MadeInParis est le plus américain des rappeurs français

Entretien avec un rookie sur qui il faut désormais compter.

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Je m’appelle Dave, je viens des Antilles néerlandaises. Je suis arrivé en France vers mes 10 ans et je parlais pas du tout français. Je parlais seulement anglais, et c’est aussi pour ça que mes premiers sons étaient en anglais.” C’est en ces mots que MadeInParis, 25 ans, se présente à nous. Il aura donc suffi de quelques minutes de conversation pour comprendre que le jeune artiste est un cas à part du rap français. En effet, avoir pour langue natal l’anglais et interpréter sa musique en français est un cas rarissime. Pour autant, c’est bien grâce à ce choix de faire du français la langue de sa musique que sa carrière est en train de décoller, et surtout, qu’il s’épanouit artistiquement : “Quand j’ai commencé à rapper en anglais, j’étais dans le délire cainri ‘On va flex, on va vendre un lifestyle’ et c’est un peu ce que j’avais tenté de faire pour mon premier morceau en français qui s’appelle ‘Quelques millions.’ Sauf qu’après coup, je me suis dit que si je voulais rapper en français, il fallait que je le fasse en étant sincère et honnête. Aujourd’hui je suis moi-même dans ma musique, je raconte ce que j’ai vécu, ce que je vois, ce que je sais. Au final, faire de la musique en français m’a paradoxalement aidé à mieux m’exprimer et à mieux parler de moi.

Et même si avec le recul, ce premier morceau en français ne correspond plus vraiment à la musique de MadeInParis en 2020, c’est pourtant grâce à lui que la relation professionnelle et artistique la plus importante de sa carrière a débuté : “C’est avec ce morceau que mon manageur m’a découvert, il a accroché et m’avait conseillé de continuer à faire de la musique en français. J’étais réticent à la base et finalement je lui ai fait confiance.” Il précise toutefois que ce premier titre “était plus une blague à la base.”

Mais malgré son statut désormais ancré d’interprète en français, c’est bien avec la musique américaine que MadeInParis s’est façonné. Il explique : “J’ai vraiment grandi avec le rap US. Je suis arrivé plus tard dans le rap français. Pour te dire, Booba je l’ai découvert avec l’album Futur. Aujourd’hui en tant qu’auditeur, je ne m’intéresse plus trop à la langue comme critère premier, tant que ça sonne bien j’écoute.” Avant d’ajouter : “Des artistes comme The Weeknd, PARTYNEXTDOOR, Drake ou encore Kid Cudi m’ont donné envie de faire de la musique. La minutie de leur musique m’a inspiré, le traitement de la voix, le mixage… Chez eux, je trouve ça impressionnant.” Cette construction d’auditeur et sa culture très américaine se ressentent d’hors et déjà dans sa musique, bien que le principal intéressé aimerait mener cette facette de sa musique encore plus loin : “Le fait d’être bilingue et d’une culture très anglophone me donne encore envie de ramener ce qui se fait aux États-Unis, mais de le faire à la sauce française. Même si c’est dur, j’ai envie d’amener cette petite touche bilingue dans ma musique.

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Auteur, interprète, ingénieur son, co-réalisateur de ses clips ou encore monteur, Madeinparis est un artiste qui symbolise la polyvalence de la génération Internet. Et alors que le confinement a été un frein pour de nombreuses personnes, lui a préféré le prendre à son avantage : “À aucun moment ça a été un problème d’un point de vue créativité. De base je suis également ingénieur son, donc j’ai mon studio chez moi. Et c’est pendant le confinement que j’ai fait ‘YSL’, qui est le morceau qui a le mieux marché à ce jour.” Il profite également de cette parenthèse sur son rôle d’ingénieur son et de co-réalisateur de ses clips pour préciser : “J’ai commencé à me diversifier parce que je voulais toucher un peu à tout, j’étais intrigué. Ensuite j’ai compris à quel point ce serait vital en voyant comment tu n’es pas pris au sérieux dans ce milieu quand tu as pas de gros budgets. Et tout simplement quand tu n’es personne.” Avant d’aller plus loin en illustrant son propos avec un exemple concret : “J’ai rencontré un mec qui bosse chez COLORS, il m’a dit : ‘Ouais c’est bien ce que tu fais, mais pour que tu passes chez nous il faut que tu ais au moins 10 000 followers sur Instagram.’ Ce genre de choses, ça encourage à apprendre à bosser seul pour le moment et donc à réussir en petit comité.

