Pape Gueye : "Je veux qu'on retienne l'homme avant le joueur"

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Pape Gueye est une force tranquille, "un être humain normal qui a la chance de jouer au football", comme il se décrit. Pourtant, le parcours du footballeur n'a rien d'ordinaire.

La trajectoire de Pape Gueye est celle d'un joueur ambitieux qui, malgré les épreuves, les trahisons comme celles de son premier agent, a toujours su se relever et ne pas abandonner pour accomplir son objectif : s'imposer dans son sport. À 27 ans, le natif du Blanc-Mesnil sort d'une saison impressionnante, "la meilleure de ma carrière", nous dit-il. Élu meilleur joueur africain de la Liga, Pape Gueye a marqué la CAN en début d'année en inscrivant le premier but du Sénégal lors de la finale remportée contre le Maroc (avant que la Confédération africaine de football ne déclare les Marocains vainqueurs sur tapis vert deux mois plus tard).

Depuis débuts en professionnel il y a bientôt dix ans, Pape Gueye est en mission. En mission pour gagner la Coupe du monde avec le Sénégal. En mission avec son club, le Villarreal CF, qui a terminé troisième de la Liga, signe de qualification pour la Ligue des champions. Et en mission pour lui, sa famille, ses proches.

Dire que l'ancien joueur du Havre, de l'Olympique de Marseille, et du FC Séville a le cœur sur la main ne résume pas assez sa générosité. Car Pape Gueye est animé par l'envie d'être un modèle pour les autres : il prend à cœur de maintenir le lien fort avec son quartier d'enfance, en invitant régulièrement des jeunes à ses matchs. Un geste normal pour lui qui en dit long sur sa personnalité.

En avril dernier, Pape Gueye est venu dans notre studio faire un shooting s'inspirant du travail des photographes Mama Casset et Malick Sidibé. À l'occasion de la Coupe du monde, qui débutera le 11 juin prochain, le Sénégalais s'est longuement confié sur son parcours. Son enfance dans le 93, ses années en centre de formation, son passage marquant à l'OM, sa saison à Villarreal et bien sûr la sélection du Sénégal. Il nous parle de sa famille dont il est extrêmement proche et qui l'accompagne dans sa carrière, à l'image de sa grande sœur Marietou, et de ses ambitions futures.

Commençons par parler de la Coupe du monde. Après la CAN, comment penses‑tu que l'équipe va gérer cette énorme compétition, tant sur le plan physique que mental ?

J'ai eu la chance de participer à celle de 2022, et c'est un autre football. Là, on parle des meilleures nations du monde, pas seulement d'Afrique. On va super bien se préparer. On n'a pas de pression inutile à se mettre, on veut juste montrer de quoi on est capables. Nous jouerons de très gros matchs et on a vraiment hâte d'y être. Représenter son pays à l'échelle continentale est une fierté, mais le faire devant le monde entier, c'est un rêve d'enfant. On va gérer ça avec beaucoup de sérénité et d'humilité. Les gens disent souvent que les Sénégalais sont humbles, et c'est vrai.

Pour rappel, votre groupe est composé de la France, de la Norvège et de l'Irak. Est‑ce qu'il y a une équipe en particulier dont il faut se méfier selon toi ? Le sélectionneur Pape Cissé a dit que c'était la Norvège.

Moi, je pense qu'il faut se méfier de tout le monde. Le coach a tout à fait raison de le dire, on connaît très bien les joueurs de l'équipe de France, un peu moins ceux des deux autres sélections. On pourrait bêtement se dire que la France est le seul gros morceau, mais il faut faire très attention à la Norvège et à l'Irak. S'ils se sont qualifiés pour la Coupe du monde, c'est qu'ils ont le talent pour y être. On va bien étudier ces équipes avec le staff pour avoir un maximum de clés pour les contrer. Mais après, je pense que nous aussi, on fait peur, nos joueurs n'ont absolument rien à envier à ceux qui évoluent en Europe.

J'ai même envie de dire qu'il faut se méfier des équipes africaines de manière générale. Dans cette édition, il y aura dix nations africaines en lice. C'est inédit et historique. Quel est ton regard sur l'évolution du football africain dans ce tournoi international ?

C'est une excellente chose et ça fait vraiment plaisir. On l'a vu récemment avec la qualification de la RDC, on était tous derrière eux, d'autant plus que j'ai des potes qui jouent dans cette sélection. Je suis ravi de voir le football africain avancer. Maintenant, nous, on ne va pas se cacher : on y va pour gagner cette Coupe du monde et il faut y croire. Ce n'est pas parce qu'on est une équipe africaine qu'on ne doit pas s'autoriser ce rêve. Sur le terrain, c'est 11 personnes contre 11 personnes, et on évolue tous dans de grands clubs. Pourquoi s'interdire d'y croire ? C'est un déclic que toutes les équipes africaines qui rejoignent cette compétition devraient avoir.

