“Testing” d’A$AP Rocky, un album à l’ambition démesurée

Pour son grand retour, A$AP Rocky a décidé tester ses fans sur deux points. Leur patience tout d’abord, son dernier projet ayant été attendu pendant de nombreux mois et une ribambelle d’espoirs déçus, dépourvu de date de sortie officielle à quelques jours de sa parution et promu par un seul single, “A$AP Forever.” Le test principal auquel Rocky soumet ses auditeurs est toutefois musical, avec un projet de 52 minutes pour 15 titres, qui possède la faculté de décontenancer, de surprendre, d’émerveiller ou de décevoir lors de sa première écoute. Testing est en effet un album complexe, dans sa construction ou dans son ambition créative, qui ne fait et ne fera certainement jamais l’unanimité.

Là où certains crieront au génie, d’autres n’y verront qu’une succession d’expérimentations ratées. La vérité se trouve certainement quelque part entre ces deux avis tranchés. Car avec ce nouveau projet, A$AP Rocky livre un album en forme de crash test musical. En répétant que Testing allait offrir de nouvelles sonorités au monde et réinventer le rap, le natif d’Harlem avait certainement prévu le conflit que provoqueraient ces expériences. Peu satisfait de son statut de fer de lance de la nouvelle génération du rap américain acquis dès la sortie de sa mixtape Live. Love. A$AP en 2011, Rocky n’a eu cesse au fil des années de multiplier les side projects, de son investissement dans la mode et son rôle d’icône branchée, à la création de son agence créative AWGE. Ne se considérant pas comme un artiste bigger than life à l’instar de Kanye West, qui a par ailleurs travaillé sur Testing, A$AP Rocky est un rappeur dont l’aura et l’influence dépassent le simple cadre du hip-hop.

Il le prouve encore une fois sur Testing, en multipliant les contre-pieds artistiques, les collaborateurs prestigieux et les influences musicales diverses. Grand amateur des sonorités psychédéliques et planantes du cloud rap qu’il a contribué à populariser au début des années 2010, A$AP Rocky les couple ici à plusieurs reprises avec des mélodies acoustiques comme sur “Changes”, “Kids Turned Out Fine”, “Calldrops” ou encore “Purity.” Les envoutantes nappes électroniques confectionnées par Lord Pretty Flacko et ses producteurs s’accompagnent désormais de notes de guitare mélancoliques qui renforcent assurément la musicalité et l’émotion véhiculée par les titres précédemment cités. Ce parti-pris réussi souligne habilement l’aspect introspectif de l’album, sur lequel Rocky se livre comme rarement auparavant, notamment avec un titre comme “Changes”, sur lequel il évoque la souffrance engendrée par une rupture amoureuse difficile et la vacuité de l’existence d’une célébrité.

Malgré ces belles notes de douceurs, A$AP Rocky ne rechigne pas à offrir des bangers énergiques à son public, comme sur “OG Beeper”, “Praise The Lord” en featuring avec Skepta,  ou bien “Buck Shots” accompagné de ses protégés Playboi Carti et Smooky MarGielaa. Ambivalent dans sa tracklist, Testing l’est également au coeur dans ses morceaux, qui mélangent souvent plusieurs ambiances avec plus ou moins de réussite. Outre de nombreux passages chantés de la part de Rocky, pour la plupart efficaces, certains morceaux sont quasiment décomposés en parties distinctes comme sur “A$AP Forever” où la longue outro samplé du tube “Porcelain” de Moby aurait gagné à être raccourcie ou sur “Calldrops” où le couplet rappé par Kodak Black depuis le téléphone de sa prison, qui n’apporte pas grand chose sur le plan musical, si ce n’est un moment chargé en émotion.

Les samples utilisés par le natif d’Harlem brillent de par leur qualité et leur variété, contribuant ainsi à offrir une certaine pluralité à Testing. De l’utilisation du morceau “Interruption” de la légende de la soul Lee Smith sur le funky “Brotha Man”, au céleste “Purity” en featuring avec Frank Ocean qui sample “I Gotta Find Peace of Mind” de Lauryn Hill, A$AP Rocky multiplie et mélange les influences, prouvant ainsi qu’il est avant tout un passionné de musique dans son ensemble. La présence de têtes pensantes reconnues de l’indie sur Testing va également dans ce sens, à l’image de l’excellent Dev Hynes (Blood Orange) à la production de “Hun43rd” et de l’un des membres du duo MGMT sur le planant “Fukk Sleep.”

Le problème est qu’à force de multiplier les directions artistiques ambitieuses et les bonnes idées en apparence, A$AP Rocky s’égare parfois dans des exécutions hasardeuses. Sans jamais véritablement repousser les barrières qu’il avait juré de faire voler en éclat, Lord Pretty Flacko ne remplit pas totalement sa part du contrat. Même si Testing ne sonne comme aucun autre album de grands noms du rap mainstream, le troisième long-format d’A$AP Rocky ne bouleversera pas la musique contemporaine comme annoncée, sûrement du fait d’une trop grande dispersion sonore. À vouloir trop en faire sur le plan créatif, le leader du A$AP Mob perd quelque peu en force et en substance sur plusieurs morceaux, pas toujours cohérents ou mémorables. Le hip-hop expérimental d’A$AP Rocky brille de mille feux par instants, et non sur la durée totale d’un projet peut-être trop chargé en titres et en tentatives complexes.

Malgré ses faiblesses inhérentes à sa philosophie de “test” musical, le nouvel album d’A$AP Rocky doit être salué pour la qualité de ses productions, ainsi que pour son audace et sa créativité. Testing correspond parfaitement à la complexité du personnage construit par Rakeem Meyers depuis plusieurs années, ce dernier s’efforçant de ne jamais s’enfermer dans quel carcan que ce soit et de brouiller les pistes quant à ses plans futurs. Comme tout album porté par un concept fort, Testing continuera assurément de se dévoiler au fur et à mesure des écoutes et permettra à chacun de se faire une idée plus claire à propos de l’ambitieux troisième album d’A$AP Rocky.

Quelques mois après sa sortie, Testing demeure un disque solide, extrêmement créatif, qui laissera néanmoins un goût d’inachevé à certains. Quoi qu’il en soit, le fait de produire une oeuvre aussi dense et complexe que celle-ci ne fait que confirmer qu’A$AP Rocky est définitivement un rappeur à part dans le hip-hop contemporain et que son ambition doit être fortement saluée.

Cela n’aura échappé à personne, A$AP Rocky s’apprête à faire son retour dans l’Hexagone, avec un concert sur la scène du Zénith Paris – La Villette prévu pour jeudi 27 juin prochain. Le rappeur new-yorkais a récemment conclu sa tournée nord-américaine, le Injured Generation Tour, saluée de toute part pour la créativité de sa mise en scène et pour les performances survoltées de Rocky.

Ce live au Zénith de Paris constitue donc un véritable événement pour les fans de Lord Pretty Flacko, ainsi que pour l’ensemble des amateurs de rap US. Pour assister au concert d’A$AP Rocky, la marche à suivre est très simple. Les pré-ventes ouvriront dès demain, mercredi 6 mars à 10 heures, en exclusivité sur Dice. Pour la mise en vente générale, il faudra se tenir prêt vendredi 8 mars à 10 heures, sur l’ensemble du réseau habituel. Pour suivre tout l’actualité en rapport avec ce concert, il suffit de rejoindre l’événement Facebook qui lui est dédié, disponible à cette adresse.

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