Les twittos les plus assidus auront pu remarquer que MadeInParis a été beaucoup comparé à Hamza à l’occasion de la sortie de son fameux morceau “YSL”. Sur ce sujet, le principal intéressé insiste sur le fait que ça ne le dérange plus du tout, bien qu’il ne comprenait pas forcément au début : “La première fois qu’on me l’a dit je ne comprenais pas trop, parce que j’avais fait mon morceau de A à Z sans jamais penser à lui. Donc je ne comprenais pas comment ça pouvait se ressembler. Ensuite j’en ai parlé avec des gens en studio, qui m’ont notamment dit qu’au-delà de la voix, vis à vis des placements et du chant lexical, il y a des similitudes. Et à force je l’ai capté. Au final, on est deux artistes inspirés par les mêmes vibes du même pays (les États-Unis ndlr) et ils se trouvent que notre timbre de voix se ressemblent un peu. Aujourd’hui ça me fait plaisir les comparaisons quand on me dit ‘Ça ressemble’ et non pas ‘Tu copies’ parce dans le fond on m’assimile à quelqu’un de très fort et qualitativement ça veut dire quelque chose.” Du point de vue de la recherche de développement de sa jeune carrière, cette comparaison a été bénéfique puisque le morceau a reçu beaucoup de visibilité et cumule aujourd’hui à 130 000 écoutes sur Spotify. Soit 4 fois plus que son deuxième morceau le plus populaire. La controverse a du bon, d’autant quand elle permet de gagner des fans.

Pas encore une star malgré ces premiers succès, MadeInParis sait déjà où il va, notamment d’un point de vue stratégique. Sur la question d’être très présent musicalement jusqu’à se rendre incontournable ou plutôt de se faire plus discret pour vendre la rareté de sa musique, il nous confesse que c’est une question qu’il s’est déjà posé. Il explique : “Aux États-Unis, j’ai été impressionné par ce qu’ont fait des artistes comme DaBaby ou NBA YoungBoy. Ils ont trouvé une formule et ils l’ont matraqué jusqu’à être complètement établis et reconnus dans ce style. Plutôt que défendre un son, ils ont défendu l’engouement et leur formule. En France, Jul a réalisé le même procédé et avec peut-être encore plus de succès. Je pense qu’une fois que j’aurai pleinement trouvé ma formule et si elle marche comme je l’espère, je ferai en sorte de la matraquer. Sauf que quand je le ferai, je préparerai en même temps la suivante, pour ne pas finir par tourner en rond.” En attendant, et au-delà des succès chiffrés, MadeInParis explique avoir un but bien précis en tant qu’artiste : “Musicalement, mon plus gros objectif c’est de faire de la musique qui vieillit bien et qui marque les gens, au-delà même des chiffres.

Sur la pente ascendante grâce à une visibilité nouvelle sur les réseaux sociaux et une patte artistique qu’il développe à vue d’oeil, MadeInParis s’affirme donc comme un rookie à suivre de près. Et bien conscient que le plus dur reste à venir, c’est à dire en confirmant et en continuant de grimper les échelons, il conclue notre entretien en affirmant : “Mes projets pour le reste de l’année c’est de sortir un nouveau projet et d’envoyer un maximum de clips. C’est pas le moment de s’endormir.” Le message est passé, il faudra désormais compter sur MadeInParis.

Retrouvez toute l’actualité de MadeInParis sur son compte Instagram. Son dernier projet VIDE est disponible en streaming.