Selon toi, quelle est la force principale de ce groupe du Sénégal ?

Notre force, c'est qu'on est une famille. En club, c'est différent, on s'entend tous bien, tout le monde sait que c'est un sport collectif, mais l'aspect individuel est fort car chaque année, l'effectif change. Alors qu'en sélection, on a une mission commune : on représente tout un peuple. C'est pour ça que je dis qu'on est une famille. Tu as beau faire un match exceptionnel, si l'équipe perd, c'est tout le Sénégal qui perd. L'état d'esprit d'un match avec la sélection est totalement différent de celui qu'on a en club.

On a aussi la chance d'avoir des cadres exceptionnels. Dès que je suis arrivé en sélection, ils m'ont tout de suite intégré. Et nos coachs sont Sénégalais, ce qui est un gros avantage. Aujourd'hui, on sait qu'on a encore de grandes choses à accomplir, on a une Coupe du monde qui arrive et notre objectif avec le Sénégal est clair : c'est de la gagner. On doit profiter de cette génération. Même si certains cadres sont peut-être sur la fin, ils ont encore énormément de choses à nous transmettre, sur le terrain et en dehors. On doit maximiser ces années pour remporter le plus de trophées possible.

Le premier gros événement dans le monde du football cette année 2026, c'était la CAN, au Maroc. C'était ta troisième CAN, tu es désormais un cadre dans l'équipe sénégalaise et on t'a vu monter en puissance tout au long de la compétition. Comment s'est passée la compétition au sens global, à la fois personnellement et collectivement ?

C'est toujours un immense plaisir et une grande fierté de représenter le Sénégal. On a grandi en regardant la CAN, on jouait à la "CAN des quartiers". J'ai conscience de la chance que j'ai de pouvoir disputer la vraie CAN. Il y a des millions de Sénégalais qui aimeraient être à ma place, et moi, je fais partie des 23, des 11 titulaires. Je suis très conscient de ce privilège et c'est un véritable honneur. Le choix de représenter le Sénégal a été l'une des meilleures décisions de ma carrière. J'ai toujours dit que je voulais être quelqu'un d'important pour mon pays, pas juste un joueur qui enchaîne les sélections. C'est pour ça que le choix entre la France et le Sénégal a été une évidence. Je voulais marquer l'histoire de mon pays, que ce soit pendant ma carrière et même après. Et cela passe par être performant, montrer l'exemple sur le terrain et en dehors. C'est ce que je suis en train de réaliser et j'espère que ça va durer encore de nombreuses années.

Tu as inscrit le premier but de la finale contre le Maroc. Est‑ce que tu peux m'expliquer, avec quelques mois de recul, ce que tu as ressenti en marquant ce but libérateur après l'arrêt du match ?

Déjà, c'était un match particulier car on ne jouait pas à domicile. Disputer une finale de CAN, c'est un rêve absolu. Faire partie des 11 joueurs sur le terrain au coup d'envoi, c'était incroyable. J'ai essayé de prendre un maximum de plaisir, car il y avait énormément de pression, d'enjeux, et c'était parfois presque politique. Durant toute cette compétition, c'était un pur bonheur d'être sur la pelouse avec cette équipe, car quand tu joues avec ce calibre de joueurs, tu profites, tout simplement.

Pendant la finale, la pression était immense, et je pense que ça s'est vu lors du but. Une fois que je marque, je délivre tout un pays. Au fond de moi, toute la pression accumulée et les faits de jeu sont ressortis à ce moment-là. C'est une immense fierté. Aujourd'hui encore, je pense que je ne me rends pas tout à fait compte de la portée de ce qu'on a fait, parce que c'est tout un pays qui vibrait. Actuellement au Sénégal, c'est devenu compliqué pour moi de marcher tranquillement dans la rue. Quand tu vois les émotions que tu peux procurer à un peuple... Le Sénégal traversait des moments un peu compliqués sur le plan national à cette période, et quand on jouait, le pays s'arrêtait et les gens oubliaient tous leurs problèmes. C'est exactement ce qu'on veut donner aux gens. On essaie de marquer des buts et de proposer un beau football pour que, le temps de 90 minutes, ils oublient les difficultés du quotidien.

Dans le groupe du Sénégal, il y a des cadres qui ont fortement marqué l'histoire de la sélection. Est‑ce que tu peux me parler de l'influence de joueurs comme Sadio Mané, Édouard Mendy, Gana Gueye ?

Ils sont extrêmement importants. Ils ont tout mon respect, parce que gérer un groupe comme celui du Sénégal, ce n'est pas simple. Tu dois endosser de grosses responsabilités, accueillir les plus jeunes, et au moindre problème, ce sont ces cadres-là qui prennent la parole. Quand on perd un match, ce sont eux qui se mettent en avant pour nous protéger les plus jeunes. Franchement, ils sont toujours là pour nous épauler. Ils ont disputé des matchs légendaires dans leur carrière, ils ont gagné des Ligues des champions...

