuels, la scène. Tout est relié et tout doit avoir un sens. Sur scène, on essaye vraiment de retranscrire l'histoire qu'il y a dans l'album, à travers les chorégraphies, la scénographie et les visuels.
Dans cet album, je montre vraiment plusieurs facettes de moi, plusieurs parties de moi et sur scène, j’ai des miroirs qui symbolisent ça. Rien n'est laissé au hasard.
Après ta sortie de la Star Academy, tu as subi de la misogynoir mais tu as pu trouver du soutien de la part de plusieurs artistes, notamment Aya Nakamura.
Oui, c'est quelque chose à bannir de notre société. Et je suis contente d'avoir reçu ce soutien-là, un soutien pour moi qui est normal.
Aujourd'hui, ça va. Le soutien d’Aya, j'étais choquée. Je me souviens que je n'avais pas encore repris mon téléphone après la Star Ac’. Quelqu'un m'a montré sa story et j'étais très honorée de son soutien. Ça m'a fait très plaisir.

Jacket / body : Rowen Rose / Collier : Criloi / Bagues : MATHILDE HIRON / Boucles d’oreilles : bygoldiie / Sac : Ferragamo / Chaussurre : Alyssa Cartaut
Tu as dit dans une interview pour Les Déferlantes que tu aimerais réussir à créer quelque chose qui te ressemble pour affirmer ton identité musicale. Dans cette phrase, fais-tu aussi référence à tes engagements ?
Je pense que chaque personne a sa propre vision de l'art. En tout cas la mienne, avec ma visibilité, sert à porter les messages qu'on a en nous, des messages de paix, de rassemblement. C'est hyper naturel pour moi d'en parler et de partager ça.
On parle aussi beaucoup de ton amitié avec Marguerite. Que penses-tu de l’évolution de la sororité dans l’industrie ?
Je suis très contente d'être amie avec Margue’ [rires]. C’est ma copine d'amour.
C'est vrai qu'en sortant de la Star Academy, j'ai eu pas mal de soutien d'artistes féminines. Et puis en ce moment, en tout cas autour de moi, il y a beaucoup de feats féminins.
La sororité est de plus en plus présente, mais je pense qu'elle peut encore augmenter parce qu'avec la pression de l'industrie, du patriarcat, il reste quand même cette notion de comparaison entre les femmes qui doit disparaître.
Mais je suis très contente que ça aille en s'améliorant.