Bryce Vine, le succès artistique au service de l’humain

Rencontre avec le nouveau talent du RnB américain.

Difficile de passer à côté. “Drew Barrymore” est l’un des tubes de l’automne en France, grâce à son atmosphère langoureuse et son refrain entêtant. Mais son interprète n’a nullement l’intention d’être l’homme d’un seul hit. Lorsque nous rencontrons Bryce Vine de passage à Paris, le californien semble toutefois vivre un rêve éveillé. Le natif de Los Angeles semble en effet être tombé sous le charme de la Ville Lumière : “Si je devais quitter L.A, ce serait pour Paris ! J’adore vivre là-bas, mais c’est une ville qui porte aux nues des gens pas forcément recommandables, encore plus à Los Angeles que partout ailleurs. Ça fait un peu perdre son charme à la ville.” Visiblement inspiré par le sujet, Bryce Vine poursuit son analyse sociologique de la ville qui l’a vu naître et grandir en tant qu’artiste : “Tu y apprends très tôt la notion de compétition. Tout le monde essaie de faire la même chose, certaines personnes ne prennent pas l’art au sérieux ou s’en servent juste pour se la raconter. J’imagine que tu grandis plus rapidement dans un tel environnement.”

Un constat déjà partagé dans son titre “Los Angeles”, extrait de son E.P Night Circus, sorti en 2016. “I guess the more I learn in Los Angeles, The less I think about staying / J’imagine que plus j’en apprends sur Los Angeles, moins je songe à y rester” écrivait-il en effet dans un projet beaucoup plus sombre que celui de ses débuts en 2014, Lazy Circus. Oscillant entre le RnB, le rap et la pop, le style musical Bryce Vine brouille les genres avec talent. Un parti-pris artistique hérité de son enfance, où il fut confronté à des influences diverses au sein du foyer familial. “Quand j’étais petit, ma mère chantait les morceaux des films Disney avec moi et m’emmenait voir des comédies musicales au cinéma, comme West Side Story ou Ragtime. De l’autre côté, j’avais mon père qui était un grand fan de jazz, de soul et de RnB old-school. Il y avait toujours de la musique chez moi et ça a toujours été une source de bonheur” confie-t-il avec le sourire.

Rapidement séduit par le pouvoir de la musique, Bryce Vine commence à jouer de la guitare à l’âge de 13 ans, tout en débutant la composition de ses premiers morceaux. Ce n’est qu’à l’université qu’il se mettra à rapper et à s’orienter vers des sonorités plus urbaines, comme il nous l’explique en détail : “J’étais inscrit à la Berklee College of Music de Boston et j’ai rencontré un producteur. On a commencé à bosser à deux. Au début il me faisait chanter sur des sons pop, mais je me suis rendu compte que je préférais largement rapper. C’était génial parce que je n’avais jamais fait ça auparavant, associer le chant et le rap.” Le jeune artiste avait trouvé sa voie.

Profondément marqué par Graduation de Kanye West, “l’exemple parfait de l’union du rap et de la musique populaire” selon lui, ainsi que par le flow de J. Cole, “je me demande toujours ce qu’il ferait sur tel ou tel beat”, Bryce Vine ne se cantonne pas au seul univers urbain pour trouver sa patte musicale. Le chanteur clame en effet son amour pour le punk-rock californien du début des années 2000, admirant des groupes comme Green Day ou Blink-182 : “Si j’entends une prod’ basé sur une guitare, j’imagine comment ces trios l’exploiteraient. Culturellement, je pense qu’il faut se nourrir de tout ce que l’on peut.” Cet insatiable attrait pour des courants artistiques aux antipodes les uns des autres a donc aidé Bryce Vince à construire son univers ambivalent. Là où Lazy Fair était synonyme d’une fête sans fin, Night Circus nous plonge dans la noirceur d’une rupture amoureuse mal digérée.

“Mon premier EP était un projet joyeux, enjoué. C’est le genre de son à écouter en road-trip avec ses meilleurs potes, en plein été, avec les fenêtres grandes ouvertes. Ça correspond à qui je suis” se remémore-t-il, avant d’opposer ce premier projet à son successeur : Night Circus est différent car il m’est arrivé pas mal de merdes. J’ai galéré dans l’industrie musicale, j’essayais de devenir un adulte tout en étant immature, je me suis fait briser le coeur. Les choses avaient changé du tout au tout.” Car si Bryce Vine a évolué en tant qu’artiste, le tube “Drew Barrymore” n’ayant par exemple pas grand chose à voir avec les sonorités de Lazy Fair, le natif de Los Angeles a également évolué en tant qu’homme : “La vie te force à devenir plus mature pour que tu puisses réaliser ce pour quoi tu es fait. Maintenant que je suis en chemin vers ça, j’ai du virer plein de choses de ma vie. Je ne peux pas créer si quelque chose ne va pas en moi.” 