Quand un Édouard Mendy ou un Sadio Mané te parle, tu te tais et tu écoutes. Rien qu'en les écoutant, tu apprends énormément sur la vie et tu progresses. C'est une chance inouïe de côtoyer des joueurs qui sont passés par de si grands clubs. Ils nous aident beaucoup sur le terrain par leurs performances et leurs conseils, mais aussi en dehors.

Par exemple, avant la CAN, on faisait tout le temps des réunions où ils nous expliquaient comment appréhender l'événement. Ils nous disaient de rester modestes sur les réseaux sociaux, de ne pas trop poster et de rester focus. On avait une mission et on a tout fait pour l'accomplir. J'espère qu'ils resteront encore longtemps, même si certains disent qu'ils sont vieux, on a toujours besoin de la voix des sages.

Quel était ton lien avec le Sénégal avant d'intégrer la sélection nationale ? Est‑ce que tu y retournais souvent en vacances quand tu étais plus jeune ?

Oui, j'y allais régulièrement en vacances avec mes parents, mais on passait tout notre temps au village. En réalité, j'ai découvert la capitale, Dakar, grâce à mes premières convocations en équipe nationale. Je suis littéralement tombé amoureux de ce pays. Ce n'est pas une posture pour faire bien : j'ai la ferme intention de m'y installer pour y vivre à la fin de ma carrière. Mes investissements, notamment dans le domaine agricole, sont pensés pour préparer cette transition. L'avenir nous dira comment les choses évoluent, mais avoir un pied-à-terre permanent est le strict minimum.

En club, tu sors d'une très bonne saison avec Villarreal, vous avez terminé troisième du championnat. Comment se passe cette saison pour toi, sur les plans personnel et collectif ?

Collectivement à merveille. On s'est bien installés derrière les deux géants, le Barça et le Real, et on s'est qualifiés en Ligue des champions pour la deuxième fois consécutive. Quand je suis arrivé la première année, le club sortait d'une période compliquée et on a dû travailler très dur. Cette année, notre parcours en Ligue des champions n'a pas été top, contrairement à ce qu'on faisait en championnat. L'objectif était donc de se requalifier pour la saison prochaine afin de changer la donne. Je prends énormément de plaisir avec le coach Marcelino et mes coéquipiers.

Sur le plan individuel, j'ai réalisé une très bonne saison. Je me sens super bien, j'ai la confiance de mes partenaires, du coach et du staff. Je pense que je réalise tout simplement la meilleure saison de ma carrière. Cela s'explique aussi par ma vie en dehors du terrain. Ces dernières années ont été polluées par les problèmes professionnels, mais aujourd'hui, Dieu merci, tout est rentré dans l'ordre. Pour que je sois performant sur la pelouse, j'ai besoin d'être serein dans ma vie privée. En ce moment, je me sens épanoui et ça se transpose sur le terrain.

Selon toi, qu'est‑ce qu'il vous a manqué en Ligue des champions cette année ?

Je pense qu'il nous a manqué de l'expérience. Quand on regarde l'effectif, on était à peine cinq joueurs à avoir déjà connu la Ligue des champions auparavant (moi je l'avais jouée avec Marseille). C'est une compétition où les moindres petits détails font la différence parce que tu affrontes le gratin européen. En championnat, si un attaquant adverse rate une occasion, tu peux t'en sortir, mais en Ligue des champions, les mecs te tuent à la moindre erreur. C'est ce qui nous a fait défaut. C'est le football, on a tous appris de cette saison et on fera mieux l'année prochaine.

Tu as rencontré ton coach, Marcelino, à Marseille. C'est d'ailleurs lui qui t'a fait venir à Villarreal quand tu as quitté l'OM. Parle‑nous de ta relation avec lui.

Les gens disent en rigolant que c'est un peu mon père, et c'est vrai qu'on s'entend extrêmement bien. On a tout de suite accroché à Marseille parce que c'est un homme avec de vraies valeurs. C'est quelqu'un de très axé sur la famille, tout comme moi, donc on se comprend. J'adore sa philosophie de jeu basée sur la possession et la prise de risques. Je m'éclate sur le terrain avec lui. C'est quelqu'un qui m'a énormément tendu la main en me faisant venir à Villarreal et en m'accordant sa confiance. J'ai pu enchaîner les titularisations et les bonnes prestations. Ça fait deux saisons qu'on collabore, je me plais beaucoup en Espagne et c'est en grande partie grâce à lui.

Votre principal concurrent a été l'Atlético Madrid. Antoine Griezmann, l'un de ses joueurs emblématiques, a quitté le club à la fin de la saison. Quel regard portes‑tu sur son impact dans le championnat espagnol ?

