Mory Sacko, l’art de transmettre
Photo par Craig Reynolds
Chef en pleine évolution, Mory Sacko s’impose depuis quelques années comme l’un des visages les plus singuliers de la scène culinaire française. À la tête de plusieurs établissements MoSugo et du restaurant étoilé au guide Michelin MoSuke, sa cuisine se nourrit de ses racines maliennes, de son amour pour la culture japonaise, et bien sûr, de la tradition française. Alors que son univers prend une nouvelle ampleur, il amorce une refonte plus large de son identité, notamment à travers son site web, créé en collaboration avec la plateforme de site web Squarespace.
Photo par Squarespace
Ton parcours est unique. Comment s’est construite ton identité de chef, entre les cultures africaine, japonaise et la culture française ?
Elle s’est construite tout au long de mon apprentissage, jusqu’à ce que j’ouvre mon restaurant. Ça a commencé petit, avec le Japon et l’Afrique de l’Ouest. J’ai grandi dans une famille malienne, avec ma mère qui préparait des plats qui étaient de toute l’Afrique de l’Ouest. Et en même temps, j’ai toujours été un gros passionné du Japon ; les mangas et les animés. Et à l’adolescence, j’avais envie de découvrir la cuisine. Donc, j’ai commencé l’hôtellerie-restauration à 15 ans, et ça m’a plu tout de suite. J’ai adoré ce métier, j’adore le fait de pouvoir construire des choses en partant de zéro.
La transmission est au cœur de ta démarche. Cuisiner pour nourrir, mais aussi pour raconter des histoires. Précisément, que souhaites-tu raconter à travers ta cuisine ?
Je veux raconter ce qu’est la France et les Français aujourd’hui. On n’est pas dans le cliché qu’on peut avoir à l’étranger, avec une baguette et un béret. Elle est multiculturelle, cette France. Et j’aime porter ce message. C’est simplement une histoire d’ouverture. Ouverture culturelle, ouverture vers l’autre. On est plus riche en apprenant des autres qu’en se refermant sur soi.
Avec la plateforme de création de site web Squarespace, vous avez récemment repensé le site MoSuke. Quelle était l’intention derrière ce projet ?
L’intention principale, c’était de poser une vision. Je me rends compte que la cuisine qu’on propose chez MoSuke parle à plein de gens. L’idée de créativité, ça fonctionne dans plein d’autres lieux ou pans créatifs que la cuisine. Je me suis dis : « Aujourd’hui, j’ai plein de choses à raconter à travers cette cuisine, et il faut que ça puisse se ressentir, bien sûr, quand on vient au restaurant, dans l’assiette, mais aussi dans la décoration, dans toute l’expérience client. » Aujourd’hui, le site internet fait pleinement partie de cette expérience. On voulait que les gens ressentent la philosophie MoSuke dès qu’ils visitent le site internet.
Il y a aussi ce symbole du héron que l’on retrouve sur le site et qui revient souvent dans ton univers.
C’est l’animal totem du restaurant. L’idée pour nous, c’est que le client est comme un héron parce qu’il est présent sur les trois continents. On le trouve aussi bien en France, qu’en Afrique, qu’au Japon. Ce client va être un peu comme ce héron, qui va venir traverser les continents, s’arrêter, et manger au fur et à mesure.
Comment arrives-tu à traduire un univers aussi sensoriel et incarné que le tien dans un espace digital ?
On voulait ancrer le client dans le restaurant sans qu’il y soit. Donc, ça passe par une ambiance visuelle, sonore… Par exemple, il y a l’intégration de la playlist du restaurant. Quand on se connecte sur le site, il nous donne l’heure, le lieu, ce qu’il se passe en temps réel dans le restaurant à travers une petite phrase. On ramène toute l’identité visuelle du restaurant. Il y avait aussi cette idée de travail autour du mouvement. D’avoir des asymétries, mais qui s’alignent au bout d’un moment. Comme ce que je fais dans ma cuisine.
Tu es suivi par toute une génération de jeunes chefs et de créatifs. À leurs yeux, un site internet, c’est quoi aujourd’hui ? Une vitrine, ou plus que ça ?
Je dirais que le site, tout d’abord, fait office de carte de visite. Je n’ai pas de carte de visite, donc quand on me demande, généralement renvoie vers mes réseaux sociaux, ou le site internet. Ce qui est bien avec le site, c’est que quelque part, c’est un mix entre un portfolio, une carte de visite, et un outil commercial. Ce que j’aimerais qu’ils ressentent sur ce site, c’est l’esprit global de MoSuke. Quelque chose d’assez calme, de posé, où on prend le temps.
Et maintenant que ce template Squarespace que tu co-développes va pouvoir être utilisé par d’autres chefs ou créatifs, qu’est-ce que ça te fait ?
C’est trop cool ! C’est trop bien de créer quelque chose et qu’il ait une destination immédiate, que les gens puissent l’utiliser réellement. Ça rejoint un peu la raison pour laquelle j’ai choisi de faire de la cuisine. J’aime l’idée de pouvoir partager des choses avec des gens, et que ça ait une utilité réelle. Et quelque part, il y a un genre de transmission. C’est trop cool de pouvoir rendre un peu de tout ce qu’on me donne au quotidien, que ce soit en amour, en encouragement, et aussi en support. Donc c’est comme un petit retour vers les gens qui me poussent et qui me soutiennent tous les jours.
Photo par Squarespace