Désormais épanoui dans une relation amoureuse stable, Bryce Vine a du apprendre à changer de paradigme, dans sa vie comme dans son art. “Pendant des année, j’étais un célibataire heureux et ma vie tournait juste autour de ma petite personne” explique-t-il avec regret, avant d’expliciter son propos non sans sincérité : “J’avais des aventures avec des femmes différentes assez souvent, vous voyez le tableau…Je n’ai jamais appris à penser à deux.” Déjà confronté à des changements soudains dans sa trajectoire humaine et artistique, Bryce Vine a récemment du faire face à une nouvelle étape dans son existence : le succès. En 2017, le californien sort en effet le single “Drew Barrymore”, qui deviendra rapidement un tube de l’autre côté de l’Atlantique, avant de déferler sur le vieux continent il y a quelques mois.

Un tube planétaire qui marquera un tournant dans la carrière du jeune chanteur, qui ne se montre toutefois pas surpris par ce succès retentissant. “Je savais que c’était un bon morceau” affirme-t-il en éclatant de rire. “Je savais que le public penserait la même chose que moi et je ne me suis pas trompé. Dès que j’ai réalisé que ce single marchait bien, je me suis dit ‘Ok, il va vraiment falloir gérer l’album” confesse Vine. Un premier album prévu pour 2019, qui doit confirmer les très belles promesses qu’il a laissé entrevoir jusqu’ici, comme le principal intéressé nous l’explique : “C’est encore une marche à gravir. Je veux toucher encore plus de gens. Je veux aussi donner un peu de bonheur aux gens. Nous n’avons jamais été autant connecté aux autres que maintenant, mais paradoxalement, les gens ne se sont jamais sentis aussi seuls, sous pression, montés les uns contre les autres.” 

Le chanteur poursuit son raisonnement intéressant : On a besoin de la musique pour se sentir bien et avoir du recul sur les choses, les Beatles cartonnaient pendant des périodes de guerre, Bob Dylan a toujours été un artiste engagé… Ce genre de personnalités n’existe plus dans l’industrie actuelle.” Il en profite alors pour adresser un tacle à certains représentants du rap américain, trop déconnectés de la réalité à son goût : “Ces gars sont très souvent complètement auto-centrés. Ils n’essaient pas vraiment de faire de ce monde un endroit plus vivable. Attention, je ne dis pas qu’ils doivent le faire. C’est juste que ce serait bien s’ils le faisaient.” Pour Bryce Vine, un artiste doit donc se servir de sa renommée et de son influence pour faire le bien autour de lui. Un challenge professionnel et humain forcément difficile à relever, notamment dans la société actuelle, comme il le démontre avec une certaine émotion dans la voix : “Les artistes doivent être très solides mentalement car on vit dans le jugement constant. Il y a tellement de raisons qui peuvent expliquer pourquoi certains pètent les plombs et sombrent.” 

Réaliste sans être fataliste, Bryce Vine est pleinement conscient d’évoluer dans un milieu définitivement à part, fait de succès, de déceptions et de tentations : “Les drogues, les femmes, ne pas savoir dire non, tout cela est très facile quand le succès intervient alors qu’on est jeune.” Et si la gloire peut se révéler être à double tranchant, le chanteur américain souhaite utiliser la sienne à bon escient. “L’an prochain, l’objectif est de sortir mon album, faire une belle tournée et commencer à bosser sur une idée qui me trotte dans la tête depuis des années.” Intrigués, nous demandons à Bryce Vine d’en révéler plus sur ce mystérieux projet.

Comme depuis le début de notre entretien, le californien prouve qu’il est définitivement un artiste à part : “Mon meilleur ami gère une ferme dans le Michigan qui vient en aide aux animaux abandonnés et maltraités. On a cette idée d’embaucher des jeunes atteints d’autisme pour travailler dans ce refuge, pour prendre soin des animaux.” Et cette belle initiative n’est pas la seule que le chanteur souhaite lancer. “J’aimerai aussi créer une association pour aider les gens souffrant d’un traumatisme de la moelle épinière et qui ont des difficultés pour bouger” confie-t-il. “Je me suis brisé la nuque à 16 ans et je pensais que je ne pourrai plus jamais me tenir debout à nouveau. Si on peut améliorer le quotidien de ces gens là, ce sera déjà un bon début.” Éblouissant de bonté et de maturité, Bryce Vine a su attendre son heure. Désormais solidement installé dans le monde du RnB, il ne souhaite qu’une chose : se servir de son statut pour faire le bien, artistiquement et humainement.

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