C'est marrant que tu parles de lui, car je ne demande pas le maillot de tout le monde, mais je l'ai fait pour lui, j'ai échangé mon maillot avec lui. Ça prouve mon immense estime pour ce joueur. Les gens ne se rendent pas compte à quel point il était précieux pour l'Atlético. C'est un attaquant qui court énormément, qui défend et qui récupère un nombre incalculable de ballons. Techniquement, il est hyper à l'aise et c'est un joueur très intelligent. La première fois que j'ai joué contre lui, j'ai fini le match épuisé. C'est un top player qui va énormément manquer au football espagnol. Je ne lui souhaite que de la réussite pour la suite.

Ces dernières semaines en Espagne, on a assisté à la recrudescence de plusieurs actes racistes. Est‑ce que le racisme est quelque chose que tu as personnellement subi en Espagne ?

Non, honnêtement, je n'ai jamais subi cela ici. Après, quand je vois des confrères comme Vinicius Junior faire face à de telles ignominies, ça me touche profondément parce que je suis moi-même une personne de couleur. Les comportements racistes n'ont absolument rien à faire dans un stade de football, c'est déplorable. C'est triste de se dire qu'en 2026, il y a encore des individus qui agissent de cette manière. Si un jour je devais être confronté à ça sur une pelouse, ma décision serait radicale : je quitterais immédiatement le terrain et je n'y remettrais plus les pieds. Il faut un véritable électrochoc collectivement. Il est temps que les instances et les personnes qui ont le pouvoir prennent enfin leurs responsabilités pour faire bouger les choses.

Ça t'étonne de voir autant d'actes racistes ces derniers temps ?

C'est toujours profondément choquant. Un stade de football est censé être un lieu de fête où les gens viennent prendre et donner du plaisir. Qu'un joueur adverse marque ou célèbre, ça fait partie du jeu. On critique Vinícius parce qu'il danse après avoir marqué, mais il a parfaitement le droit de le faire ! Ce n'est pas parce qu'un joueur célèbre d'une certaine manière qu'il doit subir des insultes racistes. Il n'y a absolument aucune excuse et cela doit être lourdement sanctionné.

On sent un sens de maturité et d'observation très fort chez toi. Est‑ce que tu dirais que tu es quelqu'un de très critique envers lui‑même ?

Oui, je suis très exigeant envers moi-même, très pointilleux depuis tout petit. Je ne me contente jamais de ce que je fais. Après, j'essaie de ne pas tomber dans l'excès non plus. Je sais quand j'ai fait un bon match et je sais quand j'ai fait un mauvais match. Mais je ne vais jamais me reposer sur mes lauriers, je veux toujours plus. Si j'ai fait un bon match mais que je n'ai pas marqué, je me demande ce que je peux améliorer pour être plus décisif. J'arrive à un âge où je suis entre la jeunesse et... je ne vais pas dire la vieillesse, car je ne suis pas vieux, mais dans l'âge du football, je suis au milieu.

Tu dirais que tu es à ton prime ou pas encore ?

Aujourd'hui, je suis au meilleur niveau de ma carrière, mais à mon prime, pas encore. Je suis peut-être un peu dur avec moi-même, mais je sais que je peux aller très haut. En arrivant à Marseille puis à Villarreal, j'ai pris un cuisinier, j'ai engagé un analyste vidéo, et j'ai commencé à travailler avec une société de gestion d'image. Je sais où je veux aller et je sais ce qu'il me faut pour y parvenir. Parfois, ça prend un peu de temps, tu as besoin de savoir ce que tu veux vraiment, et tu as aussi besoin de moyens. Au Havre, quand j'ai commencé mon contrat pro, je ne pouvais pas m'offrir un cuisinier, c'était trop cher.

Tu as parlé de Marseille, tu es resté quatre ans au total à l'OM. Qu'est‑ce que tu as le plus aimé durant cette période ?

Ce que je retiens par-dessus tout à Marseille, ce sont ses supporters. C'était une chance inouïe de jouer dans un Stade Vélodrome constamment à guichets fermés, même contre le dernier du championnat. L'ambiance y est incroyable.

Et puis la ville en elle-même... Je ne vais pas te mentir, je ne me baladais pas tous les jours sur le Vieux-Port car c'était trop compliqué de sortir. Tout le monde te reconnaît, même quand tu vas faire tes courses au supermarché les gens t'arrêtent, et ce n'est pas forcément quelque chose que j'apprécie. Je suis quelqu'un d'assez réservé de nature, j'aime rester tranquille dans mon coin. Ici à Villarreal, le quotidien en dehors du foot est d'un calme absolu, et c'est le plus gros changement qui m'a marqué par rapport à Marseille.

Mais j'ai adoré mon passage dans ce club. Avant cela, j'étais au Havre où il faisait tout le temps très froid. Quand j'ai atterri à Marseille, j'avais l'impression d'arriver à Los Angeles : il faisait chaud, les gens avaient un accent magnifique, à tel point qu'à la fin j'essayais de prendre l'accent moi aussi !

J'aimerais que tu me parles du lien unique qui unit Marseille au Sénégal.

Marseille et le Sénégal, c'est une immense histoire d'amour. Ça a été une chance incroyable de jouer à l'OM tout en étant international sénégalais. Il faut savoir qu'au Sénégal, il y a énormément de supporters de l'OM. On pense forcément à Mamadou Niang, à Habib Beye, ou au regretté président Pape Diouf, paix à son âme. Quand je rentrais au pays pendant mes vacances, je croisais d'innombrables fans du club, c'était une immense fierté de porter ce maillot si jeune.

Je suis le joueur que je suis aujourd'hui, en grande partie grâce à l'OM et à ses supporters. Les gens répètent souvent qu'il y a une pression étouffante à Marseille, mais tout dépend de la manière dont on appréhende les choses. Personnellement, je l'ai très bien vécue et ça me sert énormément. Désormais, quand j'entre sur une pelouse, même pour un match à très fort enjeu comme une finale, j'ai le trac normal d'avant-match mais je n'ai plus cette peur paralysante. Je dois cela à mon passage à l'OM, au fait d'avoir joué toutes les deux semaines devant 65 000 spectateurs exigeants. À Marseille, tu peux être le héros du week-end et devenir le joueur à vendre au prochain mercato sept jours plus tard. J'ai grandi dans ce contexte et ça m'a endurci.

Est‑ce que tu dirais que les supporters marseillais sont plus exigeants que les supporters sénégalais ?

C'est exactement la même chose ! Les Sénégalais sont tous des sélectionneurs en puissance. Je ne sais pas combien de millions de Sénégalais il y a dans le monde, mais ce sont tous des coachs. C'est marrant, mais au fond, c'est parce qu'ils connaissent notre potentiel et notre niveau, donc ils attendent énormément de nous. C'est de la bonne exigence, il faut simplement savoir bien le prendre.

Ton départ de l'OM t'a laissé de la rancœur ou pas du tout ?

Non, aucune rancœur. C'est la réalité du football, il y a des moments où les chemins d'un joueur et d'un club doivent se séparer, c'est comme ça. Rester quatre ans à l'OM, avec la pression et la charge mentale quotidienne que cela implique, c'est l'équivalent de dix ans dans un autre club. Rejoindre Villarreal a été un excellent choix pour ma carrière. J'ai adoré mon aventure olympienne, mais tourner la page m'a fait le plus grand bien.

Est‑ce qu'il y a des joueurs de l'OM avec qui tu as gardé contact ?

Oui, je suis resté très proche de pas mal d'entre eux, notamment Boubacar Kamara, William Saliba, Chancel Mbemba, Dimitri Payet, Jordan Amavi ou encore Amine Harit. On avait à peu près le même âge, donc on s'entendait super bien. Dimitri Payet et Steve Mandanda m'ont énormément aidé quand je suis arrivé au club. Ils ont été de vrais grands frères pour moi, et aujourd'hui on s'écrit encore régulièrement.

Tu as expliqué il y a longtemps que tu n'avais pas de compte sur X pour te protéger mentalement. Quel est ton rapport aux réseaux sociaux en tant que jeune homme de 27 ans ?

Si je n'ai pas créé de compte X à l'époque, c'était spécifiquement lié à Marseille. Je voulais absolument me préserver des critiques et de la négativité. Même après avoir quitté l'OM, je n'ai jamais ressenti le besoin d'y aller, c'est un réseau que je ne maîtrise pas. Aujourd'hui, je sais que les gens de ma génération passent énormément de temps sur TikTok, donc j'y suis aussi. J'y ai d'ailleurs lancé un format de vlogs d'après-match qui cartonne pas mal, les gens adorent. J'essaie de ne pas y passer des heures car on peut vite perdre la notion du temps.

Comment fais‑tu concrètement pour préserver ta santé mentale en tant que figure publique, au‑delà du fait de fuir certains réseaux sociaux ?

Même si tu n'es pas personnellement sur un réseau social, tes proches finissent inévitablement par t'envoyer des captures d'écran ou tu finis par entendre ce qui se dit sur toi. Après, chaque être humain réagit différemment : il y en a qui sont très touchés, d'autres qui ont besoin de tout lire, et certains qui s'en fichent. Personnellement, je ne calcule pas trop les bruits extérieurs. Concernant les critiques purement sportives, mon analyste vidéo me fait un débriefing ultra-détaillé après chaque match sur ma performance avec et sans ballon, agrémenté de statistiques. C'est un professionnel qui a travaillé dans de très grands clubs, son avis me suffit amplement pour savoir ce que je vaux, je n'ai pas besoin de lire l'avis de parfaits inconnus pour savoir si j'ai été bon ou non. Je fais abstraction de tout ça.

J'ai décidé de créer un compte TikTok parce que je trouvais dommage, en tant que joueur public, de ne pas du tout interagir avec ma communauté. J'ai la chance d'avoir beaucoup de fans en France et au Sénégal, et les Sénégalais sont particulièrement actifs sur TikTok. Un jour, on m'a partagé un compte fan à mon nom qui cumulait plus de 100 000 abonnés et faisait des vidéos à 3 millions de vues. Le créateur n'avait pas de mauvaises intentions, mais je me suis dit qu'il était capital que je crée mon propre compte officiel certifié pour éviter qu'une personne malveillante n'utilise mon image pour propager de fausses informations. Les gens apprécient cette démarche car ça montre une facette authentique de ma personnalité. Sur le fond, je suis exactement comme les gens qui me suivent : je suis un être humain normal, j'ai simplement la chance de passer à la télévision et de jouer au football, mais ça ne me rend pas différent d'un autre. C'est dommage que ce genre de proximité soit si rare chez les footballeurs. Souvent, les joueurs ont peur de faire une gaffe ou de mal s'exprimer dans les médias. Mais si tu maîtrises ton sujet, que tu es mesuré et que tu fais attention, tout se passe bien.

À Marseille, tu organisais déjà la venue de proches ou de jeunes de ton quartier du Blanc‑Mesnil à des matchs et tu continues à le faire à Villarreal. Pourquoi est‑ce si important pour toi de maintenir ce lien social et de leur permettre de découvrir de nouveaux horizons ?

Je vois ça comme un devoir. J'ai la chance immense d'évoluer dans de grands clubs et des stades magnifiques. Je n'ai pas eu la chance d'avoir un grand dans mon quartier qui a percé dans le foot et qui nous emmenait voir des matchs. Si j'avais eu ça, j'aurais peut-être eu le déclic encore plus tôt. J'essaie donc d'être ce modèle pour les jeunes, pour leur prouver qu'avec du sérieux et du travail, on peut s'en sortir. La vie en banlieue n'est pas facile tous les jours, il y a beaucoup de tentations négatives, et je veux leur montrer qu'une autre voie est possible, dans le sport ou ailleurs, qu'il ne faut pas se laisser dicter sa vie par la rue.

C'est un bonheur immense de voir mon quartier en tribune. Avec mes meilleurs potes, pour le match Marseille vs Lens en avril 2024, on a organisé un voyage à Marseille pour une cinquantaine de personnes. Au moment d'entrer sur la pelouse, j'ai jeté un coup d'œil en tribunes pour voir où ils étaient, voir la fierté dans les yeux des petits, et même des parents qui étaient excités comme des gamins, c'était magique. Un père de famille est venu me voir après le match avec son fils et m'a dit : "Tu viens de me faire vivre le plus beau jour de ma vie."

En plus, lors de ce match très tendu, j'ai eu le bonheur de marquer le but de la victoire dans les dernières minutes et j'ai couru le célébrer juste devant eux. C'était un rêve d'enfant qui se réalisait : inviter tout mon quartier au stade et marquer sous leurs yeux. C'était d'autant plus fort que je savais que c'était l'un de mes derniers matchs au Vélodrome sous le maillot de l'OM. C'était fort en émotions. J'essaie de réitérer ça chaque année, même ici à Villarreal. Ces moments de partage me font un bien fou et me permettent de garder les pieds sur terre. Parfois, les gens te voient à la télévision et s'imaginent que tu vis dans un autre monde, mais j'essaie de leur montrer que je reste le même, que je suis un mec normal, je suis juste un peu plus médiatisé.

Tu dis que grandir au Blanc‑Mesnil a été important dans ta vie. Pourquoi et qu'est‑ce que ça t'a apporté ?

J'ai grandi dans un quartier, le "212", où il y a beaucoup de nationalités différentes et énormément d'entraide. Je sortais beaucoup dehors avec mes potes, en bas de chez moi, c'est là que j'ai commencé à jouer au foot. Ma première école, c'était la rue. Avoir grandi dans cet environnement m'a beaucoup aidé dans ma vie. J'y ai gardé une forte attache parce que mes amis d'enfance sont toujours là-bas. À chaque fois que je peux y retourner, j'y vais.

En centre de formation, tu as expliqué dans une interview sur Oui Hustle avoir connu des moments de solitude très durs à supporter. Comment as‑tu fait pour surmonter, en tant que jeune garçon, la séparation avec ta famille tout en ayant conscience que tu faisais quelque chose qui allait te permettre de t'en sortir et d'aider les tiens ?

Cette période était compliquée, parce que je suis arrivé au centre de formation à 12 ou 13 ans. C'est très jeune. Après, j'ai eu la chance de tomber dans un centre de formation qui était franchement top. Les éducateurs et les coachs étaient là pour nous. Donc, ça m'a beaucoup aidé d'être entouré de ces personnes, parce que j'étais loin de mes parents et moi, je suis quelqu'un de très famille. Au début, c'est vrai que rejoindre le centre de formation, c'est un rêve, une chance. Quand j'étais au Blanc-Mesnil, tout le monde voulait rejoindre un club professionnel. Mais à mon arrivée, c'était dur, je pleurais parce que mes parents me manquaient, c'est le soir que j'avais ce manque. Par contre, pendant la journée, je m'amusais avec mes potes, j'étais sur le terrain, j'étais à l'école. Mais je pense que ça m'a forgé.

Pour ces jeunes qui ressentent ce sentiment de solitude en centre de formation, est‑ce que tu penses qu'il y aurait des choses à améliorer afin de leur permettre d'atteindre leur potentiel tout en s'épanouissant en tant qu'enfants ?

Je ne sais pas trop ce qu'il serait possible de faire, parce que je pense que c'est un peu normal d'avoir ce manque. Je n'étais pas abandonné, au contraire, que ce soit par mes parents ou par les éducateurs.

Tout le monde ne réussit pas dans le football. Tu peux avoir des contrats à 20 ans, mais il y en a qui rentrent chez eux dès 15 ans. Je pense que ce sont ces personnes-là qui doivent être suivies, parce que malheureusement, il n'y a plus d'accompagnement une fois qu'elles retournent chez elles. J'en ai parlé avec des coéquipiers qui sont revenus au quartier, et le plus dur, c'est le regard des gens. Parce que quand tu es en centre, tu es privilégié, quand tu reviens au quartier, c'est comme si tu avais un peu échoué. Je pense qu'il faudrait une personne qui aide à préparer ton retour à la vie normale.

Tu l'as évoqué dans notre conversation : la famille, c'est très important pour toi. À tel point que ta sœur, Marietou, fait pleinement partie de ton équipe. Et tu as dit cette phrase que j'ai trouvée très belle dans une interview : "Travailler avec ma sœur, c'est le meilleur choix que j'ai fait de ma carrière." Pourquoi ?

Parce que je ne sais pas comment je pourrais faire sans elle. C'est une chance. Il y a des personnes qui travaillent avec leur famille et ça se passe mal. On est dans un milieu où il y a beaucoup d'argent, et parfois, les gens se comportent différemment. Quand tu as grandi dans des conditions un peu difficiles et que, du jour au lendemain, tu gagnes des grosses sommes d'argent, il faut réussir à rester lucide, et ce n'est pas facile.

Ma sœur est comme un bouclier pour moi. C'est-à-dire qu'avant qu'une personne veuille me parler, elle doit passer par ma sœur. C'est elle qui valide tout, elle s'occupe aussi de mes investissements et de toute la partie administrative. Je jette toujours un coup d'œil, je relis tous mes contrats, mais elle est là pour tout vérifier avec l'aide de mon avocat. Le foot occupe énormément de place, et savoir déléguer à la bonne personne est essentiel.

En fait, elle me simplifie la vie et je suis super content de la voir travailler avec moi. Ça nous a rapprochés aussi : comme je suis parti très tôt de la maison, mes frères, mes sœurs et moi n'avons pas vraiment vécu ensemble.

Tu dis que c'est ton bouclier, c'est très beau.

Parce que c'est un milieu un peu compliqué, on peut vite devenir des cibles. J'ai pris cette décision après avoir eu un problème avec mon ancien agent. J'étais si touché que je me suis dit que je n'allais plus pouvoir accorder ma confiance à des inconnus. C'est là que mon père a eu l'idée d'intégrer Marietou à mon équipe, parce qu'elle s'intéressait déjà au football. On en a discuté et elle a accepté, elle était touchée par ma situation, je suis son frère et elle m'aime. Ensemble, c'est comme si on était en mission, un peu seuls contre le monde entier. Elle a accepté de tout quitter, alors qu'elle avait un très bon poste avant, pour s'occuper de moi. C'est un peu comme si elle avait mis sa propre vie entre parenthèses.

Comment réussit‑on à reconstruire un cercle de confiance autour de soi dans ce milieu quand on a été victime d'épreuves qui nous font douter de la sincérité des gens ?

Ce que j'ai vécu était une vraie épreuve. Je pense que c'est la chose qui m'a fait le plus de mal, parce que je suis quelqu'un de simple, quand je donne ma confiance et ma parole à quelqu'un, j'y crois. J'étais jeune, j'avais 18 ans, c'était vraiment compliqué. Mais comme je suis quelqu'un de très croyant, je me dis que si cela devait arriver, c'est que c'était la meilleure chose pour moi. Avec l'aide de ma famille et de mes meilleurs amis, on a traversé tout ça ensemble et aujourd'hui, ça va beaucoup mieux, Dieu merci. Ce sont les aléas de la vie. On a tous des épreuves, que ce soit le boulanger qui se lève à 5 heures du matin ou le footballeur. On a tous nos problèmes et il faut réussir à passer au-dessus. C'est ce qu'on a fait. Aujourd'hui, on a complètement tourné la page de ces histoires, on regarde vers l'avant et on est super contents.

Notre shooting aujourd'hui rend hommage aux studios photos des légendaires photographes maliens Malick Sidibé et Seydou Keïta. Quel est ton rapport à la mode ?

J'ai baigné dans la mode depuis ma tendre enfance. Mon père est couturier. J'ai grandi avec le bruit des machines à coudre à 23 heures, quand mon père devait absolument terminer la robe d'une cliente. Les machines étaient installées directement dans ma chambre, donc j'entendais ce ronronnement tous les soirs. Les tissus et les patrons ont fait partie de mon enfance. Mon intérêt personnel pour la mode est venu plus tard, il y a seulement quelques années. À la base, j'étais un mec hyper simple, tout le temps en survêtement. Même sur mes réseaux sociaux, je ne postais que des photos de foot, rien d'autre. Ce sont mes meilleurs amis qui m'ont poussé en me disant : "Pourquoi tu ne ferais pas un shooting mode ? Tu t'habilles bien, on fait de belles photos et tu vois si le concept te plaît." J'ai testé et j'ai tout de suite accroché. En toute humilité, j'étais plutôt à l'aise devant l'objectif, mes potes me disaient que j'avais la carrure d'un mannequin. Aujourd'hui, mon style a beaucoup évolué, je collabore avec plusieurs stylistes et je prends un vrai plaisir à bien m'habiller.

En 2027, cela fera bientôt dix ans que tu as commencé ta carrière professionnelle. Quel regard portes‑tu sur ton évolution globale ?

Je suis vraiment fier et heureux de mon parcours, car je sens que je m'améliore d'année en année. Au-delà du footballeur, je suis particulièrement fier de l'homme que je deviens. C'est une excellente chose d'être un athlète performant, mais être une bonne personne est la priorité absolue dans la vie. Les gens qui me côtoient depuis dix ans savent que je n'ai pas changé d'un iota malgré le succès et l'argent, et c'est ma plus grande fierté. Il faut continuer ainsi : garder les pieds sur terre, s'entraîner d'arrache-pied, car c'est uniquement par la valeur travail que j'en suis arrivé là. Il faut se fixer des objectifs très élevés et se donner les moyens de les atteindre. C'est la ligne directrice que je suivrai tout au long de ma vie, si Dieu le veut.

Je me doute de la réponse : est‑ce qu'il y a des aspects spécifiques dans ton jeu que tu souhaites encore perfectionner ?

Absolument ! Quand tu aspires à faire partie des meilleurs joueurs du monde, tu te dois de travailler sans relâche. J'ai encore une belle marge de progression. Les gens répètent souvent qu'il faut travailler ses points faibles, mais je pense qu'il faut aussi polir ses points forts pour qu'ils deviennent de véritables armes fatales sur le terrain.

Tu as évoqué ton attachement viscéral au Sénégal et l'empreinte que tu souhaites y laisser. Est‑ce que tu as envie de créer des projets à vocation sociale, qui dépassent le simple cadre du football ?

Oui, tout à fait, je suis actuellement en train de structurer ma propre fondation. Ce sera une association caritative qui mènera des actions en France, au Sénégal et plus largement à l'international. J'ai pas mal de projets de développement, notamment dans le village d'origine de mon père où il réside actuellement. Jusqu'à présent, je menais des actions à petite échelle au sein de mon cercle privé et de mon quartier, mais il est temps de voir plus grand et de redonner massivement. Je me considère comme un immense privilégié de la vie. Au Sénégal, il y a énormément de précarité et de personnes dans le besoin. En tant que joueurs internationaux, nous sommes un peu les ambassadeurs et les missionnaires de notre nation, on se doit de soutenir le pays.

Dernière question, Pape. Quelle est l'image précise que tu souhaites laisser dans l'esprit des gens lorsque tu raccrocheras les crampons ?

J'aimerais qu'on retienne de moi que j'étais une personne humble, droite, avec une vraie joie de vivre et toujours le sourire aux lèvres. Du moins, j'espère que la vie me donnera des raisons de sourire tout au long de ma carrière. Je veux que l'on retienne l'homme avant le joueur. Le football passe très vite : un jour tu t'arrêtes et le public finit inévitablement par oublier tes performances sur le terrain, c'est la dure loi de ce sport. Mais l'impact humain, lui, reste gravé. Je veux qu'on se souvienne d'un gamin issu du 93, d'un département difficile, qui n'a jamais abandonné ses rêves malgré les nombreuses épreuves sur sa route, et qui a su rester un exemple inspirant pour toute une génération, sur le terrain et en dehors. Tout simplement.

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